
Selon les dernières données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), relayées par Business Insider Africa, l’Algérie a atteint une production électrique de 95 627 GWh en 2025. Ce volume la positionne au 3e rang africain et au 38e rang mondial, confirmant une dynamique énergétique solide dans un contexte continental marqué par de fortes disparités de production.
Cette performance ne tombe pas du ciel. Elle s’appuie sur un pilier central du système énergétique algérien : le gaz naturel, qui représente plus de 99 % de la production électrique nationale. Autrement dit, l’Algérie a construit son modèle électrique autour d’une ressource abondante, maîtrisée et stratégiquement exploitée, ce qui lui permet de garantir une couverture stable de la demande intérieure tout en consolidant son rôle régional.
L’Afrique du Nord domine le classement
À l’échelle africaine, le rapport met en évidence un déséquilibre structurel. Une poignée de pays concentrent l’essentiel de la production électrique, tandis que de nombreuses économies restent encore confrontées à des déficits d’accès à l’électricité ou à des infrastructures limitées. L’Afrique du Nord apparaît clairement comme le moteur énergétique du continent. L’Égypte, l’Algérie, la Libye et la Tunisie figurent toutes dans le top 10 africain, illustrant une concentration géographique de la production électrique autour de systèmes plus industrialisés et mieux intégrés.
Dans ce classement, l’Afrique du Sud conserve la première place avec 229 303 GWh, mais son modèle reste fortement dépendant du charbon, qui représente plus de 70 % de son mix énergétique. Cette dépendance entraîne régulièrement des tensions sur le réseau, notamment sous forme de délestages qui affectent l’activité économique.
L’Égypte occupe la deuxième position avec plus de 200 000 GWh produits. Grâce à une stratégie d’investissement massif dans les infrastructures énergétiques depuis 2016, estimée à plus de 130 milliards de livres égyptiennes, le pays a non seulement renforcé sa capacité de production, mais est également devenu exportateur net d’électricité vers certaines zones régionales.
Dans ce paysage, l’Algérie se distingue par un équilibre différent : une production élevée, une couverture interne relativement stable et une dépendance quasi totale au gaz naturel, qui reste un atout mais aussi un point de vigilance stratégique pour le futur.
L’Algérie a encore du potentiel
Si l’Algérie parvient à satisfaire aisément ses besoins domestiques grâce à ses importantes réserves gazières, certains défis demeurent et le potentiel pour les relever est là. Le rapport rappelle que si la production actuelle permet à l’Algérie de répondre sans difficulté à la demande nationale, la croissance démographique, l’urbanisation rapide et l’industrialisation progressive du pays vont mécaniquement accroître la pression sur le système électrique.
L’un des défis majeurs identifiés concerne les réseaux de transport d’électricité haute tension. Ces infrastructures sont essentielles pour assurer une distribution fluide de l’énergie sur l’ensemble du territoire, notamment entre les zones de production du Sud et les grands pôles de consommation du Nord. Leur modernisation devient donc un enjeu central pour accompagner la prochaine phase de développement industriel. Dans le même temps, la transition énergétique commence progressivement à s’inscrire dans les priorités. Même si le gaz naturel reste dominant, des efforts sont engagés dans le développement des énergies renouvelables, en particulier le solaire, un potentiel naturel considérable pour un pays bénéficiant d’un fort ensoleillement annuel. Au-delà des chiffres, la position de l’Algérie traduit une réalité plus large : celle d’un pays devenu un acteur énergétique structurant en Afrique et un fournisseur stratégique dans l’espace méditerranéen.
Sa proximité avec l’Europe, ses infrastructures gazières déjà connectées aux marchés internationaux et la stabilité relative de son système électrique renforcent son rôle dans les équilibres énergétiques régionaux. Cette configuration place l’Algérie dans une position particulière : à la fois producteur majeur, exportateur d’énergie et acteur clé de la sécurité énergétique régionale.
Les données de l’AIE confirment donc une tendance claire : l’Algérie fait partie du cercle restreint des puissances électriques africaines. Mais cette position n’est pas figée. Elle dépendra dans les années à venir de la capacité du pays à moderniser ses réseaux, diversifier progressivement son mix énergétique et accompagner la hausse de la demande interne sans fragiliser son équilibre actuel.
Dans un continent où la demande en électricité continue d’augmenter rapidement, la capacité de production ne suffit plus. La vraie bataille se joue désormais sur la fiabilité, la distribution et la diversification énergétique. Et sur ce terrain, l’Algérie avance avec des atouts solides, mais aussi avec des défis structurels à long terme.
Cheklat Meriem
