Lutte contre la désinformation : l’Algérie met en avant son expérience au sein de l’UA

La désinformation, les fausses nouvelles et la manipulation de l’information s’imposent progressivement comme des enjeux majeurs de sécurité en Afrique à mesure que les plateformes numériques et l’intelligence artificielle accélèrent la circulation des contenus. Face à ces menaces, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) appelle à renforcer les mécanismes de coopération continentale, tout en intégrant plus directement l’intégrité de l’information aux dispositifs de prévention des conflits.

Réuni autour du thème « Intégrité de l’information, paix et sécurité en Afrique », le CPS a examiné les répercussions croissantes de la désinformation, des discours de haine et de la manipulation de l’information sur la paix, la sécurité et la stabilité du continent. Les échanges ont notamment mis en évidence « l’importance de l’institutionnalisation du lien entre information, paix et sécurité », considérée comme une condition essentielle à la prévention des conflits et à la consolidation de la stabilité en Afrique.
Si les progrès des technologies de l’information et de la communication, la transformation numérique et l’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles perspectives de développement, ils exposent également les États à des risques sécuritaires qui dépassent désormais les frontières nationales. La diffusion de contenus trompeurs par des réseaux transfrontaliers, la manipulation algorithmique et l’exploitation des plateformes numériques peuvent contribuer à fragiliser la confiance entre les citoyens et leurs institutions, à exacerber les tensions entre les États et à porter atteinte à la cohésion sociale.
Au-delà de la circulation de fausses informations, les participants ont ainsi souligné les risques liés à l’instrumentalisation de l’espace numérique à des fins d’influence, notamment lorsque des campagnes coordonnées cherchent à orienter l’opinion publique, à fragiliser la souveraineté des États ou à servir des agendas dissimulés. Autant de défis qui appellent, selon les orientations examinées par le CPS, une réponse concertée à l’échelle africaine.

L’expérience algérienne mise en valeur
Prenant part aux travaux, l’ambassadeur et représentant permanent de l’Algérie auprès de l’Union africaine, Mohamed Khaled, a souligné que la manipulation de l’information et la désinformation constituaient désormais un défi sécuritaire transnational, nécessitant une réponse africaine commune fondée sur la coopération et la coordination stratégique.
Dans son intervention, le diplomate a présenté l’expérience de l’Algérie, qui a progressivement évolué d’une approche essentiellement réactive vers un dispositif davantage axé sur l’anticipation, la détection précoce, la vérification rapide des contenus et la diffusion d’informations fiables. Cette démarche vise à intervenir en amont de la propagation des rumeurs et des contenus trompeurs dans un environnement où la rapidité de circulation de l’information complique les mécanismes traditionnels de vérification.
Mohamed Khaled a également mis en avant les efforts déployés par les autorités algériennes pour mettre en place un dispositif national de veille et de vérification des faits, destiné à préserver l’intégrité du paysage médiatique et à apporter des démentis aux informations erronées. Il a, dans le même contexte, évoqué le renforcement de l’arsenal juridique et législatif visant à lutter contre la diffusion délibérée de fausses informations portant atteinte à la sécurité et à l’ordre publics.
La prévention passe également par la sensibilisation des citoyens. À ce titre, le représentant algérien a rappelé l’attention accordée aux programmes d’éducation aux médias et de sensibilisation au numérique, notamment auprès des jeunes, afin de développer leur esprit critique et leur capacité à distinguer les informations vérifiées des contenus trompeurs.
Cette approche repose ainsi sur plusieurs leviers complémentaires : la veille, la vérification, le cadre juridique et l’éducation. Autant d’instruments dont l’efficacité dépend aussi de la coordination entre les institutions, les professionnels des médias et les citoyens dans un espace numérique où la frontière entre information fiable, manipulation et discours de haine peut devenir difficile à discerner.

Alger, un cadre de coopération continentale
À l’échelle africaine, Mohamed Khaled a rappelé le rôle joué par l’Algérie dans la promotion de la coopération autour de cette problématique. Il a notamment cité l’atelier régional organisé à Alger du 19 au 22 avril 2025 par le Comité des services de renseignement et de sécurité d’Afrique (CISSA), avec la participation du Département des affaires politiques, de la paix et de la sécurité de la Commission de l’Union africaine.
Consacrée au thème « Les répercussions des fake news et de la désinformation sur la sécurité et la stabilité des Etats », cette rencontre avait permis de mettre en discussion les conséquences des campagnes de désinformation sur la sécurité collective et la stabilité institutionnelle des pays africains.
La réaffirmation de cet enjeu au sein du CPS traduit la volonté de placer la question de l’intégrité de l’information au cœur des mécanismes continentaux de prévention des conflits. Face à des menaces qui se propagent au-delà des frontières, la coopération entre les États, les institutions africaines et les partenaires apparaît comme un levier essentiel pour renforcer la fiabilité de l’espace médiatique et limiter les risques de déstabilisation.
À l’issue de la réunion, le CPS a adopté une série de recommandations appelées à figurer dans son communiqué final. Parmi les principales orientations retenues figure l’institutionnalisation, dans les textes officiels de l’Union africaine, du lien entre information, paix et sécurité. Le Conseil a également appelé à intégrer la désinformation et les fausses nouvelles parmi les menaces sécuritaires directes prises en compte par le système continental d’alerte précoce et de prévention des conflits.
Le Conseil a, par ailleurs, insisté sur l’importance de l’éducation aux médias numériques, appelée à être intégrée aux programmes scolaires, et sur l’investissement dans les technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle et la cybersécurité, afin de mieux contrer les opérations de manipulation de l’information.
Ces orientations s’accompagnent d’un impératif : concilier la lutte contre la désinformation avec la protection des journalistes, la liberté d’expression et le droit d’accès à une information fiable. La recherche d’un environnement informationnel plus sûr ne saurait, en effet, se limiter aux mécanismes de contrôle et de détection ; elle suppose également de préserver les conditions d’un débat public pluraliste et d’un accès crédible aux faits.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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