
En l’espace de quelques semaines, les opérations menées par la Gendarmerie nationale, la Sûreté nationale, les Douanes algériennes et les unités de l’Armée nationale populaire (ANP) se sont multipliées, révélant une mobilisation qui dépasse largement le cadre d’opérations ponctuelles. Derrière les saisies, parfois filmées et souvent spectaculaires, un constant se dresse : c’est sur plusieurs wilayas que des réseaux ont été démantelés, des narcotrafiquants interpellés, des moyens logistiques saisis et d’importantes quantités de stupéfiants retirées du circuit.
Le bilan est particulièrement lourd : plus de 239.000 comprimés psychotropes, plus de sept quintaux de kif traité et 5,5 kilogrammes de cocaïne ont été saisis en quelques jours, tandis qu’au moins 44 personnes impliquées dans différentes affaires ont été arrêtées.
Derrière ces chiffres se dessine surtout une réalité : la lutte contre le trafic de stupéfiants est en train de prendre une nouvelle dimension. Les services de sécurité ne s’attaquent plus uniquement aux points de vente ou aux petits réseaux locaux, mais remontent progressivement les filières, ciblent leurs ramifications, leurs moyens de transport et leurs ressources financières. Une véritable bataille se joue ainsi sur plusieurs fronts à la fois.L’ampleur des opérations récentes traduit d’abord une intensification du travail de renseignement et d’investigation. Les saisies enregistrées dans différentes régions ne concernent pas un seul type de produit ni un seul mode opératoire. Cocaïne, kif traité, psychotropes, notamment la Prégabaline, apparaissent dans des affaires distinctes impliquant aussi bien des réseaux locaux que des filières à dimension transfrontalière. À Oran, l’affaire prend une dimension particulière. Le Service régional de lutte contre la criminalité organisée de l’Ouest a réussi à démanteler un réseau criminel transfrontalier spécialisé dans le trafic de drogues dures. C’était un réseau particulièrement actif et dangereux. Quatre individus ont été arrêtés et plus de 5,5 kilogrammes de cocaïne saisis lors des perquisitions.Mais les enquêteurs ne se sont pas arrêtés à la marchandise. Plus de 4,4 millions de dinars, provenant directement des revenus du trafic, ont également été récupérés, ainsi que six véhicules et deux motocyclettes. Ce volet financier est loin d’être secondaire. Il montre que la lutte contre le narcotrafic ne consiste plus seulement à intercepter les cargaisons. Elle vise également les moyens qui permettent aux réseaux de fonctionner, de se déplacer, de recruter et de renouveler leurs activités. C’est précisément cette logique qui apparaît dans plusieurs opérations récentes : intercepter la marchandise, mais aussi frapper les structures qui permettent son acheminement et sa commercialisation.
À Alger, les réseaux des quartiers dans le viseur
Dans la capitale, qui est malheureusement énormément touchée par ce fléau, la lutte prend une autre forme. Ces derniers jours, les services de la Gendarmerie nationale ont multiplié les opérations contre des bandes criminelles impliquées dans le trafic de stupéfiants et de substances psychotropes.
Aux Eucalyptus, par exemple, deux bandes criminelles très actives dans le quartier ont été neutralisées. Six individus, tous repris de justice, ont été arrêtés. Les perquisitions ont permis de récupérer des psychotropes, plusieurs armes blanches, des feux d’artifice, un fusil à harpon, ainsi que six chiens utilisés pour intimider les citoyens. Les enquêteurs ont également saisi 74 millions de centimes provenant des activités liées au trafic. L’affaire illustre une autre facette du phénomène : dans certains quartiers, le trafic de stupéfiants se mêle à d’autres formes de criminalité et de délinquance. C’est connu dans plusieurs quartiers et voisinage un peu partout, et cela contribue à installer un climat d’intimidation constant. La réponse des services de sécurité cherche donc également à démanteler ces bandes, avant que leurs activités ne prennent une dimension plus importante. Quelques kilomètres plus loin, à l’ouest de la capitale, et plus précisément à Aïn Benian, une autre opération a permis l’interpellation de quatorze personnes appartenant à des bandes impliquées dans le trafic de drogues et de psychotropes. Les enquêteurs ont, notamment récupéré 567 comprimés psychotropes, des quantités de cocaïne et de kif traité, plusieurs armes blanches, ainsi que plus de 16 millions de centimes issus des activités criminelles. Deux opérations dans la même ville, deux configurations différentes, mais un même constat : les services de sécurité cherchent à remonter les réseaux, plutôt qu’à se limiter aux simples exécutants.
Une bataille sur plusieurs fronts
S’il y a une saisie qui résume à elle seule l’ampleur du phénomène, c’est celle opérée à Biskra. Les éléments de la Gendarmerie nationale y ont intercepté une cargaison immense. Car oui, tenez vous bien, c’est plus de 136.800 capsules de Prégabaline 300 mg de fabrication étrangère qui ont été saisis. Pire encore, la même enquête a révélé que le réseau s’étend à une wilaya limitrophe du Sud. La suite a permis de découvrir un important stock dissimulé dans une habitation.
Le volume découvert donne une indication sur la capacité logistique de certains réseaux. Il ne s’agit plus de quelques dizaines ou centaines de comprimés transportés pour alimenter un circuit local, mais de cargaisons suffisamment importantes pour nécessiter des moyens de stockage, de transport et de distribution organisés. La Prégabaline occupe ainsi une place importante dans les opérations menées ces dernières semaines. Les services des Douanes algériennes ont également réalisé plusieurs saisies importantes à Laghouat, à El-Oued et à Béchar, en coordination avec les services de sécurité et les unités de l’ANP. Près de 103.000 comprimés psychotropes, principalement de type Prégabaline 300 mg, ont été saisis lors de trois opérations distinctes.
Les modes de dissimulation témoignent, eux aussi, de l’organisation des filières. Les cargaisons étaient cachées dans des véhicules de tourisme, un camion de transport de marchandises ou acheminées à travers des itinéraires utilisés par les réseaux de contrebande.
Du Nord au Sud, les filières sont traquées
La géographie des opérations est particulièrement révélatrice. Alger, Oran, Biskra, Laghouat, El-Oued, Béchar, Tlemcen et Ouargla apparaissent dans les différents bilans. Autrement dit, la pression ne se concentre pas sur une seule zone. Les services de sécurité interviennent simultanément dans les grands centres urbains, les régions frontalières et les axes de transit.
Cette dimension territoriale est importante dans la mesure où les réseaux criminels ne fonctionnent pas nécessairement à l’intérieur des limites d’une seule wilaya. Une marchandise peut être introduite dans une région, stockée dans une autre, puis acheminée vers une troisième, avant d’être écoulée sur le marché.
C’est pourquoi la coordination entre les différents services devient déterminante.
Les Douanes interviennent sur les flux et les mouvements de marchandises. La Gendarmerie nationale agit, notamment sur les axes routiers et dans les zones relevant de sa compétence. La Sûreté nationale mène des enquêtes et démantèle des réseaux dans les zones urbaines. L’ANP, de son côté, joue un rôle majeur dans la surveillance des frontières et la lutte contre les réseaux transfrontaliers.
La lutte contre le narcotrafic est donc appelée à s’inscrire dans la durée. Elle exige une pression constante, une coopération étroite entre les différents corps de sécurité et une capacité permanente à anticiper l’évolution des réseaux.
G. Salah Eddine
