
L’Algérie s’apprête à assumer, dès ce 1er août 2026, la présidence tournante du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine. Dans un contexte géopolitique régional sous haute tension, cette prise de fonction s’inscrit dans la continuité de la doctrine diplomatique portée par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune : promouvoir des solutions africaines aux crises du continent, renforcer l’action multilatérale et privilégier la prévention.
Pour ce mandat estival, l’Algérie a façonné une feuille de route ambitieuse, alliant travail institutionnel, diplomatie de terrain et réponses concrètes aux urgences sécuritaires, politiques et humanitaires du moment. Dès l’ouverture des travaux, elle entend placer l’humain et la prévention au cœur des débats. La session inaugurale, qui se tiendra sous forme de séance publique, sera entièrement consacrée à l’éducation dans les zones de conflit. Un choix fort qui rappelle que la protection du droit à l’éducation constitue la pierre angulaire de toute paix durable et d’un développement résilient.
Par ailleurs, le programme d’action accorde une place centrale aux foyers d’instabilité qui secouent le continent. Le Conseil de paix et de sécurité consacrera notamment une réunion majeure à l’évolution de la situation sécuritaire et politique dans le Sahel, une zone hautement stratégique où les défis sécuritaires demeurent d’une acuité critique.
Dans cette même dynamique de suivi des crises, le CPS se penchera également sur la consolidation de la paix en République du Soudan du Sud. L’objectif sera d’accompagner ce pays vers une stabilité institutionnelle durable à travers un soutien continu aux processus politiques locaux. Pour joindre le geste à la parole, l’Algérie a enfin inscrit au calendrier une mission de terrain du CPS en République du Soudan. Ce déplacement permettra aux membres du Conseil d’évaluer directement l’urgence politique et humanitaire sur place et d’intensifier l’implication de l’Union africaine dans le règlement pacifique de ce conflit.
« Faire taire les armes »
La vision algérienne repose sur une architecture continentale mieux intégrée et plus fluide. Pour éviter le cloisonnement des initiatives, trois cycles de concertations institutionnelles réuniront le CPS et plusieurs piliers du système africain : le Parlement panafricain (PAP), la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, la Plateforme africaine de gouvernance, ainsi que l’Architecture africaine de paix et de sécurité (AGA-APSA).
L’un des temps forts de ce mois d’août sera sans doute l’évaluation de l’initiative phare de l’Agenda 2063 : « Faire taire les armes en Afrique. » Le Conseil examinera sans complaisance l’état d’avancement de la feuille de route, mesurant le chemin parcouru tout en identifiant les obstacles qui freinent encore l’éradication des conflits armés. Pour contrer les menaces transnationales et le terrorisme, l’Algérie mise sur un renforcement inédit de l’appareil d’intelligence et de prévention. Dans cette optique, une réunion de coordination de haut niveau rassemblera l’ensemble des piliers sécuritaires du continent, notamment le Centre de l’UA pour la lutte contre le terrorisme (AUCTC) et le Mécanisme de coopération policière (AFRIPOL).
Cette synergie sera renforcée par la participation active du Comité des services africains de renseignement et de sécurité (CISSA), ainsi que du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP). L’enjeu stratégique de cette rencontre est d’affiner l’outil continental d’évaluation des menaces et de cartographie des risques, une initiative novatrice déjà portée par l’Algérie lors de sa précédente présidence du CPS, en août 2025.
Enfin, pour faire entendre la voix du continent sur la scène internationale, le CPS accueillera le briefing trimestriel du Groupe A3, composé des trois États africains membres non permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. L’objectif est clair : accélérer la mise en œuvre du Processus d’Oran afin de garantir une position africaine unifiée, cohérente et influente au sein du système onusien.
Au-delà des réunions institutionnelles à Addis-Abeba, l’Algérie entend imprimer une marque concrète à son mandat par une diplomatie de proximité. Le programme prévoit ainsi une mission de terrain du CPS en République du Soudan.
Face à la gravité des enjeux politiques et humanitaires qui secouent le pays, ce déplacement vise à évaluer la situation au plus près du terrain. Pour le Conseil, il s’agit d’intensifier son engagement direct et d’apporter un soutien ferme aux initiatives de médiation destinées à ramener la paix et la stabilité dans cette région névralgique.
Prévenir plutôt que subir
À travers cette présidence, Alger ambitionne de renforcer significativement l’efficacité et la réactivité du CPS face à la multiplicité des crises continentales. La méthode algérienne repose sur un paradigme clair : l’anticipation.
Plutôt que de se limiter à une gestion passive des urgences a posteriori, la diplomatie algérienne promeut une approche proactive soutenue par une architecture sécuritaire rénovée. Cela passe avant tout par la mise en place d’un dispositif intégré, capable de relier directement les mécanismes d’alerte précoce à une capacité de réponse rapide sur le terrain.
Cette vision accorde également une priorité absolue aux processus de médiation et au règlement pacifique des différends. En parallèle, elle réaffirme le principe fondateur des « solutions africaines aux problèmes africains », garant du respect des souverainetés nationales et de la stabilité à long terme.
En alignant ainsi son action sur les objectifs stratégiques de l’Agenda 2063 de l’UA, l’Algérie entend faire de ce mois d’août un véritable levier pour consolider la paix et répondre aux aspirations profondes des peuples du continent.
Alors que le système multilatéral global traverse une crise de lisibilité sans précédent, la démarche algérienne rappelle une vérité essentielle : l’avenir sécuritaire de l’Afrique ne se jouera pas dans les chancelleries extérieures, mais bien au cœur des instances continentales. En prenant les commandes du CPS avec une feuille de route aussi dense que pragmatique, Alger ne cherche pas seulement à gérer l’agenda diplomatique du mois d’août — elle pose les jalons d’une architecture de sécurité africaine souveraine, capable d’éteindre les incendies avant qu’ils ne se propagent. Reste désormais à transformer ces ambitions institutionnelles en avancées tangibles sur le terrain.
G. Salah Eddine
