
Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, est arrivé, hier après-midi à Berlin, pour une visite officielle de deux jours en République fédérale d’Allemagne, à l’invitation de son ami, son excellence le président allemand, M. Frank-Walter Steinmeier.
Au cours de son séjour, le chef de l’État tiendra des entretiens avec le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, ainsi qu’avec le chancelier Friedrich Merz. Les discussions porteront notamment sur le renforcement des liens historiques entre les deux pays, la relance des mécanismes de coopération et l’élargissement des partenariats dans plusieurs secteurs d’intérêt commun.
Un forum économique algéro-allemand réunira de hauts responsables et avec la participation d’hommes d’affaires et d’investisseurs des deux pays, et dont les travaux seront couronnés par l’annonce d’un partenariat stratégique entre les deux pays et la signature de plus de trente (30) accords dans divers domaines, notamment les hydrocarbures, les énergies renouvelables, la transition énergétique, l’industrie pharmaceutique, l’industrie manufacturière et les technologies de pointe.
Des relations privilégiées
Au-delà du protocole diplomatique, cette visite d’État qu’effectue le président de la République pourrait marquer un nouveau tournant dans les relations entre Alger et Berlin. Organisée à l’invitation du président fédéral Frank-Walter Steinmeier, elle intervient dans un contexte international marqué par de profondes recompositions géopolitiques, énergétiques et industrielles. Dans ce nouvel environnement, les intérêts des deux pays apparaissent plus convergents et complémentaires que jamais.
Les relations entre l’Algérie et l’Allemagne figurent aujourd’hui parmi les plus solides qu’entretient Alger avec les grandes puissances européennes. Elles reposent sur un dialogue politique permanent, un respect mutuel de la souveraineté des États et une volonté commune de privilégier une coopération fondée sur des intérêts réciproques plutôt que sur des rapports de dépendance.
D’ailleurs, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier, entretiennent des contacts réguliers et une concertation permanente, illustrés par de fréquents échanges téléphoniques. Ces consultations permettent de faire le point sur l’évolution de la coopération bilatérale et d’examiner les perspectives de son approfondissement dans différents domaines.
Cette volonté commune de consolider le partenariat s’est exprimée à plusieurs reprises. À l’occasion de la réélection de M. Steinmeier à la présidence de la République fédérale d’Allemagne en février 2022, le président Tebboune avait réaffirmé, dans un message de félicitations, sa détermination à poursuivre la coordination et la concertation au service des deux peuples amis, tout en renouvelant son engagement à promouvoir les relations bilatérales dans toutes leurs dimensions.
Cette relation de confiance s’appuie également sur une estime réciproque entre les deux chefs d’État. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, le président de la République a affirmé que « l’Allemagne est un modèle pour nous à bien des égards », se félicitant de la qualité des relations politiques entre les deux pays. « Les Allemands nous ont toujours traités avec respect, et il n’y a jamais eu de désaccord sur la politique étrangère », a-t-il souligné.
De son côté, le président allemand avait mis en avant, dans un message de félicitations adressé au président Tebboune à l’occasion de sa réélection pour un second mandat en septembre 2024, « la détermination de son pays à poursuivre l’intensification des relations bilatérales dans les domaines clés de la coopération, tels que les énergies renouvelables et le projet SouthH2 Corridor pour l’hydrogène ».
Plus récemment, dans son message de vœux adressé au président de la République à l’occasion du 71ᵉ anniversaire du déclenchement de la glorieuse Révolution de libération, M. Steinmeier a rappelé « la solidité des liens qui unissent les deux pays depuis de longues années », réaffirmant que son pays « considérera l’Algérie comme un partenaire fiable » et qu’il « demeurera aux côtés de l’Algérie » pour soutenir les efforts communs en faveur du développement durable et de l’approfondissement de la coopération bilatérale.
Au-delà de leur partenariat bilatéral, Alger et Berlin partagent des positions convergentes sur plusieurs grands dossiers internationaux. Les deux pays défendent le règlement politique des conflits, le respect du droit international et le multilatéralisme, tout en soutenant la solution à deux États pour la Palestine. Berlin reconnaît également le rôle croissant de l’Algérie dans la stabilité du Sahel, de la Méditerranée et de l’Afrique. Cette convergence diplomatique confère à la visite présidentielle une portée qui dépasse le seul volet économique et ouvre la voie à un dialogue approfondi sur les grands enjeux géopolitiques actuels.
Une coopération économique qui change de dimension
Si les relations politiques entre Alger et Berlin sont anciennes et particulièrement solides, leur coopération économique connaît aujourd’hui une accélération qui reflète l’évolution des priorités stratégiques des deux pays. Plus de cinquante entreprises allemandes sont désormais implantées en Algérie dans des secteurs clés tels que les industries mécaniques, les équipements industriels, les technologies médicales, l’industrie pharmaceutique, les énergies renouvelables ou encore l’agriculture.
Cette dynamique pourrait s’intensifier davantage dans le secteur industriel. Fin juin, six entreprises allemandes spécialisées dans la filière automobile ont effectué une mission de prospection à Alger et Oran afin d’explorer les possibilités de développer une sous-traitance locale et une industrie de composants. Cette démarche s’inscrit dans l’objectif des autorités algériennes de porter progressivement le taux d’intégration de la filière à 40 %. Dans le même esprit, un programme de jumelage entre l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) et le ministère fédéral allemand de l’Économie a été lancé afin de favoriser le transfert d’expertise, d’améliorer l’attractivité du climat des affaires et d’encourager les investissements industriels à forte valeur ajoutée. Toutefois, L’énergie demeure le principal pilier du partenariat stratégique entre les deux pays. Depuis la crise énergétique européenne, l’Allemagne cherche à sécuriser et diversifier durablement ses approvisionnements, faisant de l’Algérie un partenaire de premier plan. Cette complémentarité se concrétise notamment à travers le projet SouthH2 Corridor, destiné à acheminer de l’hydrogène vert algérien vers l’Allemagne. Les discussions portent également sur le renforcement des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL), la modernisation des infrastructures énergétiques et le développement des technologies liées à la transition énergétique.
Au final, cette visite pourrait surtout servir de révélateur d’une évolution plus profonde des relations algéro-allemandes. Si les annonces attendues se concrétisent, Alger et Berlin pourraient ouvrir un nouveau chapitre fondé non plus sur des échanges ponctuels, mais sur un véritable partenariat stratégique, articulé autour de l’industrie, de l’énergie, de l’innovation et des investissements productifs. Dans un contexte international marqué par la recomposition des chaînes de valeur et la recherche de partenaires fiables, les deux capitales disposent aujourd’hui d’une fenêtre d’opportunité rare pour inscrire leur coopération dans une logique de long terme.
G. Salah Eddine
