
Mustapha Zebdi, président de l’Association nationale d’orientation et de protection du consommateur et de son environnement (Apoce), connu pour ses interventions pertinentes dans les médias, nous a accordé un entretien sans filtre pour nous éclairer sur les points essentiels sur lequel cette association veille pour protéger les intérêts du citoyen algérien.
Entretien réalisé par Ammour Ryad
Pourriez-vous nous parler des objectifs de l’Apoce en matière de protection des consommateurs et de l’environnement en Algérie ?
Notre association vise principalement à apaiser le climat des affaires en Algérie en transformant les consommateurs et les opérateurs économiques en partenaires actifs du développement économique. Nous nous efforçons d’instaurer le principe de la responsabilité sociale et économique dans la stratégie économique nationale, en encourageant son adoption progressive par les opérateurs algériens.
Par ailleurs, nous œuvrons à sensibiliser et protéger les consommateurs tout en favorisant des pratiques commerciales respectueuses de l’environnement, contribuant ainsi à un cadre économique durable et équitable pour tous les acteurs.
Quels sont les enjeux auxquels vous faites face et auxquels font face les consommateurs en Algérie aujourd’hui ? Comment votre association y répond-elle ?
Les enjeux auxquels nous faisons face, ainsi que les consommateurs en Algérie, découlent principalement de la transition d’un système économique socialiste, où l’État avait le monopole sur tous les secteurs, vers une économie de marché.
Cette transition a engendré une incompréhension généralisée des pratiques commerciales, créant des perturbations significatives dans le secteur économique. L’Apoce est née dans ce contexte, pour répondre à ces défis.
Au début, les opérateurs économiques nous percevaient comme une menace plutôt que comme des partenaires, ce qui a nécessité des efforts considérables pour instaurer un climat de confiance. Aujourd’hui, notre principal défi est de convaincre nos partenaires parmi les opérateurs de l’importance d’instaurer le principe de la responsabilité sociale et économique (RSE) et de revoir les pratiques de marketing et commerciales pour favoriser un marché basé sur la transparence et la responsabilité. Beaucoup considèrent encore ces principes comme utopiques, mais nous croyons fermement qu’en adoptant une stratégie RSE, les opérateurs peuvent non seulement contribuer au développement économique mais aussi réaliser des profits plus substantiels. Notre objectif est donc de transformer le consommateur, de simple cible marketing en un véritable partenaire, traité d’égal à égal.
Quels sont les droits fondamentaux des consommateurs ? Comment peuvent-ils soutenir vos efforts ?
Les droits fondamentaux des consommateurs en Algérie sont les mêmes qu’ailleurs dans le monde. Ils comprennent le droit de choisir, le droit d’être informé, le droit à la sécurité alimentaire, le droit à la santé et le droit à la transparence des pratiques commerciales.
Grâce à un arsenal juridique en constante évolution, nous avons réalisé des progrès notables dans la protection juridique et institutionnelle des consommateurs, et ce droit est désormais constitutionnalisé. Cependant, il reste crucial de garantir l’application de ces droits, car de nombreux opérateurs peu scrupuleux portent atteinte aux intérêts des consommateurs et des opérateurs légitimes.
Notre mission est d’alerter chaque fois que ces droits sont bafoués, en utilisant des voies administratives ou judiciaires. Pour soutenir nos efforts, il est essentiel que les consommateurs connaissent et revendiquent activement leurs droits.
Par ailleurs, nous plaidons pour la création d’un organisme national de protection du consommateur, sous tutelle du Premier ministre ou de la Présidence, qui coordonnerait les efforts de tous les secteurs ministériels pour garantir la protection des droits des consommateurs et du pouvoir d’achat. En soutenant cette initiative et en collaborant avec nous, les consommateurs peuvent jouer un rôle crucial dans la réalisation de ces objectifs et dans la promotion d’un marché équitable et transparent.

On est en pleine saison estivale. Pouvez-vous nous parler des risques liés à la consommation de certains produits en cette saison et vos préoccupations ?
En pleine saison estivale, les risques de consommation augmentent significativement, particulièrement en ce qui concerne la sécurité alimentaire et la transparence des pratiques commerciales. Les fortes températures favorisent la prolifération des bactéries, rendant les aliments susceptibles de contamination. Nos préoccupations majeures incluent la vente de produits alimentaires périssables dans des conditions de conservation inadéquates, le non-respect des dates de péremption, la prolifération des vendeurs ambulants sans autorisation ni contrôle sanitaire.
Nous insistons également sur l’importance d’une information claire et précise pour les consommateurs, notamment concernant les produits saisonniers et les offres spéciales, afin d’éviter les pratiques commerciales trompeuses.
L’Apoce met en garde contre l’achat de produits dans des points de vente non réglementés et recommande de vérifier les étiquetages, les conditions de stockage et de conservation.
De plus, nous exhortons les autorités à renforcer les contrôles sanitaires et à appliquer strictement les réglementations existantes pour garantir la sécurité des consommateurs.
Nous encourageons également les consommateurs à signaler toute anomalie ou infraction afin que des actions rapides et appropriées puissent être prises pour protéger la santé publique et maintenir un marché sain et transparent.
La contrefaçon est un des phénomènes notables dans le marché algérien et vous menez un combat contre cette pratique. Un commentaire ?
La contrefaçon est un phénomène préoccupant sur le marché algérien et représente une menace sérieuse pour l’économie nationale. Elle affecte non seulement la qualité des produits proposés à la consommation, mais aussi la crédibilité des entreprises légitimes.
Les produits contrefaits, souvent de qualité inférieure, peuvent causer des risques sanitaires importants, notamment dans les secteurs alimentaire, cosmétique et parapharmaceutique. De plus, la contrefaçon nuit aux opérateurs économiques respectueux des règles en faussant la concurrence et en réduisant les revenus fiscaux de l’État.
Notre combat contre la contrefaçon est essentiel pour protéger à la fois les consommateurs et les opérateurs économiques légitimes. Nous plaçons la création d’un organisme national de protection du consommateur au cœur de notre stratégie pour lutter efficacement contre ce fléau. Cette structure, sous la tutelle du Premier ministere ou de la Présidence, aurait pour mission de coordonner les efforts de tous les secteurs ministériels, de renforcer les contrôles et d’assurer l’application rigoureuse des lois en vigueur. En outre, cet organisme pourrait lancer des campagnes de sensibilisation pour informer les consommateurs des dangers des produits contrefaits et les encourager à acheter auprès de sources fiables. Il pourrait également travailler en collaboration avec les forces de l’ordre pour identifier et démanteler les réseaux de contrefaçon, tout en soutenant les entreprises dans leurs efforts pour protéger leurs marques et leurs produits.
Parlons des véhicules. Un commentaire sur les voitures « made in Algeria » ?
Les véhicules « made in Algeria » représentent une ambition louable, témoignant de la volonté de développer une industrie automobile nationale. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour réguler efficacement ce marché. Malgré les efforts pour stimuler la production locale, les prix des voitures d’occasion n’ont pas baissé de manière significative, laissant de nombreux consommateurs dans une situation difficile.
Pour créer un équilibre adéquat avec le pouvoir d’achat des Algériens, il est crucial de mettre en place des politiques favorisant à la fois la production nationale et l’accessibilité financière. Cela pourrait inclure des systèmes de financement pour les acheteurs de véhicules neufs fabriqués en Algérie, ainsi que des mesures pour contrôler les prix des voitures d’occasion et éradiquer la spéculation dans ce secteur.
En parallèle, il est essentiel d’améliorer les infrastructures de transport en commun. Un réseau de transport public efficace et fiable réduirait la dépendance aux véhicules individuels, contribuant ainsi à une baisse de la pression et donc des prix des voitures. Des investissements dans les infrastructures de transports en commun, tels que les bus, les tramways et les métros, peuvent offrir une alternative viable aux citoyens, améliorant ainsi la mobilité tout en allégeant la pression sur le marché des véhicules.
Les voitures électriques sont de plus en plus répandues dans le monde. Comment le citoyen algérien répond-il à cette technologie ? Avez-vous des perspectives pour inciter à l’utilisation de ce produit ?
Les voitures électriques gagnent en popularité à l’échelle mondiale, mais leur adoption en Algérie reste limitée. En tant que producteur de pétrole, l’Algérie doit trouver un équilibre entre la promotion des véhicules électriques et la préservation de son industrie pétrolière.
Les citoyens algériens ne sont pas encore pleinement conscients des avantages environnementaux des voitures électriques, ce qui constitue un défi majeur. Le coût élevé des véhicules électriques, le manque d’infrastructures de recharge et la méconnaissance de cette technologie sont des obstacles importants à surmonter.
Pour inciter à l’utilisation des voitures électriques, plusieurs mesures peuvent être envisagées. D’abord, des incitations fiscales et des subventions pour l’achat de véhicules électriques pourraient rendre ces voitures plus abordables pour les consommateurs. Ensuite, investir dans les infrastructures de recharge, en installant des bornes de recharge dans les grandes villes et le long des principaux axes routiers, est essentiel pour rendre l’utilisation des voitures électriques plus pratique. Enfin, des campagnes de sensibilisation sont nécessaires pour informer les citoyens sur les avantages économiques et environnementaux des voitures électriques. Il est aussi important de créer un équilibre avec l’industrie pétrolière. Une transition progressive est envisageable, en commençant par promouvoir l’utilisation de véhicules hybrides comme étape intermédiaire. De plus, des programmes de recherche et développement dans le secteur des énergies renouvelables, ainsi que les partenariats avec des entreprises internationales spécialisées dans les technologies propres pourraient être bénéfiques.
L’Apoce collabore-t-elle en avec les autorités gouvernementales ? Quelles sont les perspectives d’avenir pour l’amélioration des politiques de protection des consommateurs ?
Oui, notre association travaille en étroite collaboration avec les autorités et nous avons pu réaliser de nombreux progrès depuis que le président Abdelmadjid Tebboune est au pouvoir. Grâce à la confiance accordée à la société civile, nous avons pu faire avancer significativement la protection des consommateurs en Algérie.
Pour l’avenir, notre objectif est de poursuivre dans cette direction en mettant en place des mécanismes solides et durables.
Plutôt que de compter uniquement sur le militantisme, nous proposons la création d’un organisme national de protection du consommateur, sous la tutelle du Premier ministre ou de la Présidence. Cet organisme serait chargé de coordonner les efforts de tous les secteurs ministériels pour garantir l’application des droits des consommateurs et renforcer la régulation du marché.
En outre, nous prévoyons de lancer des initiatives pour améliorer la sensibilisation des consommateurs à leurs droits, encourager les pratiques commerciales transparentes et éthiques, promouvoir la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Nous espérons ainsi non seulement protéger les consommateurs, mais aussi instaurer un climat de confiance et de coopération entre les consommateurs et les opérateurs économiques, contribuant ainsi à un développement économique durable et équitable.
Que recommandez-vous aux consommateurs algériens, le produit local ou importé ? Quels conseils donneriez-vous aux consommateurs algériens ?
Nous recommandons aux consommateurs algériens de favoriser les produits locaux tout en veillant à ce qu’ils répondent aux normes internationales de qualité. C’est un critere crucial pour stimuler l’économie locale.
Pour assurer que le « made in Algeria » soit compétitif sur le marché mondial, il est essentiel d’intensifier les normes et certifications, d’investir dans la formation, la recherche et le développement, de renforcer le contrôle qualité par des laboratoires indépendants, de promouvoir le produit algérien à l’international à travers une diplomatie économique stratégique. Aux consommateurs, nous conseillons de vérifier les certifications, de soutenir les entreprises responsables, de signaler toute non-conformité pour maintenir des standards élevés et promouvoir une économie durable et compétitive.

Le président de la République, lors des Conseils des ministres, donnée régulierement des instructions concernant la disponibilité des produits de large consommation sur le marché national. Peut-on dire qu’actuellement, le marché algérien satisfait les demandes des citoyens ?
Oui, actuellement, le marché algérien satisfait les demandes des citoyens grâce aux mesures prises par le président de la République pour contrer la spéculation qui menaçait l’économie nationale et contribuait à l’inflation.
Face à une situation critique, le président Tebboune a mis en place un dispositif efficace qui a stoppé cette menace, permettant ainsi de stabiliser le marché. Pour assurer une stabilité économique à long terme, il est crucial d’adopter une stratégie cohérente visant à améliorer le pouvoir d’achat, garantir la disponibilité et la diversité des produits, et prévenir de futures crises. Cela nécessite des réformes organisationnelles et institutionnelles solides, auxquelles l’Apoce est prête à contribuer, convaincue que les institutions de l’État continueront à travailler pour renforcer une économie nationale robuste.
