
Le ministère de la Poste et des Télécommunications a adressé, lundi dernier, une «correspondance officielle» au groupe Meta, propriétaire de WhatsApp, au sujet d’une nouvelle fonctionnalité permettant aux utilisateurs de masquer leur numéro de téléphone lors de certains échanges. Le ministère demande des garanties sur son déploiement en Algérie, invoquant les risques potentiels liés à la fraude, à l’usurpation d’identité et aux crimes électroniques.
Pour les autorités algériennes, cette nouvelle fonctionnalité soulève des interrogations en matière de sécurité numérique et de traçabilité des comptes. Le ministère estime, notamment que la possibilité de masquer le numéro pourrait créer un environnement plus favorable aux pratiques frauduleuses, à l’usurpation d’identité et à certaines formes de criminalité électronique.
Le secteur dirigé par Sid Ali Zerrouki rappelle que la réglementation algérienne impose que les comptes de services de messagerie instantanée, à l’image de WhatsApp, soient associés à un numéro de téléphone mobile «actif et vérifié».
C’est précisément sur ce point que porte la demande adressée à Meta. La nouvelle fonctionnalité, annoncée en juin dernier et généralement désignée sous l’appellation «WhatsApp Usernames», permettrait aux utilisateurs de communiquer sous un nom d’utilisateur sans nécessairement exposer publiquement leur numéro de téléphone.
Le ministère souhaite ainsi obtenir des précisions sur les modalités concrètes de son application sur le marché algérien, notamment afin de s’assurer que cette évolution ne permette pas la création ou l’utilisation de comptes totalement détachés d’un numéro mobile valide.
Dans sa «correspondance officielle», le ministère insiste ainsi sur la nécessité de maintenir tous les comptes WhatsApp «actifs ou activés en Algérie» associés à un numéro de téléphone mobile «correct et vérifié par les opérateurs nationaux».
Les autorités demandent également une «confirmation» et une «réponse par écrit» garantissant qu’il ne sera pas possible de procéder à la «création ou le maintien» de comptes reposant uniquement sur un nom d’utilisateur, sans lien direct avec un numéro de téléphone valide et vérifié.
Lutter contre les fraudes sans toucher au chiffrement
Derrière cette demande se trouve principalement une préoccupation : préserver les mécanismes permettant de lutter contre les fraudes et les abus en ligne.
Le ministère considère que les mesures demandées sont «nécessaires et proportionnées» au regard des risques potentiels liés à la nouvelle fonctionnalité. Le masquage du numéro pourrait, notamment, selon les autorités, faciliter certaines tentatives d’escroquerie ou d’usurpation d’identité, en rendant plus difficile l’identification de l’utilisateur à l’origine d’un compte ou d’une interaction.
La question revêt une importance particulière en Algérie, compte tenu de l’utilisation massive de WhatsApp. L’application figure parmi les principaux outils de communication utilisés par les Algériens, avec près de 27 millions d’utilisateurs inscrits selon les dernières données disponibles.
Pour les autorités, l’enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre l’évolution des fonctionnalités proposées par les grandes plateformes numériques et les exigences nationales en matière de sécurité et de lutte contre la cybercriminalité.
Le ministère ne semble d’ailleurs pas fermer la porte au principe du masquage du numéro. Il se dit disposé à examiner avec Meta les modalités permettant d’adapter la fonctionnalité aux exigences du marché algérien.
Des ajustements spécifiques pour l’Algérie ?
Dans cette perspective, les équipes techniques du ministère se tiennent prêtes à engager des discussions avec les représentants de Meta et de WhatsApp, «à chaque fois que le besoin se fera sentir».
Le communiqué évoque également la possibilité de mettre en place des «ajustements techniques spécifiques au marché algérien». Une approche qui traduit la volonté des autorités de ne pas remettre en cause le développement de nouveaux services numériques, mais de veiller à ce que leur déploiement respecte le cadre réglementaire national.
L’Algérie entend ainsi préserver un principe considéré comme essentiel : l’innovation numérique ne doit pas se traduire par un affaiblissement des mécanismes de protection contre les abus.
Le ministère précise, enfin, que ses demandes ne portent pas atteinte à la confidentialité des communications ni au système de chiffrement intégral de bout en bout (End-to-End Encryption) utilisé par WhatsApp.
L’objectif affiché est, au contraire, de «garantir la confiance numérique», tout en renforçant les moyens de prévention contre les fraudes.
Au-delà du cas de WhatsApp, cette démarche illustre une problématique appelée à devenir de plus en plus centrale : comment permettre aux plateformes numériques d’introduire de nouvelles fonctionnalités tout en maintenant, au niveau national, les mécanismes nécessaires à l’identification des utilisateurs et à la lutte contre les abus ?
La réponse de Meta à la requête algérienne apportera sans aucun doute, un début de réponse à cette interrogation.
G. Salah Eddine
