Diplomatie Algérienne : Entre souveraineté et constance dans la défense des causes justes

Suite au refus de l’Algérie de participer au vote du Conseil de sécurité des Nations unies sur le projet de résolution relatif au renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), des experts en géopolitique, intervenant, vendredi soir, sur la chaîne de télévision AL24 News, ont affirmé que la position d’Alger n’est pas celle d’un pays suiveur, mais bien celle d’un acteur souverain engagé dans la défense du droit international et de la justice.

Le vote de vendredi soir du Conseil de sécurité des Nations unies concernant le dossier du Sahara occidental a ravivé un débat fondamental sur la légitimité du processus onusien et sur la capacité de l’Algérie à maintenir une diplomatie indépendante et fidèle à ses principes.
Intervenant en premier dans l’émission, le Dr Ali Rebig, consultant diplomatique, a indiqué que les propos tenus dans la foulée de ce vote ont mis en lumière « de nombreuses vérités qui devaient être dites haut et fort ». Il rappelle que « lorsque l’Algérie affirme que ses décisions sont souveraines, ce n’est pas un simple slogan, mais une réalité tangible sur le terrain ». L’Algérie, ajoute-t-il, a toujours « plaidé et défendu de nombreuses causes justes » au sein des instances internationales, et la cause sahraouie ne fait pas exception.
Selon lui, « la question du Sahara occidental illustre l’échec flagrant des Nations unies et des membres permanents du Conseil de sécurité, qui ont prolongé inutilement ce conflit ». Aujourd’hui, la bataille s’est déplacée sur le terrain diplomatique, où se joue « une lutte contre une diplomatie du troc, menée par certaines puissances comme les États-Unis ».
Face à ces pressions, le diplomate estime que la ligne algérienne reste inébranlable : « Lorsque l’Algérie refuse toute concession et tout marchandage sur des causes justes, d’autres préfèrent négocier leurs positions. Mais pour l’Algérie, la position est fixe, non négociable et non sujette à changement. »
Dr Rebig souligne aussi que les efforts d’Alger n’ont pas été vains : « Le projet de résolution américain a été modifié à plusieurs reprises, preuve de la résistance exercée par l’Algérie, la Chine et la Russie, conscientes que cette question relève du droit à l’autodétermination. » Et de conclure : « Toutes les tentatives visant à détourner le sens de cette lutte échoueront, car il existe une partie indéfectiblement attachée à sa cause : le peuple sahraoui et le Front Polisario, son représentant légitime et unique. »

Un tournant décevant
De son côté, Dr Saïda Salama, professeure de sciences politiques et de relations internationales, parle d’un tournant révélateur : « Nous sommes aujourd’hui face à un nouveau chapitre de déception, un nouvel épisode d’échec flagrant incarné par l’organisation onusienne et notamment par les États-Unis, auteurs du projet de résolution ». Selon elle, ce texte « révèle dès le départ une partialité manifeste en faveur des intentions marocaines ».
Pour cet universitaire, l’ONU a «échoué de manière retentissante dans le règlement des causes justes » et « a tourné le dos à des dossiers essentiels, dont la question palestinienne ». Elle établit un parallèle entre les deux conflits, estimant que « la MINURSO, tout comme l’UNRWA en Palestine, est témoin des souffrances d’un peuple dont on cherche à effacer la mémoire historique ».
La professeure dénonce également «les tentatives de légitimer l’occupation et de redessiner la carte géopolitique mondiale à travers la création d’États sous influence, servant les intérêts des grandes puissances ». Selon elle, « le régime du Makhzen s’est transformé en État fonctionnel, facilitant les intérêts étrangers en Afrique, et reçoit en échange le soutien de ces puissances pour son alignement avec l’entité sioniste et son reniement du droit international ».
Dans ce contexte, l’Algérie apparaît une fois de plus comme la voix de la constance diplomatique et du refus du compromis sur les principes. Elle ne défend pas seulement la cause sahraouie : elle défend une conception du monde où la souveraineté, la justice et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne se négocient pas.

Le prix payé par le makhzen
Cette décision de l’ONU n’est pas intervenue du jour au lendemain. Il y a eu énormément de chantage pour cela, notamment de la part du Makhzen. Dr Saïda Salama a livré une lecture incisive de ce qu’elle appelle « le prix payé au Makhzen » par ses alliés. Elle rappelle que « les États-Unis, en tant que porteurs de plume, ont présenté le 22 octobre 2025 un projet de résolution qui reflétait une partialité flagrante en faveur de l’occupant marocain ». Selon elle, ce texte « visait à imposer une solution unilatérale fondée sur le projet d’autonomie comme unique issue, en récompense à la normalisation du régime marocain avec l’entité sioniste et à son soutien dans la guerre de génocide contre le peuple palestinien».
Elle ajoute : « Le soutien à Israël s’est concrétisé par le port de Tanger, où le passage d’armes destinées à être utilisées contre les Palestiniens a été permis. » Mais ce n’est, selon elle, que « la partie visible de l’iceberg ». Le véritable enjeu serait ailleurs : « Que promet le régime du Makhzen à ces puissances ? Qu’offre-t-il en échange de la transformation de la question sahraouie en simple monnaie d’échange ? »
Pour la chercheuse, la portée du dossier dépasse largement les frontières du Sahara occidental : « Ce qui se joue aujourd’hui, c’est une volonté de redessiner la carte géopolitique mondiale, selon des intérêts précis, de redistribuer les sphères d’influence et les ressources à travers des États sous-traitants des grandes puissances. » Et de prévenir : « Le Sahel africain en est déjà le théâtre. Les États-Unis et d’autres puissances y projettent leurs stratégies, utilisant des régimes comme celui du Makhzen pour garantir leurs intérêts. »
Dans cette logique, elle constate avec amertume que « le système onusien et le droit international, autrefois marqués par le principe de l’obligation des normes, se sont effondrés ». Désormais, dit-elle, « les causes justes sont devenues des cartes de marchandage pour des intérêts étroits, tandis que les luttes de libération et de dignité sont balayées par les vents de la realpolitik ». Mais elle conclut avec conviction : « Le combat du peuple sahraoui, vieux de plus d’un demi-siècle, ne sera pas vain. Son droit à l’autodétermination n’est pas négociable et ne tombera jamais en désuétude. »

La diplomatie du troc
Dr Ali Rebig, consultant diplomatique, a pour sa part souligné l’importance des signaux envoyés par certains États, comme la Slovénie. « Malgré son vote en faveur de la résolution, la Slovénie a réaffirmé que sa position sur la question sahraouie reste inchangée : elle soutient une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, garantissant le droit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. »
Pour le diplomate, cette déclaration révèle une dissonance : « Ce contraste entre les votes et les positions publiques montre les pressions exercées avant la séance de vote. De nombreux États ont subi des manœuvres pour les pousser à appuyer une résolution qui symbolise, en réalité, l’échec du système onusien.»
Dr Rebig évoque ce qu’il qualifie de «diplomatie du troc » imposée par Washington : « L’administration américaine aborde désormais les questions internationales sous l’angle de l’échange. Elle soutient un camp en promettant des avantages économiques ou commerciaux en retour. » Mais, avertit-il, « cette approche ignore la complexité de la question sahraouie et ses répercussions sur la stabilité régionale. En croyant résoudre le conflit par le marchandage, les États-Unis s’illusionnent. »
Il souligne enfin que « l’Algérie, face à ces contradictions, a cherché à ramener le texte sur la voie de la légalité internationale et de la référence onusienne ». En dénonçant les incohérences de certaines capitales occidentales, « y compris celles qui prônent les droits de l’Homme et la démocratie, mais se taisent face à l’injustice », Alger rappelle qu’il existe encore des États qui refusent de confondre diplomatie et compromission.

Un ordre international en crise
Le vote du Conseil de sécurité du 31 octobre n’aura pas seulement révélé les fractures profondes autour de la question sahraouie, il aura aussi mis à nu les tensions d’un ordre international en crise, où la justice et le droit des peuples sont trop souvent subordonnés aux logiques d’influence et de pouvoir. Face à cette dérive, l’Algérie a choisi la voie la plus exigeante : celle de la cohérence et de la fidélité à ses principes fondateurs.
En refusant de cautionner une résolution perçue comme biaisée, Alger ne s’est pas isolée — elle a affirmé une posture. Celle d’un État qui refuse le marchandage diplomatique et revendique le droit à une parole libre, même au prix de la solitude. Car au fond, cette abstention n’est pas un retrait : c’est un acte politique fort, une réaffirmation que le multilatéralisme ne vaut que s’il reste arrimé à la justice et non à la convenance.
Dans un monde où la diplomatie devient souvent un marché, l’Algérie persiste à croire que certaines valeurs ne sont pas à vendre. Son attitude face au dossier sahraoui rappelle que la souveraineté n’est pas un mot creux, mais une ligne de conduite. Et si l’histoire finit toujours par trancher, elle retiendra sans doute que, dans le tumulte des compromis, Alger aura choisi la constance plutôt que la complaisance.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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