
Le procureur général près la Cour de Boumerdès a présenté, hier après-midi, les premiers résultats de l’enquête sur l’accident de bus du 31 juillet. Les investigations font apparaître plusieurs facteurs, dont une vitesse excessive, une surcharge du véhicule, en plus d’un conducteur pas en parfait état pour conduire.
Selon le parquet, le voyage avait été annoncé sur les réseaux sociaux, notamment à travers la page «AYOUB VOYAGE», qui donnait l’impression, selon les enquêteurs, d’être liée à une agence touristique disposant de plusieurs bus et proposant différentes destinations.
Les réservations se faisaient par téléphone. Le conducteur commençait à récupérer les passagers dès 3 heures du matin, principalement dans différents quartiers d’El-Eulma, avant un départ vers Boumerdès aux alentours de 5 heures. Le prix du voyage était fixé à 1.400 dinars par personne.
L’enquête a également permis d’établir que le propriétaire du bus, Yousfi Abdelrazak, l’exploitait durant l’année scolaire dans le cadre du transport universitaire. Durant la saison estivale, le véhicule était cédé dans le cadre d’un contrat de cession, à l’agence «Berbère Tour», pour être utilisé dans l’organisation de voyages touristiques.
L’un des principaux éléments révélés par l’enquête concerne la vitesse du bus. L’accident s’est produit sur la voie d’évitement reliant la RN24, au niveau d’El-Karma, sur une portion présentant une pente de 7%.
Selon les analyses techniques, le bus roulait à 121,63 km/h juste avant le début du freinage, alors que la vitesse était limitée à 60 km/h.
Autre constat important : le véhicule transportait 64 personnes, alors que sa capacité était limitée à 51 personnes, chauffeur compris. Les enquêteurs n’ont, en revanche, relevé aucune anomalie particulière concernant l’état de la route. Mise en service en août 2025, celle-ci ne présentait ni fissures, ni sable, ni présence d’huile au moment de l’accident. Les barrières de sécurité et la signalisation étaient également présentes, tandis que les conditions météorologiques étaient favorables.
L’enquête a également apporté des éléments concernant le conducteur, décédé dans l’accident. Les différentes analyses biologiques et informatiques du téléphone du conducteur ont établi qu’il consommait des substances psychotropes. Autre élément particulièrement important : le conducteur n’était pas déclaré par son employeur, selon les résultats présentés par le parquet.
Les enquêteurs se sont, par ailleurs, penchés sur son emploi du temps. La veille de l’accident, le conducteur avait effectué un voyage à Jijel, avant de regagner El-Eulma, après minuit, puis reprendre la route quelques heures plus tard, pour Boumerdès.
L’examen technique du bus n’a pas révélé de défaillance antérieure au drame au niveau du système de freinage principal, du freinage d’urgence ou de la direction. La validité du contôle technique du véhicule courait, par ailleurs, jusqu’au 2 octobre 2029.
Une anomalie a, toutefois, été relevée au niveau du système d’assistance au freinage moteur : son efficacité ne dépassait pas 50%, selon le parquet.
Les premiers résultats de l’enquête font ainsi apparaître une succession de facteurs : vitesse deux fois supérieure à la limite autorisée, surcharge du bus, consommation de psychotropes par le conducteur, anomalie du système d’assistance au freinage et reprise du volant quelques heures après un précédent trajet.
Ces éléments constituent les premières conclusions de l’enquête préliminaire. Les investigations judiciaires doivent désormais permettre d’établir précisément les responsabilités et les éventuelles infractions liées à l’organisation et à l’exploitation de ce voyage. Notons, enfin, que cet accident a malheureusement fait 28 morts et 36 blessés. Parmi ces blessés, 19 ont quitté l’hôpital, tandis que 17 autres blessés sont toujours hospitalisés pour recevoir les soins nécessaires.
G. Salah Eddine
