
Chargé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a effectué, jeudi dernier, une visite de travail au Niger, marquée par une étape majeure dans le renforcement du partenariat stratégique entre Alger et Niamey. Il a coprésidé, avec son homologue nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, la cérémonie officielle de lancement des travaux de forage du puits d’exploration Kafra Sud-Est 1, dans le nord du Niger.
Au-delà du lancement d’une opération d’exploration pétrolière, cette étape vient donner une traduction concrète à la dynamique de coopération engagée entre les deux pays. Elle intervient dans le prolongement de la volonté affichée par les dirigeants algérien et nigérien de bâtir un partenariat durable, fondé sur des projets structurants et sur une coopération dépassant le seul secteur des hydrocarbures.
Dans une allocution prononcée à l’occasion de cette cérémonie, Sifi Ghrieb a transmis aux dirigeants, au gouvernement et au peuple nigériens les salutations du Président Abdelmadjid Tebboune, ainsi que ses vœux de davantage de sécurité, de stabilité, de progrès et de prospérité.
Le Premier ministre a réaffirmé, dans ce contexte, l’attachement de l’Algérie au renforcement des liens de fraternité et de coopération avec le Niger, soulignant que le lancement du forage de Kafra Sud-Est 1 constituait une nouvelle étape dans la construction du partenariat stratégique entre les deux pays.
La concrétisation de ce projet intervient après plusieurs mois de préparation dans un environnement particulièrement contraignant. Les équipes mobilisées ont dû composer avec des conditions naturelles difficiles, un terrain exigeant et d’importantes contraintes logistiques. Sifi Ghrieb a ainsi salué le travail accompli par les responsables, experts, ingénieurs, techniciens et différents partenaires ayant contribué à l’acheminement des équipements et à la préparation du site.
Pour Alger, l’enjeu ne se limite, d’ailleurs, pas au développement du champ de Kafra. Le projet s’inscrit dans une ambition plus large visant à établir progressivement un véritable écosystème énergétique et industriel entre les deux pays. «L’ambition de l’Algérie ne se limite pas à la réalisation du projet Kafra dans ses différentes phases, mais s’étend à la construction d’un partenariat industriel intégré et durable» a confié M. Ghrieb.
Le Premier ministre a présenté cette approche comme un modèle de coopération équilibrée, globale et fructueuse, constituant l’un des fondements de la vision portée par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, pour développer un partenariat énergétique africain reposant sur l’intégration et contribuant aux Objectifs de développement durable.
Le partenariat énergétique bilatéral trouve, notamment son prolongement dans le projet de gazoduc transsaharien. M. Ghrieb a relevé que ce projet était entré dans les phases de mise en œuvre, le présentant comme un projet stratégique et comme un maillon essentiel du processus d’intégration africaine.
Parallèlement, les deux pays poursuivent leurs consultations et leur action commune, afin d’accélérer la concrétisation des engagements et des projets bilatéraux dans plusieurs secteurs prioritaires.
Les zones frontalières au cœur de la stratégie
Le choix du site de Kafra revêt également une dimension particulière en raison de sa proximité avec la frontière algérienne. Le Premier ministre a insisté sur l’importance stratégique de cette région, estimant que la présence des deux pays sur ce site traduisait une vision commune visant à transformer les zones frontalières en espaces de coopération et de développement partagé.
Cette approche entend faire des régions frontalières non plus uniquement des espaces de surveillance et de contrôle, mais également des territoires d’investissement, d’échanges et de développement économique.
Dans cette perspective, le Premier ministre a estimé que le passage de la phase des intentions et des accords à celle de la réalisation effective des projets constitue une illustration de la volonté des dirigeants des deux pays d’assurer un suivi direct et rigoureux de la coopération.
Cette évolution consacre, selon lui, le caractère stratégique des relations algéro-nigériennes et pourrait faire de celles-ci un modèle de coopération entre pays africains. Le champ de Kafra constitue ainsi un modèle de coopération qui dépasse le seul investissement. Au-delà de l’engagement de Sonatrach, et donc plus largement de l’Algérie, dans le développement de ce périmètre frontalier, le partenariat repose également sur le transfert du savoir-faire algérien, notamment à travers la formation des cadres de Sonidep aux métiers des hydrocarbures.
Sonatrach a déjà mené d’importants travaux d’exploration sur le champ de Kafra, avec l’acquisition d’environ 2.200 km de sismique 2D et 760 km² de sismique 3D, ainsi que le forage de deux puits d’exploration, en 2018 et 2019. Ces opérations ont, notamment permis la découverte du puits Kafra-1 et confirmé le potentiel du périmètre.
La coopération entre les deux compagnies pourrait, par ailleurs, s’étendre au bloc de Bilma, considéré comme l’un des principaux périmètres pétroliers du Niger. Sonatrach et Sonidep discutent ainsi d’un nouveau cadre de coopération portant sur l’évaluation du potentiel de ce bloc et les perspectives de son développement, avec l’objectif d’aider le Niger à mieux valoriser ses ressources pétrolières et gazières.
Au terme de son intervention, Sifi Ghrieb a réitéré, au nom du président de la République, «l’engagement constant de l’Algérie à poursuivre le développement des relations de fraternité et de coopération avec la République du Niger, pays frère, à continuer de contribuer au renforcement de la sécurité et de la stabilité de son environnement régional, et à promouvoir les processus de développement, de bien-être et de prospérité à travers le continent africain».
Niamey salue une «étape majeure »
De son côté, le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a salué le niveau atteint par la coopération entre les deux pays, ainsi que l’importance stratégique du projet Kafra. Il a estimé que cette réalisation constituait «une étape majeure dans le processus de partenariat entre les deux pays».
La cérémonie officielle s’est achevée par le dévoilement de la plaque commémorative marquant le lancement des travaux de forage, avant une visite du site et des différentes installations de forage. Les deux Premiers ministres ont ensuite tenu une rencontre bilatérale consacrée à la poursuite des discussions autour de la coopération entre les deux pays.
Le lancement de Kafra Sud-Est 1 marque ainsi bien davantage que le démarrage d’un nouveau forage. Il constitue un test grandeur nature pour une coopération algéro-nigérienne appelée à gagner en profondeur et en portée, avec les hydrocarbures comme point d’ancrage mais avec une ambition qui s’étend désormais à l’industrie, à la formation, au transfert technologique et aux infrastructures régionales.
Le projet Kafra s’inscrit donc dans une nouvelle séquence des relations entre Alger et Niamey, où la proximité géographique se double désormais d’une volonté de bâtir des intérêts économiques communs. Dans un Sahel confronté à de multiples défis sécuritaires et économiques, cette coopération énergétique entend précisément faire des projets de développement un levier supplémentaire de stabilité.
G. Salah Eddine
