
L’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLDT), en partenariat avec l’Institut national de santé publique, a lancé quatre enquêtes épidémiologiques sur l’usage des drogues chez les citoyens, les élèves, les étudiants et les cas de mortalité, c’est ce qu’a affirmé Dr Lallia Anteur, directrice des études et des analyses à l’ONLDT, lors de son passage, lundi dernier, dans l’émission « L’Invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne.
Dans son intervention, Mme Anteur a détaillé les grands axes de la stratégie nationale 2025-2029, axée prioritairement sur la protection des jeunes. L’Office compte aussi maintenir ses actions auprès des adolescents et de leurs parents, s’appuyant notamment sur un guide élaboré en concertation avec les acteurs concernés pour uniformiser la prévention en milieu scolaire.
Évoquant les saisies record de cocaïne et de psychotropes, la hausse de la consommation et la sévérité accrue des peines contre le trafic, elle a rappelé que la lutte contre les stupéfiants est désormais une priorité nationale. Dans cette perspective, l’Algérie combine un renforcement du dispositif sécuritaire avec une prise en charge axée sur la prévention, les soins et l’accompagnement des usagers.
Validée en Conseil des ministres, en avril 2025, « cette stratégie s’articule autour de quatre axes interdépendants : la prévention, la prise en charge médicale et l’accompagnement, la répression et la coopération internationale », a rappelé l’invitée de la Radio algérienne. Mobilisant plusieurs secteurs étatiques, ce dispositif d’envergure vise à traiter de front le trafic, l’usage de substances et leurs répercussions sanitaires et sociales.
« La question de la drogue étant multidimensionnelle, il est essentiel d’intégrer l’ensemble de ses aspects pour agir efficacement, préserver la jeunesse et soutenir ceux qui souhaitent s’en sortir », a insisté Dr Anteur, tout en appelant à une synergie des efforts face à un enjeu devenu crucial pour la sécurité nationale.
Cocaïne, cannabis et psychotropes au cœur de l’alerte…
Selon la responsable, les saisies considérables effectuées à travers le pays illustrent l’efficacité des opérations menées par les forces de sécurité et le démantèlement des réseaux criminels. Elle a également précisé que la révision de la loi 04-18 est venue consolider l’arsenal juridique contre les trafiquants, tout en renforçant le volet préventif et la possibilité de diriger les usagers vers des structures de soin.
Sur le terrain, la responsable a souligné que le cannabis reste la substance la plus consommée en Algérie. Le détournement de la Prégabaline suscite également de vives inquiétudes, tandis que la cocaïne gagne du terrain, comme en témoignent les récentes saisies massives des services de sécurité.
Notre interlocutrice a également rappelé que les répercussions de ce phénomène dépassent de loin la sphère judiciaire : « Ces substances ont un impact direct sur la santé et sur le plan cognitif », a-t-elle averti. Elle a mis en garde contre les risques de troubles psychiques, de complications physiques et de séquelles durables sur les capacités des usagers.
La prévention occupe une place centrale dans cette stratégie nationale. Déployée depuis le 1er novembre 2025, en partenariat avec différents acteurs, une caravane de sensibilisation sillonne le milieu scolaire. En parallèle, des forums d’expression ont été organisés pour les adolescents de 13 à 16 ans, notamment avec les anciens Scouts musulmans algériens.
Les recommandations issues de ces échanges, présentées le 26 juin 2026, serviront à optimiser les futures campagnes de prévention. «Prévenir, c’est transmettre à l’individu l’information nécessaire pour qu’il puisse faire de meilleurs choix », a expliqué la responsable, tout en plaidant pour un discours scientifique adapté à l’âge et à la compréhension des jeunes.
Selon la responsable, le dispositif intègre également des mesures de dépistage dans le milieu professionnel, dont les modalités d’application seront précisées par le ministère de la Santé.
Pour Dr Anteur, les résultats ne sauraient toutefois être immédiats. «La prévention est un investissement scientifique destiné à éveiller les consciences », a-t-elle rappelé, soulignant que l’impact de telles actions s’inscrit impérativement dans le temps long.
La bataille contre la toxicomanie en Algérie ne se gagnera ni du jour au lendemain ni par la seule réponse sécuritaire. C’est en faisant le pari de la prévention, de la science et de l’éveil des consciences que le pays entend préserver sa jeunesse et bâtir une riposte durable. Zineb Bouzid
