
Mme Amel Abdellatif, ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, a participé, hier, au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal, à Alger, aux célébrations du 70e anniversaire de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA).
Dans son discours d’ouverture, la ministre a souligné que cet anniversaire constitue une étape importante dans l’histoire de l’Union et une occasion de rappeler le rôle joué par les commerçants et les artisans dans les différentes phases de la construction de l’économie nationale, ainsi que leur contribution constante à la vie économique et sociale du pays. À cet égard, elle a estimé que ce 70e anniversaire intervient dans une nouvelle phase économique, marquée par des transformations rapides des modes d’activité et par une digitalisation croissante dans plusieurs secteurs. Une évolution qui, selon elle, ouvre de nouvelles perspectives, mais implique également « un renouvellement de nos responsabilités », notamment à travers la consolidation de pratiques commerciales éthiques et l’élévation des pratiques économiques vers davantage d’intégrité, de transparence et de responsabilité.
La ministre a insisté sur le fait que l’éthique commerciale ne constitue pas un simple concept moral abstrait, mais bien « un élément fondamental du bon fonctionnement du marché et de l’efficacité des transactions économiques ». Dans ce cadre, Mme Amel Abdellatif a relevé que l’Union générale des commerçants et artisans algériens a toujours contribué à la consolidation de ces principes. Elle s’est dite convaincue que son rôle et la poursuite de sa coopération avec les pouvoirs publics permettront de renforcer la transparence dans la distribution et de promouvoir davantage l’éthique des affaires. La ministre a également rappelé que le ministère du Commerce intérieur œuvre à accompagner les commerçants, les artisans et les consommateurs, tout en veillant à la régularité du marché national. À ce titre, l’accompagnement et l’autonomisation des opérateurs demeurent au cœur de l’action du département ministériel, afin de leur permettre d’exercer leurs activités dans un cadre clair, transparent et conforme à la réglementation.
Autre enjeu majeur évoqué lors de cette rencontre : la numérisation du commerce. Pour la ministre, celle-ci ne se limite pas à une simple transition des méthodes traditionnelles vers les outils numériques, mais constitue « un véritable levier pour améliorer la gouvernance économique ». Dans cette perspective, Mme Amel Abdellatif a insisté sur la nécessité de renforcer le partenariat entre le secteur du commerce, les organisations professionnelles et les opérateurs économiques.
Une démarche qui doit contribuer, selon elle, à « bâtir un marché plus organisé et plus efficient, une économie plus compétitive et un climat des affaires fondé sur la confiance, la transparence et la responsabilité ». Cette approche s’inscrit, a-t-elle souligné, dans la vision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à bâtir une économie nationale forte et équilibrée. À l’heure où le commerce connaît de profondes mutations, entre digitalisation, nouvelles exigences de transparence et ouverture sur de nouveaux marchés, l’enjeu sera désormais de faire de ces transformations un véritable moteur de modernisation du tissu économique national avec les commerçants et les artisans au cœur de cette dynamique.
Abir Menasria
Retour sur sept décennies de lutte économique
L’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) a célébré, hier, le 70e anniversaire de sa création. Fondée pendant la guerre de libération, après le Congrès de la Soummam (1956), pour lutter contre l’économie coloniale, elle accompagne aujourd’hui l’État dans la numérisation du commerce, la régulation des marchés et le développement de l’artisanat à l’export. L’histoire de l’UGCAA ne peut se lire indépendamment de celle du 1er Novembre 1954. Sa création, le 13 septembre 1956, découle directement des orientations organisationnelles fixées lors du Congrès de la Soummam, tenu quelques semaines plus tôt, le 20 août 1956. Pour la direction du Front de libération nationale (FLN), la bataille pour l’indépendance ne pouvait se limiter au terrain militaire : elle exigeait la structuration de toutes les forces vives de la société, y compris le monde du commerce et de l’artisanat. L’objectif affiché était clair : asphyxier l’économie coloniale, couper les circuits de ravitaillement de l’occupant et organiser le soutien logistique et financier au front intérieur, ainsi qu’à l’Armée de libération nationale (ALN). Dès sa création, l’Union a ainsi transformé les commerçants et artisans en acteurs à part entière de la résistance. Parmi les épisodes les plus marquants de cette période figure la « grève des huit jours», déclenchée du 28 janvier au 4 février 1957. Malgré une répression sévère des autorités coloniales, qui tentaient de forcer la réouverture des commerces, les professionnels sont restés fidèles aux mots d’ordre du FLN. Ce mouvement de contestation économique, coordonné par l’UGCAA, a eu un retentissement international : il a mis en évidence, aux yeux de l’opinion mondiale, l’adhésion massive de la population algérienne à la cause indépendantiste et porté un coup dur à la propagande française qui cherchait à minimiser l’ampleur de la révolte. Après l’indépendance de 1962, l’UGCAA a dû se réinventer. D’organe de mobilisation en temps de guerre, elle est devenue un acteur de la construction économique du jeune État algérien. Elle a notamment contribué à l’organisation des marchés, à l’encadrement des artisans traditionnels, afin de préserver un patrimoine menacé d’oubli, et s’est imposée comme interlocuteur des pouvoirs publics pour défendre les intérêts de la profession et contribuer à l’assainissement du climat des affaires. Au fil des décennies, l’organisation a accompagné les grandes mutations économiques du pays. Aujourd’hui, son rôle est encore appelé à évoluer : modernisation des transactions financières, adoption du paiement électronique et intégration aux plateformes numériques figurent parmi les priorités affichées par les autorités, qui font de la numérisation du commerce un axe stratégique. L’UGCAA revendique aujourd’hui un rôle de partenaire socio-économique aux côtés de l’État, notamment dans trois domaines : la régulation des marchés et la lutte contre les pratiques commerciales illicites, la protection du pouvoir d’achat des citoyens face à la spéculation et le développement de l’artisanat comme levier des exportations hors hydrocarbures, afin de faire rayonner le label algérien sur les marchés régionaux et internationaux.
Zineb Bouzid
