Journée du Moudjahid les baroudeurs de la wilaya III, ces héros anonymes

Par Ammour Ryad

Les moudjahidine de la Wilaya III historique étaient connus pour leur esprit d’aventure tout au long de la Guerre de Libération nationale. Leur renommée s’est renforcée après le Congrès de la Soummam (20 août 1956), qui a joué un rôle crucial en réorganisant les troupes et en insufflant un nouvel élan à la Révolution.

Aussi, leur apport et leur engagement ont été, dans cette optique, décisifs à bien des égards. « Leur courage, bravoure et solidarité ont mis en déroute des bataillons ennemis entiers et fait douter leurs chefs de la cause pour laquelle ils se battaient », clarifié le directeur du Musée du moudjahid de Béjaïa, Redouane Hani, à la veille de la commémoration de la Journée nationale du moudjahid (20 août). Et d’ajouter que « leur détermination a fait basculer le cours de la guerre ».
« Ils étaient la détermination incarnée », abonde dans ce sens Kaci Chaallal, un de ces baroudeurs et un des survivants miraculés de cette épopée. Si Kaci a été grièvement blessés lors d’une opération « quasiment suicidaire » en 1960.
En reprenant conscience, il était confronté à l’incertitude quant à sa présence parmi les vivants ou au-delà. Emporté dans un tourbillon de flammes, son corps avait été transpercé de balles, au point que tous ses camarades, en le voyant chuter sur le sol ensanglanté, l’avaient considéré comme décédé.
Entouré du cri d' »Allahou Akbar », il en vint à penser qu’il était décédé lui-même, alimentant ainsi son incertitude lorsqu’il reprit conscience. Cependant, le destin a finalement choisi de le laisser en vie.
Rassemblant ses forces, il a choisi de descendre dans un ravin, où il a été découvert, secouru et pris en charge par ses compagnons d’armes. Il a partagé que même face à la disparité et à l’inégalité des forces avec l’armée coloniale, « les moudjahidine se sont battus avec la férocité des lions et ont triomphé dans la bataille ».
Les confrontations, les attaques, les embuscades, qui souvent finissaient dans des corps à corps épiques, prennent l’allure d’opérations suicides, en raison de la distorsion des effectifs et des moyens avec l’ennemi, mais que les moudjahidine ont compensé, du reste, avec « leur courage, témérité et foi en la justesse de leur combat », opinera un autre survivant, un baroudeur et un combattant de choc, Abdelkader Belaoued.
Contrairement à Si Kaci, ce combattant de la Guerre de Libération, après six années passées dans les opérations en maquis, se réjouit de n’avoir “subi la moindre blessure », expliquant cela par la « baraka » divine qui, d’après sa croyance, l’a préservé des épreuves majeures qu’il a dû affronter.

La compagnie 324 ou la bête noire de l’armée coloniale
Cependant, les dangers n’ont jamais fait défaut. Abdelkader Belaoued a pris part à de nombreuses batailles et missions, tout comme l’ensemble de sa compagnie, notamment la compagnie 324, qui avait attiré l’attention pour ses exploits remarquables et ses actes héroïques.
Sous la direction du regretté Boualem Zane, elle comptait parmi ses rangs des figures prestigieuses telles que Mouloud Ouardani, Arezki Smail, Amar Touati, les frères Harkour, Hocine Bouchetta et d’autres encore. À mesure que les opérations progressaient, cette unité s’est affirmée comme un adversaire redoutable pour l’armée coloniale dans la Wilaya III, d’après les récits recueillis par l’APS.
« Il n’y avait pas une étincelle sans que la main de la compagnie ne soit derrière », a indiqué Da Abdelkader, expliquant que ce numéro 324 est une trouvaille de l’ennemi, qui avait tout fait pour la démanteler et la rendre visible géographiquement.
« Le 3 indiquait la Wilaya III, le 2 était le numéro de la zone et le 4 celui de la région », a-t-il clarifié, ostensiblement fier de ses réussite, se souvenant particulièrement de l’attaque d’Ahelouf, non loin de Toudja, où l’opération, soigneusement préparée et rondement menée, s’est soldée par l’incendie d’un camion militaire.
L’offensive s’est conclue avec le décompte de 11 pertes parmi les soldats adverses, la saisie d’un ensemble d’armements et de ressources financières totalisant 105 000 francs, a-t-il expliqué, soulignant qu’aucun moudjahid n’avait subi de blessures.
Motivé par la perte de son père, assassiné en 1955, Da Adelkader a ressenti une intensification de sa détermination et de son engagement, le poussant à participer à des opérations particulièrement périlleuses. Parmi celles-ci, il évoque notamment l’attaque de la prison de Béjaïa.
Sous les ordres regrettés du lieutenant Hocine Allouache et exécutée par un commando de quatre moudjahidine, composé de lui-même (Abdelkader Belaoued), H’mim La Fayette et Arezki N’Slim, ils ont réussi à pénétrer à l’intérieur de la prison. Ils ont éliminé les soldats de faction, saisi des armes et des vêtements, notamment des uniformes de combat, avant de quitter les lieux sans être détectés. L’opération était d’une envergure spectaculaire, d’autant plus qu’ils se sont déguisés en femmes, revêtant des haïks blancs pour ne pas éveiller de suspicion, afin d’accéder à l’intérieur de la structure.
Ainsi, partant de la région de Bir-Slam, ils ont traversé tous les points de contrôle à bord d’un taxi, leurs armes prêtes à cracher le feu, se remémore Da Abdelkader.
Tous les aventuriers de la Wilaya III historique étaient ainsi. Parmi eux,
22 ont été honorés de la médaille du mérite par le colonel Amirouche en personne. Ils ont donné sans restriction, multipliant les exploits risqués et poussant leur mission d’engagement et de sacrifice jusqu’à ses limites ultimes, souvent dans l’obscurité.

ALGER 16 DZ

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