Omar Betrouni est un ancien ailier droit virevoltant qui a enchanté les pelouses algériennes dans les années 60 et 70, marquant toute une génération. Il a porté le maillot de la sélection nationale à pas moins de 100 reprises, s’imposant comme l’une des légendes que le football algérien ait pu produire. Cette légende a bien voulu répondre aux questions d’Alger16. Entretien avec l’ancienne gloire du Mouloudia d’Alger.
Entretien réalisé par G. Salah Eddine
Vous avez aujourd’hui 74 ans, vous venez d’être honoré par le quotidien El Moujahid. Que pensez-vous de ce moment ?
Oui j’ai été honoré aujourd’hui, ainsi que mon ami le journaliste Driss Dakik, une personne très cultivée, très éduquée. Merci à eux de s’être rappelé de nous, ça fait plaisir.
Cet honneur survient à la veille de la Journée nationale du chahid. Etant vous-même fils de chahid, votre impression à l’occasion ?
Je pense personnellement que la Journée du chahid est très importante, elle est commémorée chaque année. Ma génération est vers la fin et de nouvelles générations arrivent. Cette dernière génération doit, impérativement, honorer la mémoire des chouhada. Sans ces chouahda on ne serait pas libres aujourd’hui. La liberté, c’est très important, on le voit tous le temps, d’autres nations sont dans une situation très grave. Grâce à Dieu nous sommes libres. Que Dieu ait grâce en nos chouahdas et longue vie au moujahdine encore en vie.
Ce n’est pas la première fois que vous êtes honorés particulièrement, on sent une autre émotion. Comment décrire cet instant ?
Oui, c’est très spécial car cela me rappelle mon père mort en martyr (Rebbi irahmou) alors que j’étais encore enfant. J’étais très ému car j’avais revu l’image de son départ pour la guerre, c’était le 11 décembre 1957 alors que je n’avais que 8 ans… Et vivre sans son père, ça fait très mal.
Vous êtes une légende pour le football algérien en général et du Mouloudia en particulier avec une carrière impressionnante et très inspirante. Que pensez-vous de votre carrière à votre tour ?
(rires timides) Excusez-moi je ne sais pas trop quoi dire. Sans commentaire. Je vous remercie sincèrement pour ce que vous venez de dire.
Anecdote ou rumeur : vous étiez tout près de signer avec le Milan AC. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, c’est vrai, j’allais signer avec l’AC Milan de Rivera, mais à l’époque le président de la République, Houari Boumediene, ne voulait pas que j’aille à l’étranger. Il m’a demandé de rester jouer ici pour contribuer au football algérien. C’était pareil pour Hassen Lalmas qui était tout proche de s’engager avec l’Olympique de Marseille.
Un sujet sensible : la violence dans les stades. Ce phénomène gangrène notre sport. Qu’en pensez-vous ?
Oui, c’est vrai et c’est malheureux, la nouvelle génération doit apprendre. On le voit chaque week-end en Angleterre, en Espagne.etc., leurs supporteurs ont passé ce stade et leur façon de faire est vraiment impressionnante. On doit se mettre en tête que dans le sport il y a un vainqueur et un vaincu et à la fin ce n’est que du football, ce n’est que du sport. Il y a des jeunes qui introduisent des produits interdits dans les stades et qui viennent nuire au sport et à la société en général. Mais j’ai espoir que cette nouvelle génération sera meilleure un jour ou l’autre. J’espère qu’un jour cette violence cessera et que même les femmes et les familles pourront aller assister ensemble à un match de football en toute sérénité et sécurité, pourquoi pas.
Les joueurs ont aussi leur part de responsabilité…
Bien sûr, le joueur doit être très responsable, il doit être un sportif fair-play dans et en dehors du terrain. Souvent, c’est le joueur qui incite les supporteurs, s’il exerce une violence sur le terrain, les supporteurs suivent et des malheurs peuvent arriver. Même les responsables du football algérien ont leur rôle à jouer en la matière.
Vous travaillez en ce moment avec le Mouloudia d’Alger, votre club de cœur. Vous êtes premier du championnat et quels sont les chances du MCA de décrocher le trophée de champion d’Algérie ?
Oui, On fait une saison positive. On est à un bon niveau, j’espère qu’on nous jettera pas le mauvaise œil ! (rires) J’espère qu’on sera champion, le public du Mouloudia veut au moins retrouver la Ligue des champions. Et c’est l’objectif du club. Pourquoi pas la remporter dans un futur proche pour arborer une deuxième sur notre maillot…
Un dernier mot…
Je vous remercie pour l’intérêt que vous m’avez accordé.
