La Famine comme arme de guerre: l’Algérie appelle le Conseil de sécurité à agir

Par G. Salah Eddine

L’Algérie veut faire de la lutte contre l’utilisation de la faim comme arme de guerre un enjeu concret de l’action du Conseil de sécurité de l’ONU. Lors d’une réunion tenue mardi dernier à New York, Alger a plaidé pour l’adoption de mécanismes permettant de criminaliser directement l’exploitation de la famine dans les conflits, en mettant notamment en avant la gravité des crises alimentaires qui frappent simultanément la bande de Ghaza et le Soudan.

Prenant la parole lors d’une réunion consacrée au thème « L’alimentation sous le feu de la guerre : le rôle du Conseil de sécurité dans l’atténuation des crises alimentaires mondiales et locales », le représentant permanent adjoint de l’Algérie auprès de l’ONU, Mehdi Litim, a rappelé l’ampleur sans précédent de la crise alimentaire mondiale.
Selon lui, le Rapport mondial sur les crises alimentaires a fait état, pour la première fois de son histoire, de deux situations de famine survenues au cours d’une même année. En 2025, les populations de Ghaza et du Soudan ont ainsi été confrontées à des niveaux particulièrement graves d’insécurité alimentaire.
Au cœur de l’intervention algérienne, un principe présenté comme non négociable : « La famine ne saurait en aucun cas être justifiée comme méthode de guerre. »
À Ghaza, la situation demeure particulièrement préoccupante. Mehdi Litim a décrit une catastrophe humanitaire qui continue de produire ses effets, en s’appuyant sur les dernières données du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).
« A Ghaza, la catastrophe humanitaire demeure une plaie ouverte et béante. Les dernières données de l’IPC (Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) mettent en évidence une réalité désastreuse dans laquelle 1,4 million de personnes continuent de faire face à une insécurité alimentaire aiguë », a-t-il déploré. Le diplomate algérien a ensuite dénoncé les conséquences de l’utilisation de la faim dans le cadre du conflit, notamment sur les populations les plus vulnérables.
« Les conditions de famine précédemment identifiées à Ghaza illustrent les conséquences dévastatrices de l’utilisation de la faim comme arme de guerre. Des enfants meurent de malnutrition alors même que des camions d’aide vitale restent bloqués à quelques kilomètres de là », a-t-il dénoncé.
Face à cette situation, « l’Algérie réitère son appel en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et d’un accès humanitaire sans restriction » dans l’enclave palestinienne.
L’autre foyer majeur d’inquiétude évoqué par l’Algérie est le Soudan, où la guerre a provoqué une dégradation massive des conditions humanitaires et alimentaires.
Le pays est confronté à « l’une des plus graves situations d’urgence au monde en matière d’insécurité alimentaire aiguë », a indiqué Mehdi Litim. « Selon la dernière analyse de l’IPC, 19,5 millions de personnes, soit près de 41 % de la population, font désormais face à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë ».
« Le plus alarmant demeure le fait que 135.000 personnes sont piégées en phase 5 (catastrophe) et souffrent de la famine, tandis que 825.000 enfants sont atteints de malnutrition aiguë sévère », a-t-il noté.
À cette crise alimentaire s’ajoutent les obstacles à l’acheminement de l’aide et la destruction des infrastructures indispensables à la survie des populations.
« Les entraves à l’accès humanitaire liées au conflit, les attaques délibérées contre les voies d’approvisionnement et la destruction des systèmes de production alimentaire continuent d’empêcher l’aide d’atteindre ceux qui en ont le plus besoin », s’est-il également alarmé.

Des alertes aux sanctions
Au-delà du constat humanitaire, Alger entend pousser le Conseil de sécurité vers des réponses plus contraignantes.
Le représentant de l’Algérie a exprimé sa préoccupation face à l’ »effondrement » du financement international destiné au secteur alimentaire, désormais à « son niveau le plus bas depuis une décennie ».
Pour Alger, la protection des populations civiles et des infrastructures indispensables à leur survie doit rester au cœur de la réponse internationale.
« La famine ne saurait en aucun cas être justifiée comme méthode de guerre.
Les parties au conflit ont l’obligation stricte de protéger les civils, ainsi que les infrastructures essentielles à leur survie, notamment les systèmes de production alimentaire et d’approvisionnement en eau », a-t-il insisté.
L’accès humanitaire constitue, dans cette perspective, un autre impératif. « Un accès humanitaire sans entrave est vital. L’Algérie reste pleinement mobilisée sur ce front, en coprésidant le Groupe de travail sur la protection des infrastructures civiles au sein de l’Initiative mondiale visant à renforcer l’engagement politique en faveur du droit international humanitaire », a signalé, par ailleurs, le représentant de l’Algérie.
Cette position s’inscrit également dans un engagement plus large en faveur de la protection des travailleurs humanitaires.
« Notre engagement indéfectible envers ceux qui se trouvent en première ligne a été réaffirmé par la signature de la Déclaration sur la protection du personnel humanitaire en septembre 2025 », a-t-il fait savoir.
L’Algérie appelle désormais à l’adoption de « mesures concrètes » contre la famine et son utilisation comme arme de guerre.
Parmi les propositions avancées figurent « la mise en place des mécanismes d’alerte précoce robustes pour détecter les attaques contre les infrastructures alimentaires et hydriques, la mobilisation des ressources nécessaires pour reconstruire les infrastructures vitales perturbées ou détruites par les conflits, garantir un accès sûr, rapide et sans entrave à l’aide humanitaire, veiller à ce que les auteurs d’attaques ciblant les infrastructures civiles répondent de leurs actes et établir un régime de sanctions spécifique à l’encontre des parties qui violent la résolution 2417 et utilisent la famine comme arme de guerre ».
À travers ces propositions, Alger cherche ainsi à renforcer la portée opérationnelle des engagements internationaux, en agissant à la fois sur la prévention, l’accès humanitaire, la reconstruction des infrastructures et la responsabilisation des auteurs d’attaques contre les civils.
En conclusion, Mehdi Litim a réaffirmé la volonté de l’Algérie de maintenir cette question au cœur de son action diplomatique.
« L’Algérie réaffirme son engagement indéfectible à œuvrer aux côtés de tous ses partenaires pour faire respecter le droit international humanitaire, protéger la dignité humaine et promouvoir une paix durable dans laquelle la faim ne sera plus jamais instrumentalisée contre l’humanité », a-t-il conclu.

ALGER 16 DZ

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