Par Chahid Lakeb
Le gouvernement algérien a exprimé avec regret et une profonde désapprobation sa réaction à la décision inattendue, inopportune et contre-productive du gouvernement français, qui soutient sans réserve le plan d’autonomie pour le Sahara Occidental dans le cadre de la souveraineté marocaine.

Dans un communiqué, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a vivement critiqué le soutien français à l’expansionnisme de Mohammed VI. Cette décision a été communiquée officiellement aux autorités algériennes par les autorités françaises ces derniers jours.
Soutien Contesté
Pour l’Algérie, la position de l’Élysée ne contribue en aucune manière à l’objectif de paix au Sahara Occidental mais contribue plutôt à prolonger une impasse, il justifie et contribue à consolider le fait accompli colonial sur ce territoire. Le gouvernement algérien adresse un avertissement à Paris et prévient qu’elle tirera toutes les conséquences qui découlent de cette décision française, pour laquelle le gouvernement français est le seul à être totalement et absolument responsable.
Soulignant que « les anciennes et nouvelles puissances coloniales savent se reconnaître et se soutenir mutuellement », en évoquant le souvenir du colonialisme français et de sa résistance à l’indépendance de l’Algérie. Déclarant également que cette dernière tirerait toutes les conséquences de cette décision et tiendrait le gouvernement français seul entièrement responsable.
La décision française est clairement le résultat d’un calcul politique douteux, d’une morale a priori discutable et d’interprétations juridiques que rien ne soutient ni ne justifie, juge la diplomatie algérienne. Cette décision française ne contribue pas à créer les conditions d’un règlement pacifique de la question du Sahara occidental, mais renforce une impasse, créée précisément par le soi-disant plan d’autonomie marocain, qui dure depuis plus de dix-sept ans.
Ce soutien à l’initiative marocaine d’autonomie pour le Sahara Occidental représente un tournant significatif dans la politique internationale de l’hexagone sur cette question.
Jusque-là, la France avait maintenu une position plus neutre, favorisant le dialogue entre les parties en conflit et soutenant les efforts de l’ONU pour une résolution pacifique. Toutefois, le récent changement de cap en faveur du plan marocain a été perçu par l’Algérie comme un alignement inattendu et problématique.
nature du conflit du Sahara occidental
La nature du conflit du Sahara occidental doit être laissée hors de tout doute, comme un cas clair de décolonisation que la IVe Commission de l’Assemblée générale des Nations unies analyse chaque année. L’Algérie s’est positionnée sur cette question clairement en faveur du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, conformément à la position traditionnelle de ce pays dans d’autres controverses similaires. Cela en fait l’allié par excellence du Front Polisario, que l’ONU reconnaît comme le représentant légitime des Sahraouis. L’Algérie joue un rôle de plus en plus important dans la question sahraouie, étant le plus grand soutien au Front Polisario depuis la cessation du soutien libyen, en 1984.
Cette question est devenue l’un des principaux freins à l’intégration du Maghreb. Ce conflit gelé auquel sont confrontés le Maroc et le Front Polisario depuis plus de 46 ans a été un scénario dans lequel l’Algérie et le Maroc ont maintenu des positions antagonistes. Alors que le Royaume considère que l’ancienne colonie espagnole est une partie indissociable du Maroc, l’Algérie défend depuis toujours qu’il s’agît d’un « territoire non autonome » dont le statut définitif doit être décidé lors d’un référendum d’autodétermination.
La position algérienne sur le conflit du Sahara Occidental est de mettre en œuvre un plan des Nations unies, qui comprend un référendum d’autodétermination. considérant la présence du Maroc au Sahara comme une occupation.
Ce conflit reste l’affaire de deux pays, l’Espagne et la France. L’Espagne se dit officiellement neutre et, ce faisant, se comporte comme des pays dénués de toute relation avec le Sahara Occidental. Or l’ancienne puissance coloniale a une dette historique. Elle porte une lourde responsabilité morale et juridique dans l’échec de la décolonisation, non seulement vis-à-vis des Sahraouis, mais aussi de toute la région. Quant à la France, elle se situe résolument aux côtés du Maroc qui défend la marocanité du Sahara Occidental et s’interdit de facto de jouer un rôle dans la résolution du conflit. Sa position s’est même durcie ces dernières années. Bien que la communauté internationale soit convaincue depuis longtemps que la question du Sahara Occidental s’inscrit sans aucun doute dans un processus de décolonisation qui doit être mené à son terme, cette décision française dénature et déforme les faits en avalisant un fait colonial et en apportant un soutien injustifiable à la souveraineté contestée et discutable du Maroc sur le territoire du Sahara Occidental.
Une décision contraire au droit et à contre-courant des efforts onusiens
Le fait est que les observateurs internationaux notaient au cours des derniers mois une mobilisation des bonnes volontés au sein des Nations unies à l’effet de donner un nouveau souffle à la recherche d’un règlement au conflit du Sahara Occidental, provoquant une inquiétude croissante de la part du Maroc. Dont la pression a donc été intense ces dernières semaines pour obtenir une expression française à contre-courant de ces efforts dont elle contrarie et entrave le déploiement dans l’intérêt supérieur de la paix, de la stabilité et de la sécurité dans la région. La décision est d’autant plus inappropriée qu’elle émane d’un membre permanent du Conseil de sécurité qui doit agir conformément aux décisions de cet organe d’une manière particulière et à la légalité internationale de manière générale.
De fait, l’Algérie ne peut que réaffirmer la cohérence de son engagement, depuis 62 ans, aux côtés de tous les peuples qui subissent une colonisation, à commencer par les peuples palestinien et sahraoui.
Activité intense de la diplomatie algérienne pour la cause Sahraouie
Le représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations unies, Amar Bendjama, sous l’égide du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, apporte un soutien constant aux peuples palestinien et sahraoui en mettant l’accent sur l’impératif d’appliquer les résolutions onusiennes et de décoloniser la Palestine et le Sahara Occidental, mettant en garde contre les dangers du retardement à assurer aux deux peuples leur droit à l’autodétermination.
Récemment, le diplomate algérien a corrigé à deux reprises l’ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU, Omar Hilale, sur le processus de décolonisation du Sahara Occidental en soulignant les vérités historiques et les fondements du conflit sahraoui. L’ambassadeur du Maroc a visiblement été déstabilisé par l’intervention de la délégation algérienne et d’autres délégations, mais surtout par la participation active de plusieurs pétitionnaires, militants de la cause sahraouie, dont des ressortissants marocains.
La dernière session consacrée à la question sahraouie a vu la participation d’un grand nombre de pétitionnaires venus des quatre coins du monde pour porter haut et fort la voix du peuple sahraoui opprimé par l’occupant marocain. Les États membres soutenant la cause juste du Sahara Occidental ont pris la parole, tour à tour, pour réaffirmer la nécessité du parachèvement du processus de décolonisation du Sahara occidental conformément à la Résolution 1514 des Nations unies, et ce, à l’instar de : Bolivie, Cuba, Iran, Timor-Leste, Equateur, Venezuela, Nicaragua, Ethiopie, Afrique du Sud, Mexique, Pérou, Angola, Zimbabwe, Botswana, Lesotho, Colombie, Namibie, Belize et Mozambique.
Le conflit du Sahara Occidental, qui oppose le Maroc au Front Polisario depuis des décennies, reste l’un des derniers conflits coloniaux non résolus en Afrique. Les Nations unies ont tenté, sans succès jusqu’à présent, de négocier une solution acceptable pour les deux parties. La prise de position française pourrait donc avoir des répercussions significatives sur le processus de paix et sur les relations diplomatiques dans la région.
Une chose est sûre, le conflit du Sahara Occidental est une question de décolonisation qui ne peut être résolue qu’à travers l’application du droit international et de la doctrine bien établie des Nations unies et de l’Union africaine en la matière, c’est-à-dire l’exercice authentique par le peuple sahraoui de son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance, conformément aux dispositions de la résolution 1514 portant octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux. Et l’Algérie, dont la position s’adosse à la légalité internationale, apporte son appui indéfectible à la cause juste du peuple sahraoui et malgré la nouvelle position française d’approuver le plan d’autonomie pour le Sahara Occidental, dans le cadre de la souveraineté marocaine, le peuple sahraoui reste déterminé à arracher son indépendance, peu importe le temps que cela prendra et quels que soient les sacrifices et le prix à payer.
