Algérie Horizon 2030 : Les grands chantiers qui vont transformer l’économie

L’Algérie aborde le quinquennat 2026-2030 avec une ambition qui dépasse la simple poursuite de la croissance. À travers les orientations présentées dans son Rapport national volontaire remis aux Nations unies, le pays dessine les contours d’une transformation plus profonde de son modèle économique, avec un objectif central : réduire progressivement la dépendance aux hydrocarbures, renforcer les capacités productives nationales et faire émerger de nouveaux moteurs de croissance.

Par G. Salah Eddine

Industrie, agriculture, tourisme, recherche et développement, énergies renouvelables, hydrogène vert, sécurité hydrique, numérisation de l’administration et réforme des mécanismes de soutien : plusieurs chantiers sont appelés à avancer simultanément au cours des prochaines années. Derrière les objectifs chiffrés se joue donc une question plus fondamentale : Comment transformer les ressources financières, énergétiques, minières et humaines dont dispose l’Algérie en capacités productives durables, en emplois, en exportations et en davantage de valeur ajoutée locale ?

Produire et innover davantage
La diversification économique constitue le premier pilier de cette nouvelle trajectoire. Dans un contexte international marqué par les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les tensions géopolitiques et la volatilité des marchés, l’Algérie cherche à renforcer son autonomie productive, tout en réduisant progressivement sa vulnérabilité aux importations.
Le choix consiste désormais moins à substituer ponctuellement un produit importé par une production locale qu’à construire de véritables chaînes de valeur capables de couvrir plusieurs étapes de la production, depuis les intrants jusqu’au produit fini. L’industrie manufacturière occupe ainsi une place centrale. Le gouvernement entend concentrer ses efforts sur plusieurs filières considérées comme stratégiques, notamment l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, l’électronique, l’automobile et les équipements liés aux énergies renouvelables.
L’objectif affiché est de porter la contribution de l’industrie manufacturière à 12% du PIB, à l’horizon 2030, contre 10% actuellement, et 7% en 2019.
Cette progression, si elle se concrétise, constituerait un changement significatif dans la structure de l’économie nationale. Elle suppose cependant davantage que la création d’unités industrielles : elle implique le développement de fournisseurs locaux, la montée en gamme des entreprises, l’amélioration de la productivité et une intégration plus importante des différentes branches industrielles.
L’enjeu est donc de passer d’une logique d’assemblage ou de production isolée à celle d’un véritable tissu industriel intégré, capable non seulement de répondre à la demande intérieure, mais aussi de se positionner sur les marchés extérieurs.
Cette transformation productive ne pourra, toutefois, pas être durable sans un effort parallèle sur l’innovation. Le rapport fixe ainsi l’objectif d’augmenter progressivement les dépenses consacrées à la recherche et au développement, pour atteindre 1,5% du PIB en 2030, contre environ 0,7% actuellement.
Derrière ce chiffre se trouve l’ambition de faire émerger un écosystème national dans lequel universités, centres de recherche, entreprises et start-up travaillent davantage ensemble.
Pour l’Algérie, l’enjeu est notamment de transformer une partie du potentiel scientifique et humain disponible en solutions industrielles et commerciales. L’intelligence artificielle, les technologies numériques, les énergies renouvelables, l’agriculture et la santé constituent autant de domaines dans lesquels l’innovation peut contribuer à créer de nouveaux marchés. Cette orientation est d’autant plus importante que la compétitivité internationale repose désormais moins uniquement sur le coût de la main-d’œuvre ou l’accès aux matières premières que sur la capacité à produire de la technologie, des compétences et de la valeur ajoutée. Le scénario retenu table ainsi sur une croissance qui pourrait se maintenir entre 4 et 5% par an, soutenue par les investissements publics structurants et la montée en puissance de l’investissement privé.

Le tourisme et les services en levier
La diversification ne se limite pas à l’industrie. Le tourisme figure également parmi les secteurs appelés à contribuer davantage à la croissance.
L’objectif fixé est de porter sa contribution à 3% du PIB, dans le cadre d’une stratégie qui cherche à mieux valoriser les atouts naturels, culturels et historiques du pays.
Mais là encore, l’enjeu économique dépasse le simple nombre de visiteurs. Le développement du tourisme peut entraîner dans son sillage l’hôtellerie, les transports, la restauration, l’artisanat, les services numériques et une multitude de petites entreprises locales.
Cette logique de diversification doit également s’étendre aux services, notamment numériques. L’amélioration progressive de la balance commerciale hors hydrocarbures devra notamment reposer sur la montée des exportations agroalimentaires, pharmaceutiques et de services numériques.
L’objectif est clair : faire progressivement des activités hors hydrocarbures une source de recettes extérieures capable de réduire la concentration des exportations sur les hydrocarbures.

Le Sahara au cœur de la transition énergétique
Le deuxième grand chantier concerne l’énergie. L’Algérie entend conserver son rôle de producteur majeur d’hydrocarbures, tout en préparant progressivement l’après-pétrole et l’après-gaz.
Le solaire occupe une place particulière dans cette stratégie.
Avec son immense potentiel solaire, notamment dans les régions sahariennes, l’Algérie dispose d’un avantage naturel considérable pour développer la production d’électricité renouvelable.
L’ambition affichée est d’atteindre 15.000 MW de capacité solaire à l’horizon 2035, ce qui représenterait environ 27% du mix électrique.
Le développement du solaire doit ainsi répondre à un double objectif : réduire progressivement la consommation intérieure d’hydrocarbures, pour la production électrique, et préserver davantage les volumes disponibles, pour l’exportation et l’industrie.
À cette équation s’ajoute désormais l’hydrogène vert. Les premiers projets expérimentaux sont attendus durant la période 2026-2027, avec l’ambition de positionner progressivement l’Algérie sur un marché énergétique appelé à prendre de l’importance en Europe et dans le Bassin méditerranéen.
Mais la transition énergétique ne se résume pas à construire des capacités renouvelables.
L’efficacité énergétique doit également devenir un axe majeur, notamment à travers l’amélioration des normes thermiques dans les bâtiments, l’étiquetage énergétique et le développement de l’isolation.
Autrement dit, produire une énergie plus propre ne suffira pas : il faudra également apprendre à mieux la consommer.

L’eau devient une question économique
Le changement climatique place parallèlement la sécurité hydrique au premier rang des priorités nationales.
La multiplication des épisodes de sécheresse et la pression croissante exercée sur les ressources conventionnelles ont accéléré le recours au dessalement de l’eau de mer. L’objectif fixé est d’atteindre une capacité de 5 millions de mètres cubes par jour.

Le dessalement devient ainsi bien plus qu’une politique environnementale : il constitue une infrastructure stratégique pour sécuriser l’approvisionnement des populations, soutenir l’activité industrielle et agricole et réduire la vulnérabilité du pays aux variations pluviométriques.
Le volet environnemental comprend également la consolidation du Barrage vert et l’extension des opérations de reboisement. La superficie de la ceinture verte devrait atteindre 4 millions d’hectares à l’horizon 2030, contre environ 3 millions actuellement.
À travers ces investissements, l’Algérie cherche à répondre simultanément à plusieurs défis : lutter contre la désertification, protéger les sols, améliorer la résilience des territoires et adapter l’économie aux effets du changement climatique.

Le numérique comme infrastructure de la nouvelle économie
La transformation économique ne pourra enfin être dissociée de la modernisation de l’administration.
La numérisation des services publics est appelée à jouer un rôle central dans la simplification des procédures, la réduction des délais, l’amélioration de la transparence et la disponibilité des données nécessaires à la prise de décision. Cette évolution concerne également les entreprises. Une administration plus numérique doit permettre de réduire les coûts liés aux démarches, d’améliorer le suivi des opérations économiques et de renforcer la traçabilité.
La réforme de la gouvernance, le renforcement de la justice, la lutte contre la corruption et l’amélioration du système statistique national complètent cette architecture.
Car une économie plus productive nécessite aussi un environnement institutionnel plus prévisible. Pour investir, produire et exporter, les entreprises ont besoin de visibilité, de règles lisibles et de procédures efficaces.

Le défi de l’exécution
L’Algérie dispose donc, pour la période 2026-2030, d’une feuille de route particulièrement dense. Les chiffres donnent la mesure de l’ambition : 12% du PIB pour l’industrie manufacturière, 1,5% du PIB consacré à la recherche et au développement, 3% pour le tourisme, 15.000 MW de solaire à l’horizon 2035, 5 millions de m³ d’eau dessalée par jour et une croissance annuelle visée entre 4 et 5%.
Mais la réussite de cette trajectoire ne se mesurera pas uniquement au nombre de projets lancés ou aux montants investis.
Le véritable test sera celui de la transformation de ces investissements en productivité, emplois qualifiés, exportations, entreprises compétitives et revenus supplémentaires. C’est particulièrement vrai pour la diversification industrielle. Produire localement davantage n’aura un impact durable que si les entreprises algériennes deviennent capables de produire mieux, à des coûts compétitifs et avec suffisamment de qualité pour conquérir des marchés extérieurs. Même logique pour les hydrocarbures : réduire la dépendance à la rente ne signifie pas abandonner cette ressource, mais utiliser davantage les revenus qu’elle génère pour financer une économie capable de fonctionner progressivement sur plusieurs moteurs.
L’enjeu du quinquennat est donc moins de tourner brutalement la page des hydrocarbures que de faire en sorte que leur poids relatif diminue à mesure que d’autres secteurs gagnent en puissance.
À l’horizon 2030, la question ne sera finalement pas seulement de savoir combien l’Algérie aura investi, construit ou produit. Elle sera de mesurer si ces efforts auront permis de modifier durablement la structure de son économie.
De la rente à la production, de l’importation à l’intégration locale, des ressources brutes à la valeur ajoutée, l’Algérie cherche à franchir une nouvelle étape de son développement. Le véritable chantier de 2030 sera celui de la transformation de ses atouts en une économie plus productive, plus diversifiée et, surtout, capable de créer durablement de la richesse en dehors des hydrocarbures.

G. S. E.

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