
L’été 2026 s’annonce comme l’un des plus éprouvants de ces dernières années pour les citoyens comme pour les services de secours. Portés par des températures exceptionnellement élevées, «3.719 feux ont été enregistrés depuis le 1er mai 2026 contre 1.501 pour la même période en 2025, dont 1.460 incendies se sont déclarés depuis le 1er juillet dernier». C’est par ces chiffres éloquents que le sous-directeur de la communication au sein de la Protection civile, Nassim Bernaoui, a dressé, lundi dernier, un état des lieux préoccupant de la situation des incendies.
Cela fait plusieurs jours que la canicule sévit ! Si elle éprouve déjà, au quotidien, les travailleurs exposés au soleil, les personnes âgées ou celles souffrant de maladies respiratoires, elle crée surtout des conditions particulièrement favorables à la propagation des incendies. Alimentés par des températures extrêmes et des vents parfois favorables à leur propagation, les départs de feu se multiplient à travers le territoire national, mobilisant d’importants moyens humains et matériels. Si le facteur climatique demeure prédominant, les comportements humains continuent également d’alimenter ce phénomène.
Intervenant sur les ondes de la Radio algérienne Chaîne 1, le responsable de la Protection Civile a souligné que «par rapport à 2020, année qui a connu une dramatique saison estivale à cause des feux qui avaient ravagé le pays, le nombre des feux était bien moindre que ce que l’on enregistre ces derniers jours». Une évolution qu’il attribue notamment aux épisodes de fortes chaleurs qui s’installent désormais sur des périodes plus longues. Un phénomène qui dépasse largement les frontières nationales et touche l’ensemble du Bassin méditerranéen, le sud de l’Europe, mais également le Canada et plusieurs autres régions du monde.
Si les conditions météorologiques expliquent en grande partie cette recrudescence des incendies, particulièrement dans l’est du pays, le facteur humain demeure également en cause. Le responsable a notamment évoqué la transformation de certaines forêts et espaces végétalisés en décharges sauvages, soulignant les dangers que représentent les bouteilles en verre abandonnées dans la nature, dont l’effet de loupe est souvent à l’origine de départs de feu particulièrement dévastateurs.
146 incendies en 24h
Depuis près de douze jours, l’Algérie fait face à une vague exceptionnelle d’incendies de forêt et de broussailles. «Rien que durant les dernières 24 heures, pas moins de 146 incendies ont été recensés à travers les différentes wilayas du pays, touchant les forêts, les broussailles, les cultures agricoles, les arbres fruitiers et les palmeraies», a indiqué Nassim Bernaoui. Le même responsable a précisé que 127 incendies ont pu être maîtrisés, tandis que les efforts se poursuivent pour venir à bout des 19 foyers encore actifs au niveau des wilayas de Skikda, Annaba, El-Tarf, Souk- Ahras, Khenchela, Guelma, Béjaïa et Bouira.
Il a également rappelé que pas moins de 1.460 départs de feu ont été enregistrés depuis le 1er juillet, dont 90 % ont été complètement maîtrisés, certains foyers restant toutefois placés sous surveillance afin de prévenir toute reprise des flammes.
Le bilan matériel demeure particulièrement lourd. Depuis le début de la saison estivale, 1.660 hectares ont été ravagés par les flammes, contre 464 hectares durant la même période en 2025. Les dégâts concernent notamment 356 hectares de forêts, 545 hectares de broussailles, 658 hectares de terres agricoles, ainsi que 59 hectares d’arbres fruitiers et de cultures de montagne.
Prévention et coordination renforcées
Face à cette situation, la Protection civile insiste sur l’importance de la prévention et de la préparation. Pour Nassim Bernaoui, les calamités naturelles telles que les incendies saisonniers exigent avant tout une coordination permanente entre les différents secteurs concernés afin d’en limiter l’impact et l’étendue.
À cet effet, les capacités d’intervention ont été considérablement renforcées ces dernières années. Les effectifs de la Protection civile, qui s’élevaient auparavant à 20.130 éléments, atteignent désormais 35.000 agents mobilisés à travers le territoire national. Ils sont appuyés par plus de 800 camions-citernes de différents gabarits, douze Canadairs loués, deux avions supplémentaires, six hélicoptères, ainsi que six appareils MI-26 relevant de l’Armée nationale populaire, portant à vingt-cinq le nombre total d’aéronefs mobilisés dans le cadre du dispositif national de lutte contre les incendies.
Le responsable a également indiqué que les équipes d’intervention poursuivent leurs opérations en étroite coordination avec les unités de l’Armée nationale populaire, la Direction générale des forêts, les collectivités locales, les présidents des assemblées populaires communales, ainsi que les différentes institutions concernées et les citoyens, afin de contenir les foyers encore actifs et d’empêcher leur propagation.
Parmi les nouvelles mesures adoptées cette année figure «l’évacuation préventive des populations». Sur ce point, Nassim Bernaoui a révélé que 1.800 personnes, représentant 368 familles, ont déjà été évacuées à titre préventif dans la région de Hammam-Melouane. «Il est important de préserver les vies humaines lorsque la situation le demande, par mesure de précaution», a-t-il affirmé, précisant que les personnes évacuées sont provisoirement prises en charge dans des espaces aménagés jusqu’au retour à la normale.
Au-delà des moyens exceptionnels mobilisés, cette saison estivale rappelle que la lutte contre les incendies demeure un défi collectif où la vigilance citoyenne constitue, plus que jamais, le premier rempart contre les flammes.
G. Salah Eddine
