Un cadre strict élaboré pour la Saison estivale 2026 : Fin des dépassements et des plages «confisquées»

À l’approche de la saison estivale, les autorités veulent reprendre le contrôle d’un dossier qui provoque chaque année colère et incompréhension chez les estivants : l’exploitation anarchique des plages.

Entre occupations illégales du littoral, multiplication des installations improvisées, dépassements tarifaires et accès parfois bloqué aux citoyens, le gouvernement a décidé de revoir en profondeur les règles du jeu.
Publié dans le Journal officiel n°36 du 17 mai, le décret exécutif n°26-198, qui modifie et complète le texte de 2004 relatif à l’exploitation touristique des plages ouvertes à la baignade, introduit une série de nouvelles mesures destinées à mieux encadrer les concessions, renforcer le contrôle des autorités locales et préserver le caractère public des espaces côtiers. Une réforme qui vise à instaurer davantage de transparence et de professionnalisme dans un secteur longtemps marqué par des pratiques contestées. Le fameux été algérien : soleil, embouteillages, maïs grillé… et bataille territoriale autour d’un parasol à 1 500 dinars. Le folklore national, version littoral.
Le premier changement majeur concerne le mode d’attribution des concessions. Désormais, toute exploitation touristique d’une plage devra obligatoirement passer par une procédure d’adjudication. L’article 2 du décret précise que « l’exploitation touristique des plages ouvertes à la baignade est soumise à la concession octroyée par voie d’adjudication ». Concrètement, cela signifie que les autorisations ne pourront plus être accordées de manière floue ou informelle, mais devront faire l’objet d’une procédure concurrentielle basée sur des critères techniques et financiers précis.
Cette nouvelle approche vise à mettre fin aux situations où certaines portions de plages étaient exploitées sans véritable encadrement, parfois au détriment des estivants et des règles élémentaires de gestion du domaine public maritime.
Le texte introduit également un filtrage beaucoup plus strict des exploitants. Désormais, seules les personnes physiques ou morales disposant de qualifications dans le domaine du tourisme ou des activités connexes pourront prétendre à une concession. Les candidats devront également prouver qu’ils disposent de moyens humains et matériels suffisants, fournir une caution bancaire et présenter un programme détaillé d’exploitation.
À travers ces exigences, les pouvoirs publics cherchent clairement à professionnaliser le secteur et à écarter les exploitations improvisées qui se sont multipliées ces dernières années sur plusieurs plages du pays. L’objectif affiché est de privilégier des opérateurs capables d’assurer des prestations organisées, encadrées et respectueuses des normes de sécurité et de service.

Limitation des espaces exploitables
L’une des dispositions les plus importantes du nouveau décret concerne toutefois la limitation des espaces exploitables. Le texte fixe désormais un plafond clair : les zones concédées ne pourront dépasser 30 % de la superficie totale d’une plage ouverte à la baignade. Les 70 % restants devront rester libres et accessibles gratuitement au public.
Cette mesure apparaît comme le principal mécanisme destiné à empêcher la privatisation de fait de certaines plages, phénomène qui avait alimenté de nombreuses critiques ces dernières années. Dans plusieurs stations balnéaires, des estivants dénonçaient régulièrement l’occupation quasi totale du sable par des équipements payants, rendant difficile l’installation des familles sans frais supplémentaires.
Le décret insiste également sur le maintien de la gratuité d’accès aux plages. Les prestations proposées dans les espaces concédés, comme les parasols, les transats, les vestiaires ou certains équipements de loisirs, pourront continuer à être payantes, mais l’accès au sable et à la mer devra rester libre. Le texte prévoit même des « espaces gratuits», ainsi qu’une « bande de circulation libre des estivants tout le long de la plage et au niveau de chaque partie concédée ».
Cette précision répond directement aux nombreuses plaintes liées aux installations commerciales occupant parfois la quasi-totalité des accès au rivage. En d’autres termes, le gouvernement tente d’établir une séparation claire entre service touristique payant et droit d’accès public au littoral.
À travers cette réforme, les autorités cherchent aussi à rééquilibrer la relation entre activité économique et préservation du caractère collectif des plages. Car derrière les questions d’organisation se joue également un enjeu social important : celui de garantir aux familles un accès équitable aux espaces de loisirs durant l’été dans un contexte où le pouvoir d’achat reste sous pression.

Priorité aux hôtels et contrôle renforcé
Le nouveau décret ne se limite pas à encadrer les concessions. Il cherche aussi à orienter le développement du littoral vers une logique touristique plus structurée. Dans cette optique, l’article 4 introduit une disposition importante : les établissements hôteliers classés bénéficieront désormais d’une priorité pour l’exploitation des plages attenantes à leurs infrastructures.
Le texte précise que ces hôtels pourront récupérer la concession s’ils s’alignent sur la meilleure offre financière dans un délai de huit jours après l’adjudication. Une mesure qui vise à encourager les investissements touristiques intégrés et à pousser les opérateurs hôteliers à améliorer leurs services autour des zones balnéaires. L’idée est claire : favoriser des exploitants capables d’assurer une gestion plus professionnelle et plus stable des plages touristiques.
Le décret apporte également davantage de visibilité concernant la durée des concessions. Désormais, l’exploitation touristique d’une plage sera accordée pour trois saisons estivales, renouvelables deux fois. Cette stabilité juridique pourrait permettre aux exploitants d’investir davantage dans les équipements, les installations et les services proposés aux estivants, au lieu de fonctionner dans une logique de rentabilité rapide et désordonnée. Parce qu’une plage gérée uniquement pour “faire la saison” finit souvent avec trois parasols cassés, un groupe électrogène qui hurle et des toilettes dignes d’un scénario post-apocalyptique.
Autre nouveauté importante : l’apparition du « plan d’aménagement touristique de la plage », qui remplace l’ancien dispositif d’organisation. Ce document, élaboré par les services du tourisme de la wilaya, devra définir précisément les différentes zones de la plage : espaces concédés, accès aménagés, zones de loisirs, espaces réservés aux sports nautiques ou encore aménagements destinés aux personnes à besoins spécifiques.
Le texte prévoit également l’installation obligatoire d’un panneau d’information à l’entrée de chaque plage afin d’afficher clairement ce plan. L’objectif est de renforcer la transparence et de permettre aux estivants de connaître leurs droits, les espaces gratuits et les zones réglementées.

Une commission dédiée dans chaque wilaya
Sur le plan institutionnel, le gouvernement met en place un dispositif de contrôle beaucoup plus structuré. Une commission d’adjudication sera installée dans chaque wilaya sous la présidence du secrétaire général de la wilaya. Elle réunira plusieurs secteurs : tourisme, commerce, Domaines, environnement, Protection civile, collectivités locales et services de sécurité.
Cette commission aura pour mission d’organiser les adjudications, d’examiner les dossiers des candidats et de sélectionner les exploitants retenus. Le pouvoir de contrôle des autorités locales est donc considérablement renforcé, avec l’objectif d’éviter les dérives observées lors des précédentes saisons estivales.
Le décret introduit aussi des sanctions plus strictes. Les concessions deviennent officiellement « incessibles et intransmissibles », ce qui signifie qu’un bénéficiaire ne pourra plus céder ou sous-louer discrètement son espace à un tiers. Toute violation pourra entraîner l’annulation immédiate de la concession aux frais de l’exploitant concerné.
Le wali conserve également un rôle central dans le dispositif. Il pourra suspendre ou relancer une adjudication pour des raisons motivées. Et afin d’éviter les situations de blocage, le texte prévoit une solution alternative : si deux adjudications successives échouent, la plage pourra être attribuée directement à la commune concernée ou à un établissement public lié au tourisme ou aux loisirs. Dans ce cas, la gestion devra être assurée directement par la collectivité publique.
Ainsi, on peut dire que l’État tente finalement de reprendre la main sur un espace devenu, au fil des années, l’un des symboles des déséquilibres de l’été algérien. Entre anarchie commerciale, absence de contrôle et tensions autour de l’accès aux plages, le littoral est progressivement devenu un sujet sensible bien au-delà du simple tourisme.
Le nouveau dispositif devra désormais faire ses preuves sur le terrain. Car au-delà des textes, c’est surtout leur application concrète qui sera observée. En 2026, lorsqu’un citoyen arrivera avec sa glacière un samedi matin de juillet, il ne devra plus se retrouver face à quelqu’un installé sur une chaise en plastique tentant de lui “louer” trois mètres de sable d’une plage qui n’appartient à personne en particulier, mais à tous les Algériens.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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