
Entre l’Algérie et l’Union européenne, les relations ne se résument plus aux seuls échanges commerciaux ou aux hydrocarbures. Elles s’inscrivent désormais dans un partenariat aux dimensions multiples, allant de l’énergie et de l’investissement à la transition écologique, l’innovation, la sécurité, la mobilité et les échanges humains.
Un partenariat appelé à évoluer face aux nouvelles mutations économiques et géopolitiques.
Le cadre de ces relations repose sur l’Accord d’association, signé en 2002 et entré en vigueur en 2005. Les priorités de partenariat adoptées en 2017 et couvrant la période 2021-2027 structurent aujourd’hui la coopération autour de plusieurs axes, notamment le développement socio-économique, le commerce, l’énergie, l’environnement, le dialogue politique et sécuritaire, ainsi que la dimension humaine.
Sur le plan économique, l’Union européenne demeure le premier partenaire commercial de l’Algérie. En 2025, les échanges de biens entre les deux parties ont atteint 43,4 milliards d’euros, tandis que le stock d’investissements directs européens en Algérie s’élevait à 14,5 milliards d’euros en 2024. Cette relation reste toutefois fortement marquée par les hydrocarbures, qui représentent l’essentiel des importations européennes en provenance d’Algérie.
L’énergie constitue ainsi l’un des piliers les plus stratégiques de cette relation. L’Algérie est le troisième fournisseur de gaz naturel de l’Union européenne et le marché européen constitue un débouché majeur pour le gaz algérien. Mais la coopération tend également à s’élargir aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique, à l’hydrogène et aux interconnexions énergétiques. Le dialogue de haut niveau sur l’énergie, tenu à Alger en février 2026, a confirmé la volonté des deux parties de consolider ce partenariat tout en accompagnant la transition énergétique.
Cette évolution ouvre également de nouveaux espaces pour la coopération industrielle. La transition vers une économie plus durable, les technologies propres et les nouvelles exigences environnementales poussent les entreprises des deux rives à adapter leurs modèles de production. Les discussions engagées en 2026 autour des chaînes de valeur des énergies renouvelables et du cleantech illustrent cette volonté de faire émerger de nouvelles formes de coopération industrielle.
Cette volonté de faire évoluer le partenariat s’inscrit également dans la vision portée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Face à la transformation de l’économie nationale et à la diversification de la production algérienne, le chef de l’État a souligné, en juillet 2026, l’importance de revoir l’Accord d’association avec l’Union européenne afin de l’adapter aux nouvelles réalités économiques. Une démarche qui traduit la volonté d’aller vers une relation davantage fondée sur l’équilibre des intérêts, l’investissement et la création de valeur pour les deux parties.
Au-delà de l’économie, les deux partenaires cherchent aussi à renforcer le dialogue dans des domaines aussi variés que l’agriculture, les affaires sociales, les douanes, la migration, la sécurité et la coopération régionale. En mars 2026, une délégation de la Commission européenne et du Service européen pour l’action extérieure s’est rendue à Alger pour approfondir cette coopération multisectorielle.
Les relations entre les deux rives de la Méditerranée se trouvent ainsi à un moment où les intérêts convergent sur plusieurs dossiers, mais où de nouveaux défis imposent également de repenser les mécanismes de coopération. L’enjeu est désormais de transformer les complémentarités existantes en davantage de partenariats, d’investissements, de transferts de technologies et de création de valeur dans une logique où chacun puisse tirer profit des opportunités offertes par l’autre.
Dans cette dynamique, l’innovation, les start-up et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) prennent une place croissante dans le dialogue économique. Une évolution qui touche directement les entreprises, appelées à intégrer de nouvelles exigences de durabilité tout en recherchant davantage de compétitivité.
À l’occasion de l’ESG Excellence Summit 2026, Alger16 a rencontré l’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado Pascua, pour évoquer cette transformation du partenariat, les perspectives économiques, l’innovation et les nouvelles opportunités de coopération entre les deux rives.
Alger 16
Lever les obstacles aux exportations
Lors de ses entretiens à New York, en marge des travaux de la 81e Session de l’Assemblée générale des Nations unies, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, M. Ahmed Attaf, a également abordé la coopération entre l’Algérie et l’Union européenne (UE), avec un accent particulier sur les questions économiques et commerciales.
À cette occasion, M. Attaf a soulevé les préoccupations de l’Algérie concernant les obstacles qui continuent d’entraver les exportations algériennes vers les marchés des pays de l’Union européenne. Il a insisté sur la nécessité de traiter ces difficultés dans le cadre des mécanismes prévus par l’Accord d’association entre l’Algérie et l’UE, de manière à garantir l’équilibre des intérêts des deux parties.
Cette question intervient dans un contexte où l’Algérie œuvre à renforcer et à diversifier ses exportations hors hydrocarbures, en développant de nouvelles filières et en accompagnant les entreprises nationales dans leur accès aux marchés extérieurs. L’accès au marché européen revêt, dans ce cadre, une importance particulière compte tenu de la proximité géographique et du poids de l’Union européenne dans les échanges commerciaux de l’Algérie. Pour Alger, le développement des échanges ne saurait toutefois être dissocié du respect des engagements convenus dans le cadre bilatéral. Le recours aux mécanismes prévus par l’Accord d’association constitue ainsi le cadre privilégié pour examiner les difficultés rencontrées par les opérateurs algériens et rechercher des solutions permettant de fluidifier les échanges.
Les préoccupations exprimées par M. Attaf portent notamment sur les entraves susceptibles de limiter l’accès de produits algériens au marché européen, alors que les entreprises nationales cherchent à accroître leur présence à l’international.
L’enjeu consiste à assurer des conditions permettant aux exportateurs algériens de tirer pleinement profit des opportunités offertes par le marché européen. La démarche défendue par l’Algérie s’inscrit plus largement dans une volonté de construire une relation économique fondée sur un équilibre des intérêts.
Le partenariat avec l’Union européenne ne se limite pas aux échanges commerciaux, puisqu’il englobe également plusieurs secteurs de coopération, notamment l’énergie, l’investissement, l’industrie, l’agriculture et les questions liées à la transition énergétique.
Dans ce cadre, Alger entend faire valoir ses intérêts tout en privilégiant le dialogue et les mécanismes institutionnels existants. Le traitement des obstacles aux exportations constitue de ce fait l’un des dossiers sur lesquels l’Algérie souhaite obtenir des avancées concrètes, afin de donner davantage de contenu à son partenariat avec l’Union européenne.
Cette démarche intervient également alors que l’Algérie poursuit ses efforts pour renforcer la production nationale et développer les capacités d’exportation de ses entreprises.
La diversification de l’économie et la promotion des exportations hors hydrocarbures nécessitent, en effet, l’ouverture de débouchés durables et l’accès effectif aux marchés internationaux. À travers les échanges engagés à New York, l’Algérie réaffirme ainsi la nécessité d’un partenariat avec l’UE reposant sur la réciprocité, l’équilibre et le respect des engagements souscrits par les deux parties.
La levée des obstacles commerciaux apparaît, dans cette perspective, comme un élément important pour consolider les relations économiques algéro-européennes et permettre aux échanges de mieux refléter les potentialités existantes entre les deux espaces.
A. Menasria
