Agenda 2030 : Des ambitions sociales renforcées

La publication du deuxième Examen national volontaire (ENV) de l’Algérie, présenté au Forum politique de haut niveau des Nations unies en 2026, marque une nouvelle étape dans l’évaluation des progrès réalisés par le pays sur la voie de la mise en œuvre de l’Agenda 2030 pour le développement durable.

Au-delà du bilan des avancées enregistrées depuis 2015, le rapport a tracé les principales orientations retenues pour les quatre années restantes, autour d’une approche fondée sur une croissance plus inclusive et accordant une place centrale à la justice sociale, à l’équité territoriale et à la solidarité nationale.
Le principe de «ne laisser personne pour compte» est placé au cœur des priorités définies pour la période 2026-2030.
L’un des principaux objectifs affichés est de poursuivre la lutte contre la pauvreté et à renforcer la protection des catégories exposées à la vulnérabilité. Le rapport fixe comme ambition de maintenir le taux d’extrême pauvreté sous le seuil de 0,5%, avec l’objectif de le ramener à zéro, à l’horizon 2030, tout en visant une réduction du taux de pauvreté national à moins de 3%. Dans le même temps, les pouvoirs publics avaient poursuivi l’élargissement de la couverture de la protection sociale, passée de 55,2%, en 2015, à 67%, en 2024, avec une attention particulière accordée aux travailleurs du secteur informel et aux travailleurs indépendants.
L’État s’était, notamment appuyé sur plusieurs dispositifs, parmi lesquels l’Allocation forfaitaire de solidarité (AFS), l’Allocation spéciale de scolarité, les mécanismes de microcrédit et les différents programmes d’inclusion et de solidarité déployés au niveau local.
Ces dispositifs avaient également permis d’intervenir dans les zones reculées, afin d’améliorer l’accès des populations aux services essentiels, notamment à la «santé, à l’éducation, aux droits et à l’inclusion économique».

Santé et éducation
Le rapport a également mis en avant la nécessité de faire évoluer progressivement le modèle social, en passant d’une logique d’assistance à une logique d’«investissement social productif», dans laquelle les politiques publiques de soutien devaient davantage favoriser l’autonomie et l’insertion économique des bénéficiaires.
La santé constitue l’un des principaux piliers de cette politique. L’espérance de vie était passée de 77,1 ans, en 2015, à 80 ans en 2026, tandis que la mortalité maternelle avait enregistré une baisse de 20%.
À l’horizon 2030, l’Algérie avait ainsi affiché l’ambition d’améliorer davantage la couverture sanitaire universelle et de poursuivre la réduction de la mortalité maternelle et infantile.
Le défi porte également sur la prévention des maladies non transmissibles, à travers le renforcement du dépistage précoce, l’amélioration de l’accès aux médicaments essentiels, le développement des dossiers médicaux numériques et le recours accru à la télémédecine.
Dans l’éducation, l’enseignement primaire avait atteint un taux de scolarisation de 100%, en 2024 et 2025. Les objectifs fixés prévoient, par ailleurs, un taux de scolarisation supérieur à 92%, dans le moyen, et à 85%, dans le secondaire.
Dans l’enseignement supérieur, l’Algérie a également ambitionné d’atteindre au moins deux millions d’étudiants à l’horizon 2030. Mais derrière les taux de scolarisation, le rapport a identifié deux enjeux majeurs : la qualité de l’enseignement et l’insertion professionnelle des diplômés.
Les pouvoirs publics ont ainsi mis l’accent sur le développement des compétences numériques et l’adaptation des formations aux besoins de l’économie, notamment dans les technologies numériques, les énergies renouvelables, l’agriculture, l’agroalimentaire et la santé.
La formation professionnelle, qui accueillait plus de 700.000 stagiaires par an, devait, pour sa part, renforcer son rôle dans l’insertion des jeunes et répondre plus directement aux besoins du marché du travail.

Femmes, jeunes…
La situation des femmes fait également apparaître un paradoxe. Leur présence dans l’enseignement supérieur et plusieurs secteurs professionnels a fortement progressé, sans que cette évolution ne se traduise encore par une participation économique équivalente.
Les femmes représentaient ainsi, en 2024, 65,7% des étudiants de l’enseignement supérieur et leur présence s’était renforcée dans plusieurs domaines, notamment la magistrature, la santé et la fonction publique.
Cependant, leur taux d’emploi demeurait relativement faible, à 17,8%, en 2024. L’objectif fixé consistait à porter cette proportion à au moins 25% d’ici 2030, notamment grâce au développement de l’entrepreneuriat féminin, du microcrédit et des programmes spécifiquement destinés aux femmes rurales.
La situation des jeunes constituait également l’un des principaux défis sociaux. Le taux de chômage des 15-24 ans, qui atteignait 30,8% en 2024, avait placé la question de l’insertion professionnelle au premier rang des préoccupations.
Le rapport avait identifié plusieurs leviers : renforcer la formation, soutenir les jeunes entreprises, développer les possibilités d’emploi indépendant, faciliter l’accès au financement et accélérer la formalisation de l’activité informelle.
L’accès aux services essentiels constituait un autre volet majeur.
Le taux d’accès à l’eau potable avait atteint 98%, en 2024, et l’objectif fixé était de dépasser 99% à l’horizon 2030. Le raccordement aux réseaux d’assainissement doit, pour sa part, dépasser 95%, tandis que la capacité nationale de dessalement doit atteindre 5 millions de mètres cubes par jour.
Ces objectifs sont directement liés à la question de l’équité territoriale. Le rapport accorde une attention particulière aux Hauts-Plateaux, au Sud, aux zones rurales et aux régions isolées, où les écarts en matière d’accès aux infrastructures et aux services demeurent plus importants.
Le développement des infrastructures, l’amélioration des communications et les programmes d’intégration économique doivent ainsi contribuer à réduire progressivement ces disparités.
La numérisation des services publics doit également jouer un rôle croissant, en facilitant l’accès aux prestations administratives et sociales, indépendamment de la localisation géographique des citoyens.

Un modèle social à consolider
À travers les différents objectifs recensés dans le deuxième Examen national volontaire, l’Algérie cherche ainsi à construire une approche plus intégrée de son développement social, en faisant converger les politiques de santé, d’éducation, de logement, de protection sociale, d’emploi, d’accès à l’eau et d’autonomisation des femmes.
L’Agenda 2030 constitue un cadre cohérent, mobilisant 51 domaines et organisations nationaux autour des différents Objectifs de développement durable.
Mais au-delà des chiffres et des objectifs annoncés, le véritable enjeu réside dans leur traduction concrète sur le terrain.
À l’approche de l’échéance de 2030, le défi consiste donc à transformer les progrès enregistrés en résultats durables, à réduire davantage les disparités entre les territoires et à faire en sorte que la diversification économique bénéficie au plus grand nombre. L’ambition affichée repose finalement sur un équilibre entre transformation économique et protection sociale : développer le capital humain, créer davantage d’opportunités pour les jeunes et les femmes, améliorer les services essentiels et réduire les inégalités territoriales.
Cette trajectoire place ainsi la cohésion sociale au cœur du développement, avec pour principe directeur celui inscrit dans le rapport : «Ne laisser personne pour compte».

Abir Menasria

ALGER 16 DZ

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