Par Ahmed Kettab
Professeur/Directeur de Recherches de l’École Nationale Polytechnique –ENP-Alger

En Algérie, malgré les progrès importants réalisés depuis le début des années 2000 pour améliorer l’accessibilité et la qualité de l’eau, les potentialités actuelles doivent encore être réévaluées afin d’assurer un approvisionnement durable. Sinon, des épisodes critiques seraient hautement prévisibles (Kettab, 2001). Les ressources en eau non conventionnelles deviennent une alternative inévitable qui doit être explorée.

Pour commencer, on doit faire référence aux articles 21 tiret 4 et 63 tiret 1 de la Constitution algérienne de 2020 qui disposent respectivement :
Art. 21 tiret 4 : « L’Etat veille à l’utilisation rationnelle de l’eau »
Art. 63 tiret 1 : » L’Etat veille à assurer au citoyen :
- l’accès à l’eau potable et à sa préservation pour les générations futures.
« Le programme du gouvernement répond bien aux principes de la Constitution algérienne et aux 54 engagements du programme électoral du président de la République, Abdelmadjid Tebboune dont particulièrement le point 30- :
‘’Mettre un terme définitif aux coupures d’eau et garantir à tous les citoyens l’accès à l’eau potable sur l’ensemble du territoire national à travers une mobilisation plus efficace des ressources hydriques et la rationalisation des moyens de distribution et d’utilisation de l’eau’’.
La loi n° 05-12 du 4 août 2005 relative à l’eau structurée en dix titres.
Dans cette loi, l’article 03 spécifie…
Art. 3. – Les principes sur lesquels se fondent l’utilisation, la gestion et le développement durable des ressources en eau sont :
- le droit d’accès à l’eau et à l’assainissement pour satisfaire les besoins fondamentaux de la population dans le respect de l’équité et des règles fixées par la présente loi, en matière de services publics de l’eau et de l’assainissement ;
- le droit d’utilisation des ressources en eau, dévolu à toute personne physique ou morale de droit public ou privé, dans les limites de l’intérêt général et dans le respect des obligations fixées par la présente loi et les textes réglementaires pris pour son application;
La loi de 2005 est à revoir complètement (Police des eaux, autorité de régulation, conseil national de l’eau ; …etc.) et à la mettre conforme à la Constitution de 2020 et des exigences de développement de la nouvelle Algérie
Parmi la centaine de propositions/recommandations :
- 1- Tarification du prix de l’eau,
le coût de l’eau;
Le juste prix de l’eau - 2- Création d’un Conseil national de la sécurité hydrique : CNSH ou
- Conseil national de la sécurité hydrique et alimentaire : CNSHA
- La tarification de l’eau à sa juste valeur est un moyen d’optimiser et même d’augmenter la ressource en eau, à travers de réelles économies pour tous.
- A titre d’exemple, l’eau produite par la station de dessalement d’eau de mer revient à 120 DA/m3 à l’achat et à environ 150 à 200 DA/m3 au robinet du consommateur ; alors que la première tranche (inférieure à 25 m3/trimestre) n’est facturée qu’à 8,65 DA le m3 depuis 2005.
- Une augmentation juste de 01 DA/an/m3 pendant ces 20 dernières années aurait donné un prix de l’ordre de 28 DA/m3 en 2024.
Il faut une révision de la grille tarifaire dans le respect des standards internationaux et des salaires algériens, tenant compte du SMIG et des bas revenus.
Un tarif solidarité eau (tadhamoun mâaîi) en accordant gratuitement les 9m3 par trimestre à chaque citoyen (norme OMS pour quantité minimale pour boire et satisfaire ses besoins d’hygiène),
Un tarif social de 21m3/trimestre à un prix très raisonnable.
Un tarif normal de 20 m3/trimestre avec subvention de l’Etat.
Un tarif confort, à savoir les consommations supérieures à 50mᵌ/trimestre payeront le prix réel de l’eau de telle sorte à garantir équité et justice ; de mettre à contribution les grands consommateurs d’eau et surtout éviter le gaspillage de cette ressource rare et faire des économies d’eau.
Cette tarification tendrait à économiser beaucoup plus cette eau rare et assurer un équilibre budgétaire des entreprises de distributions de l’eau.
Il va de soi que les secteurs industriel et de l’agriculturepayeront le prix réel de l’eau.
Des subventions, aides, prêts bancaires pourront être accordés pour l’utilisation de techniques d’irrigations consommant peu d’eau.
Avec cette nouvelle tarification, nous verrons très certainement plus d’eau disponible pour les années à venir pour tous les secteurs d’activité, y compris les activités récréatives.
Il faut une révision de la grille tarifaire dans le respect des standards internationaux, et les salaires algériens, tenant compte du SMIG et des bas revenus.
Création d’un Conseil national de sécurité hydrique (CNSH) Ou d’un Conseil national de la sécurité hydrique et alimentaire (CNSHA)
le Conseil est chargé de définir les grandes orientations de la politique nationale de l’eau et de l’agriculture
le Conseil est chargé d’évaluer la politique nationale de l’eau et de l’agriculture, ses choix et ses retombées, ainsi que l’élaboration de mécanismes d’évaluation et de suivi de leur mise en œuvre
Le Conseil comprend (50) membres, dont le président, nommés par le président de la République parmi les compétences nationales reconnues résidant en Algérie et à l’étranger
Les membres du Conseil sont des personnes es-qualité reconnues pour leurs compétences et leur probité.
Un projet de texte est disponible à mon niveau si nécessaire
L’eau est un produit indispensable et est irremplaçable. A notre connaissance aucune des technologies de ce nouveau siècle ne nous permet de fabriquer de l’eau et rien ne peut lui être substitué et de plus elle ne peut pas être reproduite. Elle doit donc être protégée par des textes de loi sévères et on doit la considérer comme une denrée très précieuse et de plus en plus rare.
Nous avons le devoir de tout mettre en œuvre pour promouvoir le progrès et le développement socio-économique de nos pays et faire partager à nos concitoyens les fruits de la croissance mondiale. Tout dépend de notre capacité de trouver des solutions ingénieuses et novatrices. Tout dépend de notre aptitude à bien gérer cette ressource, précieuse et capricieuse.
La solidarité sur le savoir, la science, le transfert de technologies, la coopération pluridisciplinaire, mais aussi le financement, l’investissement et la bonne gouvernance sont des impératifs avec des objectifs à atteindre ensemble. Notre devenir est commun.
Aussi, il est faux, présomptueux de croire que l’intelligence de l’Homme lui permettra toujours de réparer les erreurs commises au nom du progrès et personne ne sait comment dessaler une eau à un prix très bas, ni comment reconstituer la couche d’ozone. Notre conscience nous dit que le principe de précaution doit être constamment présent dans notre esprit, mais hélas en toute lucidité et modestie, et je regrette de le dire, nous sommes loin de ces objectifs.
Il est clair et indéniable qu’il ne peut y avoir de développement durable sans la maîtrise de la ressource en eau particulièrement pour les pays arides et semi arides. L’importance de l’eau tant du point de vue économique, sociale, culturelle, stratégique n’est plus à démontrer afin d’aller vers un développement durable. Les systèmes d’information locaux, régionaux, nationaux ou internationaux sont à favoriser et à développer.
A. K.
