
Selon les données du Groupement d’intérêt économique monétique (GIE), relayées par Echorouk, la valeur des transactions en ligne a dépassé 107 milliards de dinars dès le mois de janvier 2026, un niveau qui n’est pas resté isolé puisque des montants quasiment similaires ont été enregistrés au cours des mois suivants. Une dynamique régulière qui confirme que le paiement électronique n’est plus un pic ponctuel, mais une tendance solide qui s’installe progressivement dans le fonctionnement économique du pays.
Le paiement électronique poursuit sa progression en Algérie et confirme une tendance de fond qui transforme progressivement les habitudes des citoyens, des commerçants et des administrations. Longtemps dominée par les transactions en espèces, l’économie nationale semble entrer dans une nouvelle phase marquée par une utilisation croissante des outils numériques et des services bancaires dématérialisés.
Les chiffres enregistrés au début de l’année 2026 témoignent de cette évolution. Cette hausse est notamment liée aux opérations effectuées dans le cadre du programme AADL 3, qui a généré un volume important de paiements en ligne. Toutefois, cette progression ne se limite pas à ce seul dispositif. Le règlement des frais du hadj, le paiement de diverses taxes administratives, ainsi que l’essor du commerce en ligne ont également contribué à cette dynamique.
Au fil des années, le paiement électronique est passé du statut d’alternative à celui d’outil de plus en plus utilisé dans la vie quotidienne. Cette évolution reflète à la fois les efforts engagés par les pouvoirs publics en matière de digitalisation et l’adaptation progressive des citoyens à de nouveaux modes de consommation.
Une confiance grandissante dans les services numériques
L’augmentation constante des transactions électroniques traduit également une confiance croissante envers les services numériques. Les banques ont multiplié les initiatives pour simplifier les procédures, réduire les délais de délivrance des cartes bancaires et améliorer l’accès aux différents services en ligne.
Cette évolution se reflète dans le nombre de cartes bancaires en circulation. À la fin du mois de mars 2026, le parc national atteignait 22,53 millions de cartes, soit une progression de 3 % par rapport à la fin de l’année 2025.
Dans le détail, on compte 18,16 millions de cartes destinées aux particuliers, 272 864 cartes professionnelles et 4,089 millions de cartes Gold.
La structure du parc montre également une prédominance des cartes Gold, qui représentent 82 % du total, contre 18 % pour les cartes CIB, tandis que les cartes professionnelles demeurent relativement marginales avec environ 1 % du parc national.
Ces chiffres traduisent une diffusion toujours plus large des services bancaires modernes et une utilisation plus fréquente des moyens de paiement électroniques dans les transactions du quotidien.
Les commerçants s’adaptent à leur tour
Cette transformation se constate également sur le terrain à travers la multiplication des terminaux de paiement électronique (TPE).
À fin mars 2026, le pays comptait 104 472 TPE, soit une hausse annuelle de 33,62 %.
L’évolution est particulièrement significative lorsqu’on observe les chiffres des dernières années. Le nombre de terminaux est passé de 53 191 unités en 2023 à 68 140 en 2024, puis à 78 774 en 2025, avant de franchir la barre des 104 000 unités en 2026.
Cette progression rapide montre que de plus en plus de commerçants choisissent d’intégrer le paiement électronique dans leurs activités. Plus d’un million de transactions sont désormais réalisées chaque mois via ces équipements, qui permettent des opérations plus rapides, plus sécurisées et mieux tracées.
Au-delà du simple aspect technologique, cette évolution répond également à une demande croissante des consommateurs, notamment parmi les jeunes générations habituées aux services numériques. Le développement du paiement électronique accompagne également la croissance du commerce en ligne. Entre décembre 2025 et mars 2026, 215 nouveaux commerçants électroniques ont intégré le système national de paiement. Leur nombre est ainsi passé de 644 à 859 commerçants en seulement trois mois. Cette progression s’explique notamment par la simplification des procédures d’adhésion à travers la plateforme CIB Web, mais également par l’intégration progressive des services publics dans l’écosystème numérique. Le commerce électronique demeure encore en phase de développement, mais les indicateurs montrent une accélération de son adoption, portée par l’amélioration des infrastructures numériques et l’évolution des comportements d’achat.
Des infrastructures qui continuent de se renforcer
Le développement des paiements électroniques repose également sur l’amélioration des infrastructures bancaires.
À la fin du premier trimestre 2026, le parc national des distributeurs automatiques de billets (DAB) atteignait 4 713 unités, soit une moyenne de 114,12 DAB pour 100 000 adultes.
Ce niveau reste inférieur à la moyenne mondiale, estimée à 240,42 DAB pour 100 000 adultes en 2023, mais il traduit néanmoins la poursuite des investissements visant à rapprocher les services bancaires des citoyens.
Les distributeurs sont progressivement déployés dans les centres commerciaux, les universités, les administrations, les aéroports et d’autres espaces publics afin de faciliter l’accès aux services financiers. Au-delà des statistiques, cette progression du paiement électronique s’inscrit dans une transformation plus large de l’économie nationale.
La dématérialisation des transactions contribue à améliorer la transparence financière, à réduire les coûts liés à la circulation des espèces et à simplifier les opérations aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises.
Elle participe également au développement de l’inclusion financière en permettant à un nombre croissant de citoyens d’accéder aux services bancaires et numériques.
Les perspectives pour le reste de l’année 2026 demeurent favorables. Les prochaines étapes du programme AADL 3 devraient générer de nouveaux volumes de transactions et contribuer à maintenir cette dynamique.
Les chiffres montrent en tout cas que le mouvement est désormais bien engagé. Avec 107 milliards de dinars de transactions en ligne en janvier, 22,53 millions de cartes bancaires en circulation, 104 472 terminaux de paiement, 4 713 distributeurs automatiques et 859 commerçants actifs dans le commerce électronique, l’Algérie poursuit son adaptation à une économie où le numérique occupe une place de plus en plus importante.
Le défi des prochaines années sera toutefois moins technologique que culturel. Car si les infrastructures se développent rapidement, la réussite de cette transition dépendra surtout de la capacité à ancrer durablement ces nouveaux usages dans les habitudes de consommation d’une société qui reste encore largement attachée au paiement en espèces.
G. Salah Eddine
