
Le nord de Londres a vécu une nuit historique. Mardi soir, des dizaines de milliers de supporters d’Arsenal ont envahi les rues autour de l’Emirates Stadium pour célébrer un titre de champion d’Angleterre attendu depuis plus de deux décennies. Entre chants, fumigènes rouges et scènes de liesse, les fans des Gunners ont laissé exploser une joie longtemps contenue après vingt-deux années de frustrations, de désillusions et de rendez-vous manqués.
Autour du stade, la foule en délire a repris en chœur «Campeones, campeones, olé olé olé », un hommage appuyé à l’entraîneur espagnol Mikel Arteta, artisan majeur de cette renaissance. Les klaxons résonnaient dans tout Islington tandis que Holloway Road, l’artère principale menant à l’Emirates, se transformait en immense marée rouge et blanche.
Le faux pas de Manchester City déclenche l’explosion
Le sacre d’Arsenal est devenu officiel après le match nul de Manchester City sur la pelouse de Bournemouth (1-1), lors de l’avant-dernière journée de Premier League. Ce résultat a définitivement condamné les hommes de Pep Guardiola à courir derrière les Londoniens.
Avec 82 points au compteur et quatre longueurs d’avance sur City avant la dernière journée, Arsenal ne peut plus être rejoint. Un scénario qui semblait encore incertain il y a quelques semaines, tant les souvenirs des précédents effondrements restaient présents dans les esprits.
Depuis plusieurs saisons, les Gunners traînaient cette réputation d’équipe incapable de tenir la pression dans les moments décisifs. Les termes de «chokers » ou « bottlers » revenaient régulièrement dans les médias et chez les supporters adverses. Mais cette fois, Arsenal a résisté jusqu’au bout.
Le premier titre depuis les Invincibles de Wenger
Ce sacre marque la fin d’une attente interminable pour le club londonien. Arsenal n’avait plus remporté le championnat d’Angleterre depuis 2004, année mythique des «Invincibles» dirigés par Arsène Wenger.
Cette équipe légendaire, composée notamment de Thierry Henry, Patrick Vieira et Robert Pirès, avait terminé la saison sans la moindre défaite. Depuis, Arsenal avait connu de nombreuses périodes compliquées, oscillant entre reconstructions ratées et désillusions sportives.
Le symbole est fort : vingt-deux ans plus tard, le club au canon retrouve enfin le sommet du football anglais et décroche le quatorzième titre de champion de son histoire.
Arteta récompensé après des années de reconstruction
Cette consécration représente également une immense victoire personnelle pour Mikel Arteta. Arrivé sur le banc londonien fin 2019, l’ancien milieu de terrain avait hérité d’un club en perte de repères, loin des standards qui avaient fait sa grandeur.
Le technicien espagnol a progressivement rebâti une équipe compétitive, malgré plusieurs saisons frustrantes conclues à la deuxième place. Il y a encore quatre ans, Arsenal terminait cinquième du championnat, derrière le rival Tottenham Hotspur et à 24 points du Manchester City de Guardiola.
Longtemps considéré comme le disciple de Pep Guardiola, Arteta a finalement réussi à prendre le dessus sur son mentor, précisément au moment où celui-ci s’apprête à tourner une page de son immense aventure mancunienne.
Le propriétaire américain du club, Stan Kroenke, voit lui aussi sa patience récompensée après avoir maintenu sa confiance envers Arteta malgré les critiques et les périodes difficiles.
Une équipe moins spectaculaire mais redoutablement efficace
Contrairement aux saisons précédentes, Arsenal n’a pas toujours séduit par un football spectaculaire. Mais les Gunners ont gagné en maturité et en efficacité.
Comme l’expliquait récemment Robert Pirès, ancien héros du club :
« Ce qu’on demande à Arsenal, c’est de gagner. La saison passée, l’équipe jouait très bien, mais elle a terminé derrière Liverpool. »
Cette saison, les Londoniens ont bâti leur succès sur des bases extrêmement solides : une défense presque infranchissable, une organisation tactique parfaitement maîtrisée et une efficacité impressionnante sur coups de pied arrêtés, responsables de près de 40 % des buts inscrits en championnat.
Des joueurs comme David Raya, William Saliba, Declan Rice ou encore Bukayo Saka ont incarné cette régularité et cette solidité mentale qui avaient tant manqué lors des saisons précédentes.
Un mercato décisif dans la conquête du titre
Le recrutement de l’été dernier a également joué un rôle majeur dans cette conquête. Arsenal a considérablement renforcé son effectif avec les arrivées d’Eberechi Eze, Martin Zubimendi, Cristhian Mosquera et surtout d’Viktor Gyökeres.
L’attaquant suédois, longtemps considéré comme le numéro 9 qui manquait à Arsenal, a apporté cette efficacité offensive capable de faire basculer les grands rendez-vous.
Une fin de saison encore historique à écrire
Libérés du poids du championnat, les Gunners termineront leur saison de Premier League sans pression sur la pelouse de Crystal Palace dimanche prochain.
Mais l’histoire pourrait devenir encore plus belle. Quelques jours plus tard, Arsenal défiera le Paris Saint-Germain en finale de la Ligue des champions à Budapest.
Après avoir reconquis l’Angleterre, les hommes d’Arteta rêvent désormais d’offrir au club le premier sacre européen de son histoire. Mardi soir, en tout cas, le nord de Londres était déjà rouge de bonheur.
A.Amine
