
La lutte contre les bandes de quartier s’intensifie en Algérie. Face à un phénomène qui évolue et se complexifie, les services de la Gendarmerie nationale et de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) poursuivent le renforcement de leur dispositif à travers une stratégie fondée sur la prévention, l’anticipation, le renseignement et des interventions ciblées. Sollicités par Horizons, les deux corps de sécurité ont présenté leur dernier bilan, mettant en lumière les résultats enregistrés, les moyens mobilisés et l’importance d’une approche coordonnée associant les institutions et les citoyens.
Le lieutenant-colonel Hamza Guerraïchi, de la Police judiciaire au Commandement de la Gendarmerie nationale, explique que les bandes de quartier sont, dans de nombreux cas, composées de repris de justice ou de personnes impliquées dans le trafic de stupéfiants. Pour faire face à cette menace, les pouvoirs publics ont adopté un dispositif juridique spécifique avec l’ordonnance n°20-03 du 30 mars 2020, qui constitue aujourd’hui le principal fondement législatif de la lutte contre ces groupes.
Ce cadre a été consolidé par la création de la Commission nationale de prévention et de lutte contre les bandes de quartier, chargée de coordonner les actions engagées sur le terrain. Dès l’entrée en vigueur de cette ordonnance, le Commandement de la Gendarmerie nationale a donné des instructions à l’ensemble de ses unités territoriales afin de renforcer les opérations de prévention et de répression.
La stratégie mise en œuvre repose notamment sur une cartographie criminelle permettant d’identifier les zones sensibles et d’adapter les dispositifs opérationnels aux réalités de chaque territoire. Des unités spécialisées dans les investigations ainsi que des détachements d’intervention sont mobilisés en permanence, en étroite coordination avec les parquets et les magistrats compétents, afin d’assurer l’efficacité des enquêtes et le respect des procédures judiciaires.
559 bandes démantelées entre 2020 et 2025
Le renseignement occupe une place centrale dans cette stratégie. Les services spécialisés assurent une veille permanente, notamment sur les réseaux sociaux et les sources ouvertes, afin d’identifier les contenus susceptibles d’être liés aux activités des bandes de quartier. Toutes les vidéos et informations diffusées sont systématiquement vérifiées avant toute intervention, dans le but d’écarter les tentatives de manipulation ou la propagation de fausses informations.
Le lieutenant-colonel Guerraïchi insiste également sur la dimension préventive de cette lutte, appelant les citoyens à développer davantage la culture du signalement en utilisant le numéro vert et les différents canaux mis à leur disposition pour transmettre des informations aux services de sécurité. Selon lui, cette coopération constitue un levier essentiel pour prévenir les violences et permettre une intervention rapide des forces de l’ordre.
Depuis l’entrée en vigueur de l’ordonnance de 2020, les services de la Gendarmerie nationale ont démantelé 559 bandes de quartier entre 2020 et 2025. Au cours de cette période, 2.680 personnes ont été interpellées, dont 1.386 placées en détention provisoire.
86 bandes démantelées depuis le début de l’année 2026
Le bilan des sept premiers mois de l’année 2026 témoigne de l’intensification des opérations. Les unités de la Gendarmerie nationale ont démantelé 86 bandes de quartier dans 30 wilayas. Les enquêtes ont concerné 453 suspects, conduisant au placement en détention provisoire de 214 personnes, tandis que 23 autres ont été placées sous contrôle judiciaire.
Le responsable fait état d’une progression notable des indicateurs, avec une hausse de 30 % du nombre d’affaires traitées et de 41 % du nombre de personnes impliquées par rapport à la même période de l’année précédente. Pour lui, ces chiffres traduisent à la fois l’ampleur du phénomène et le renforcement des capacités d’intervention des unités spécialisées.
Il souligne également que la stratégie nationale ne consiste plus uniquement à intervenir après la commission des infractions, mais privilégie désormais une approche proactive reposant sur la prévention, l’anticipation et l’action précoce. Une démarche qui, selon lui, ne peut produire des résultats durables qu’à travers une mobilisation de l’ensemble des acteurs : institutions publiques, familles, société civile et jeunesse.
La DGSN poursuit son action dans les zones urbaines
Dans les centres urbains, la Direction générale de la Sûreté nationale déploie un dispositif complémentaire.
Le commissaire principal Kamel Ouali, de la sous-direction de la communication, indique que les services de police ont traité 146 affaires liées aux bandes de quartier au cours de l’année 2025. Les investigations ont concerné 1.168 personnes. Les procédures judiciaires ont conduit au placement en détention provisoire de 697 individus, tandis que 151 personnes ont été placées sous contrôle judiciaire. Par ailleurs, 104 personnes ont fait l’objet d’une citation directe à comparaître devant la justice, 107 dossiers ont été transmis aux juridictions compétentes et 109 personnes ont été remises en liberté.
Pour les cinq premiers mois de l’année 2026, la DGSN a enregistré 90 affaires impliquant 499 personnes. Les procédures engagées ont abouti au placement en détention provisoire de 339 personnes, tandis que 27 autres ont été placées sous contrôle judiciaire.
Selon le commissaire principal Kamel Ouali, ces résultats traduisent la poursuite des efforts déployés par les services de police pour lutter contre les bandes de quartier et préserver la sécurité publique. Il précise que la stratégie de la DGSN repose sur une présence renforcée sur le terrain, un travail de proximité avec les citoyens et une exploitation accrue du renseignement, notamment dans les zones urbaines où ce phénomène est susceptible de se développer.
Au-delà des résultats opérationnels, la Gendarmerie nationale et la DGSN rappellent que la lutte contre les bandes de quartier ne peut reposer uniquement sur l’action des forces de sécurité. Elles plaident pour une mobilisation de l’ensemble des acteurs de la société — familles, établissements éducatifs, associations et citoyens — afin de prévenir la violence, renforcer la cohésion sociale et préserver durablement la sécurité des quartiers.
Cheklat Meriem
