Paiement électronique : L’Algérie franchit un capet accélère sa mue numérique

Plus de commerçants connectés, des paiements en ligne en forte progression, une explosion du mobile et une adoption croissante des terminaux de paiement : les chiffres du premier semestre 2026 traduisent une transformation rapide des habitudes de paiement en Algérie. Le seuil des 1.000 web-marchands franchi à fin juin constitue l’un des marqueurs les plus visibles de cette évolution.

Le paiement électronique change progressivement d’échelle en Algérie. Au premier semestre 2026, les différents indicateurs de la monétique ont confirmé une accélération de l’usage des solutions numériques, aussi bien sur Internet que dans les commerces physiques, ou à travers le téléphone mobile.
Le signal le plus symbolique est sans doute le franchissement du seuil des 1.000 web-marchands ayant intégré la plateforme nationale de paiement sur Internet. Selon les données du Groupement d’intérêt économique de la monétique (GIE Monétique), leur nombre a atteint 1.004 à fin juin 2026, contre 644 une année auparavant, soit une progression de 55%.
Derrière ce chiffre se dessine une évolution plus profonde : celle d’un écosystème commercial qui commence à intégrer davantage le paiement électronique dans son fonctionnement quotidien. Cette progression du nombre de commerçants acceptant les paiements en ligne s’est naturellement accompagnée d’une hausse de l’activité. Durant les six premiers mois de 2026, 15,43 millions de transactions valides par carte ont été réalisées sur Internet, soit une augmentation de 52% sur un an.
Mais c’est surtout la valeur de ces opérations qui retient l’attention. Les paiements en ligne ont atteint 345,58 milliards de dinars, en progression spectaculaire de 867% par rapport au premier semestre 2025.
Cette envolée doit, toutefois, être replacée dans son contexte. Une partie importante de cette croissance provient de l’intégration de nouveaux usages de paiement électronique liés à des opérations de grande ampleur, notamment le règlement des échéances du programme AADL 3, les frais du Hadj, ainsi que l’achat des moutons de l’Aïd El-Adha.
Ces opérations montrent surtout que le paiement électronique ne se limite plus aux achats courants sur Internet. Il commence également à s’imposer dans des transactions administratives et des dépenses ponctuelles à forte valeur.
L’évolution de la structure des paiements en ligne est, à ce titre, particulièrement révélatrice.
Le secteur des télécommunications reste dominant, mais sa suprématie s’est progressivement réduite. Sa part représente désormais 46% des transactions en ligne, contre 92% en 2020.
À l’inverse, les services administratifs gagnent rapidement du terrain. Leur activité a progressé de 155% durant le premier semestre et représente désormais 19% de l’ensemble des transactions.
Ce déplacement est loin d’être anecdotique. Il témoigne d’une diversification de l’écosystème du paiement électronique, qui ne repose plus uniquement sur les recharges téléphoniques ou les services numériques traditionnels.
Le secteur des assurances illustre encore davantage cette mutation. Le nombre de transactions y est passé de 40.309 au premier semestre 2025 à 567.192 sur la même période de 2026, soit une progression de 1.307%. Cette évolution intervient, notamment dans le sillage des nouvelles dispositions limitant le recours aux paiements en espèces dans ce secteur.
La transformation ne se joue cependant pas uniquement derrière un écran. Dans les commerces physiques, les terminaux de paiement électronique (TPE) connaissent eux aussi une progression rapide.
Le parc installé auprès des commerçants a atteint 119.430 terminaux à fin juin, en hausse de 60% sur un an. Dans le même temps, plus de 8,05 millions de transactions ont été enregistrées durant les six premiers mois de l’année, soit une progression de 81%.
Le montant des paiements effectués via TPE a, lui, atteint 82 milliards de dinars, en hausse de 106%.
Surtout, les six mois du premier semestre ont chacun dépassé le seuil du million de transactions mensuelles. Le record a été enregistré en mai avec 1,64 million d’opérations, notamment sous l’effet des paiements liés à l’achat des moutons de l’Aïd El-Adha.
Le GIE Monétique relève, à ce propos, un indicateur particulièrement parlant : le volume des transactions réalisé par TPE au cours du seul premier semestre 2026 représente presque celui cumulé depuis le lancement du paiement par TPE en Algérie en 2016 jusqu’à la fin de 2023.
Autrement dit, ce qui nécessitait plusieurs années commence désormais à être réalisé en quelques mois.

Le mobile, prochain accélérateur ?
Autre terrain de croissance : le paiement mobile. Les transactions réalisées par QR Code dans le cadre intra-bancaire ont atteint 38,29 millions d’opérations au premier semestre, en hausse de 14%, pour une valeur de 34,8 milliards de dinars, en progression de 32%.
Les transferts de compte à compte, ou P2P, ont également poursuivi leur progression, avec 29,12 millions d’opérations, pour une valeur globale de 397 milliards de dinars.
Mais c’est surtout l’activité interbancaire qui connaît une accélération spectaculaire.
Les transactions par QR Code ont bondi de 1.200%, tandis que les opérations P2P ont progressé de 490%. Lancés officiellement au début de 2025 sous l’appellation DZ Mob Pay, ces services reposent sur l’interopérabilité permise par le switch mobile national mis en service en juin 2024.
Le dispositif reste encore en phase de déploiement, avec sept banques pilotes actuellement engagées et une extension progressive prévue à l’ensemble du réseau bancaire.
Le nombre de comptes particuliers DZ Mob Pay a déjà atteint 126.114, en progression de 168% sur un an, tandis que les comptes commerçants se sont établis à 18.294, en hausse de 116%.
Ces chiffres donnent un aperçu du potentiel que pourrait représenter le paiement mobile lorsque son adoption sera généralisée à l’ensemble du système bancaire.
Cette accélération du paiement électronique ne signifie pas pour autant la disparition des usages traditionnels. Le retrait d’espèces demeure de très loin la principale activité en volume et en valeur.
Au premier semestre 2026, les distributeurs automatiques de billets ont enregistré 131,31 millions de retraits, en hausse de 16%, pour une valeur de 2.448 milliards de dinars, soit une progression de 15%.
Le parc national compte désormais 4.919 distributeurs automatiques, contre 13,84 automates pour 100.000 adultes, un an auparavant, le ratio atteignant désormais 14,73.
Ce niveau reste, toutefois, inférieur à la moyenne mondiale, qui s’établissait à 40,42 automates pour 100.000 adultes en 2023, selon les données citées par le GIE Monétique.
Parallèlement, le nombre total de cartes de paiement en circulation a atteint 23,08 millions, en hausse de 12 % sur un an. Les cartes Edahabia représentent la majorité du parc avec 18,59 millions de cartes, tandis que les cartes CIB atteignent 4,49 millions.

Un changement de comportement
Pris séparément, chacun de ces chiffres pourrait apparaître comme une simple progression statistique. Pris ensemble, ils racontent autre chose : une modification progressive des habitudes de paiement et une diversification des usages électroniques.
L’Algérie dispose aujourd’hui d’un écosystème où le paiement en ligne progresse, où les TPE se multiplient dans les commerces, où le QR Code gagne du terrain et où les services administratifs commencent à peser significativement dans les transactions numériques.
Le véritable enjeu se situe désormais dans la capacité à transformer cette accélération en usage durable et quotidien, au-delà des opérations exceptionnelles qui ont fortement gonflé les montants du premier semestre. Car le passage de 644 à 1.004 web-marchands en un an est certes un seuil symbolique.
Mais l’indicateur le plus intéressant est peut-être ailleurs : dans la multiplication des points d’acceptation, la diversification des secteurs concernés et l’apparition de nouveaux comportements de paiement. Avec 23 millions de cartes en circulation, plus de 119.000 TPE, plus de 15 millions de paiements en ligne et une adoption rapide du mobile, la monétique algérienne semble ainsi entrer dans une nouvelle phase. La question n’est plus véritablement de savoir si le paiement électronique va se développer en Algérie. Les chiffres du premier semestre 2026 répondent déjà à cette question. Le véritable défi est désormais de savoir jusqu’où cette transformation peut aller et à quelle vitesse l’économie algérienne parviendra à réduire sa dépendance aux espèces.

G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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