
Après plusieurs jours de tractations intenses, la diplomatie algérienne a pris une décision hautement symbolique : ne pas participer au vote du Conseil de sécurité sur le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).
Alger estime que le projet de résolution final ne répondait pas aux exigences fondamentales du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.
Ce choix ne procède ni du désengagement ni du retrait, mais d’une affirmation de souveraineté diplomatique. Alger a mené, ces derniers jours, une série de négociations marathons à Alger, New York et Washington, réussissant à infléchir en profondeur un texte initialement rédigé pour consacrer la thèse marocaine. Selon des sources diplomatiques proches du dossier, l’Algérie a pesé de tout son poids pour rétablir un équilibre dans la formulation du texte, en insistant sur la nécessité de mentionner la légitimité du Front Polisario et la primauté du droit à l’autodétermination.
Si la version initiale de la résolution tendait à valider, sans nuances, le « plan d’autonomie » présenté par le Maroc, la version adoptée vendredi dernier s’en éloigne sensiblement. Le texte, désormais, ouvre la voie à toutes les propositions et rappelle que toute solution doit être conforme à la Charte des Nations unies, aux principes du droit international et, surtout, mutuellement acceptable entre les deux parties – le Front Polisario et le Maroc. 11 pays ont voté pour et trois se sont abstenus, à savoir la Russie et la Chine, qui détiennent le droit de veto, en plus du Pakistan.
L’empreinte algérienne sur le texte final
L’action diplomatique algérienne a permis d’introduire plusieurs modifications substantielles. Le mandat de la MINURSO a été prolongé d’une année entière, et non des trois mois initialement envisagés, garantissant ainsi une stabilité institutionnelle à la mission et un cadre de négociation durable. Le texte confie également au secrétaire général de l’ONU la possibilité de revoir l’avenir et les modalités du mandat, en fonction de l’évolution du dialogue politique – une clause que l’Algérie a expressément souhaitée pour préserver la souplesse du processus. Plus décisif encore, Alger est parvenue à restaurer la cohérence juridique des précédentes résolutions du Conseil de sécurité : le texte final impose désormais que toutes les résolutions pertinentes soient prises en compte, et non plus seulement celles postérieures à 2007. Ce détail, en apparence technique, réintroduit l’esprit originel du droit à l’autodétermination tel que formulé avant la période de glissement en faveur de la thèse marocaine. Selon plusieurs sources concordantes à New York, l’Algérie a convaincu plusieurs membres du Conseil – y compris certains alliés traditionnels des États-Unis – d’exercer une pression diplomatique pour supprimer la formulation biaisée qui qualifiait la proposition marocaine de «sérieuse, crédible et réaliste ». Ce retrait, lourd de sens, marque un recul notable de la diplomatie marocaine, qui cherchait à faire valider son plan comme seule issue possible au conflit. Le texte adopté replace ainsi le plan d’autonomie parmi d’autres options et réaffirme le principe central du droit du peuple sahraoui à choisir librement son destin. Une formulation que Rabat juge «diluée », mais qui reflète la détermination de l’Algérie à défendre un traitement équilibré du dossier, conforme à la légalité internationale.
Un message clair : souveraineté et constance
En refusant de cautionner un texte « en deçà de ses attentes », l’Algérie confirme son indépendance stratégique et sa fidélité à une diplomatie de principes. Elle ne se prête ni au chantage ni aux calculs de circonstance, et rappelle que sa position n’est pas conjoncturelle, mais fondée sur une vision constante : la décolonisation est un processus irréversible, et le peuple sahraoui reste le seul habilité à décider de son avenir.
Cette posture, loin d’être un geste d’isolement, illustre la cohérence d’une politique étrangère qui refuse les compromis sur les droits fondamentaux. Dans un contexte international marqué par la complaisance de certaines puissances envers les logiques d’occupation, l’Algérie réaffirme qu’elle demeure une voix souveraine, respectueuse du droit et solidaire des peuples opprimés.
La non-participation d’Alger n’est pas un retrait, mais un signal politique fort. Elle signifie que la solution au conflit du Sahara occidental ne saurait se réduire à une lecture unilatérale, fût-elle appuyée par des résolutions de circonstance.
Le message est limpide : aucune paix durable ne peut être bâtie sans justice et sans autodétermination réelle du peuple sahraoui.
Et, une fois encore, la diplomatie algérienne aura démontré qu’elle sait conjuguer fermeté et pragmatisme, défendre les principes sans céder au rapport de force et rappeler au Conseil de sécurité que le droit international n’est pas une variable politique, mais une boussole.
G. Salah Eddine
