Par Chahid Lakeb
La campagne présidentielle est un moment crucial et déterminant dans la vie politique du pays.
À mesure que l’élection approche, l’intensité de la campagne s’accentue, révélant à la fois les dynamiques de pouvoir internes et les aspirations des citoyens. Les candidats s’affrontent avec des programmes variés, chacun cherchant à captiver l’électorat avec des propositions pour l’avenir économique, social et politique du pays.

Depuis le 15 août, les candidats Youssef Aouchiche, Abdelmadjid Tebboune et Hassani Cherif, présentent des visions divergentes pour l’avenir du pays, chacune marquant une approche unique, adoptant des stratégies différentes dans la course à la Présidence.
Abdelmadjid Tebboune se présente comme candidat indépendant, tandis que Youcef Aouchiche représente le Front des forces socialistes (FFS) et Abdelaali Cherif Hassani le Mouvement pour la société et la paix (MSP). Une concentration sur leurs programmes respectifs et leurs visions de l’avenir de l’Algérie alors qu’ils se disputent le poste de chef de l’État.
Chaque candidat a dévoilé ses plans pour diriger l’Algérie au cours des cinq prochaines années, ouvrant la voie à une bataille électorale cruciale.
Après une semaine de campagne électorale la compétition s’annonce déjà comme une politique à enjeux élevés. Les trois candidats ont commencé, chacun, à tracer leur propre chemin vers la magistrature suprême de l’Algérie, mettant l’accent sur des priorités et des stratégies différentes pour gagner les faveurs de l’électorat.
Youcef Aouchiche (FFS) et les rencontres de Proximité
Le candidat du FFS, Youcef Aouchiche, a axé sa candidature sur le renforcement des institutions démocratiques de l’Algérie et la réforme du système semi-présidentiel. En lançant sa campagne dans les quartiers emblématiques de Bab El-Oued, La Casbah et la place des Martyrs, M. Aouchiche s’est adressé directement aux citoyens, les exhortant à saisir l’opportunité de mettre en œuvre un véritable changement politique.
« Notre objectif est de rétablir la confiance entre le peuple et l’État », a déclaré M. Aouchiche, soulignant la nécessité d’un gouvernement plus responsable et plus transparent. Il a appelé à la mise en place d’un système semi-présidentiel qui donnerait plus de pouvoir au Parlement tout en équilibrant l’influence de l’Exécutif. « Il est temps de rétablir l’état de droit et de faire en sorte que chaque Algérien ait le sentiment que sa voix compte », a-t-il déclaré.
La campagne de M. Aouchiche est axée sur la résolution de la crise du chômage des jeunes, la diversification de l’économie pour la rendre moins dépendante des hydrocarbures et la modernisation des systèmes financier et bancaire de l’Algérie. « Nous devons nous libérer de l’économie rentière qui a trop longtemps entravé notre nation », a-t-il déclaré à ses partisans, ajoutant que son administration plafonnerait les prix des denrées alimentaires et supprimerait l’impôt sur le revenu pour les travailleurs gagnant moins de 50 000 DA par mois. Sa vision de la réforme économique inclut la stimulation de la productivité agricole et le soutien aux petites entreprises. Le candidat du Front des forces socialistes a décidé de débuter sa campagne en se rapprochant des citoyens. Il a ainsi mené plusieurs rencontres de proximité en visitant les quartiers populaires d’Alger, pour dialoguer directement avec eux. Lors de ces visites, il a rencontré les habitants et les jeunes pour leur exposer son programme électoral et écouter leurs préoccupations. Cette approche de proximité reflète sa volonté de créer un lien de confiance entre les Algériens et l’État, un des axes principaux de son projet politique. Pour moderniser l’économie nationale, M. Aouchiche prévoit de promouvoir une industrie nationale à forte valeur ajoutée, de dépénaliser la gestion afin de stimuler l’entrepreneuriat, et de digitaliser le système bancaire. Il suggère également la mise en place d’agences de change officielles pour renforcer l’efficacité du système financier.
M. Tebboune met l’accent sur la stabilité économique et le bien-être social
Se présentant comme candidat indépendant, mais soutenu par la puissante coalition du FLN, du RND et du front El Moustakbal, Abdelmadjid Tebboune a lancé sa campagne en évoquant les réalisations de son premier mandat avec un nouveau slogan l’Algérie Victorieuse. S’exprimant à la télévision nationale, M. Tebboune a rappelé les succès de son administration dans la stabilisation de l’économie et le renforcement de la santé financière de l’Algérie. Il a évoqué la réduction de l’inflation de 11% à 6% et la récupération des actifs nationaux perdus à cause de la corruption, notamment des unités industrielles en Algérie et un hôtel en Espagne. « Nous avons hérité d’une économie rentière au bord de l’effondrement », a fait remarquer M. Tebboune, soulignant la corruption systémique et la dépendance aux importations qui ont caractérisé l’ère pré-2019. « Nous avons récupéré 51 unités industrielles et commencé à récupérer les actifs volés à l’étranger, grâce à notre coopération continue avec des partenaires internationaux comme l’Espagne », a-t-il ajouté.
Après que ses soutiens eurent parcouru une quinzaine de wilayas en trois jours (Mostaganem, Naâma, Aïn Témouchent, Alger, Tamanrasset, Tindouf, Tlemcen, Tissemsilt..), le candidat indépendant Abdelmadjid Tebboune, a lancé officiellement sa campagne depuis la ville de Constantine qui lui est chère de par son histoire et ses symboles. De plus, il était très attendu à Constantine, qui lui a réservé un accueil chaleureux. Lors de son meeting populaire au zénith Ahmed-Bey, devant une salle archicomble de sympathisants venus de plusieurs wilayas avoisinantes, le candidat indépendant Tebboune a mis en avant que son second mandat serait économique par excellence et qu’il continuerait sur la lancée de ces trois dernières années où le pays a eu des indicateurs économiques positifs. Il a souligné l’importance de la stabilité, de la lutte contre la corruption et de la relance économique, qui sont les piliers de son programme. Tout en affirmant son ambition de digitaliser le pays entier d’ici l’année prochaine, il veut que l’Algérie atteigne l’autosuffisance en blé et en orge afin d’entrer dans une nouvelle ère de production, l’autosuffisance en ressources vitales grâce aux projets de dessalement de l’eau de mer et l’autosuffisance alimentaire afin d’éliminer la nécessité d’importer des produits essentiels tels que la semoule, le blé et le maïs.
Abdelmadjid Tebboune s’est engagé à poursuivre ses politiques de soutien social, à améliorer le pouvoir d’achat des Algériens et à renforcer le développement économique sous divers aspects. Il a pris l’engagement de construire deux millions de logements dans toutes les wilayas, garantissant qu’aucune région ne serait laissée pour compte.
Il a également présenté des politiques sociales ambitieuses pour un second mandat, s’engageant à augmenter les salaires jusqu’à 100% d’ici 2027 et promettant de nouvelles réductions d’impôts pour les revenus moyens et faibles. Le président a aussi insisté sur le soutien indéfectible de l’Algérie à défendre ls cause palestinienne et celle du Sahara occidental, en ajoutant que l’Algérie continuera à défendre les droits des peuples opprimés sur la scène internationale.
La campagne « Forsa » de Hassani Cherif prône l’opportunité et la liberté
Abdelaali Hassani Cherif, du MSP, a adopté une approche différente, se concentrant sur des lieux symboliques liés à la lutte historique de l’Algérie pour l’indépendance et la liberté politique. En lançant sa campagne « Forsa » depuis la maison historique de Lyès Derriche, figure révolutionnaire décédée, à El-Madania, Hassani Cherif a voulu présenter son programme comme un nouveau chapitre du développement de l’Algérie.
« Notre programme Forsa offre à chaque Algérien la possibilité de s’épanouir dans un pays sûr, digne et prospère », a proclamé Hassani Cherif lors de ce rassemblement. Son programme comprend des engagements visant à garantir la liberté de la presse, à protéger les journalistes et à défendre les libertés publiques et individuelles. « Nous garantissons aux journalistes la liberté de faire leur travail sans crainte de censure ou de représailles », a-t-il déclaré sur la place de la liberté de la presse.
La campagne de Hassani Cherif vise également à relever les défis économiques par l’expansion des terres agricoles et la création de réserves alimentaires stratégiques pour lutter contre l’inflation des prix.
Lors d’une étape de sa campagne au marché couvert El-Fath, il a insisté sur l’importance d’assurer la sécurité alimentaire et d’empêcher la spéculation sur les marchés agricoles. Il a réaffirmé que son administration donnerait la priorité à la transparence et à l’équité, en mettant l’accent sur le soutien aux communautés marginalisées et en veillant à ce que l’Algérie reste une nation indépendante et souveraine.
Lors de ses divers déplacements dans la capitale, M. Hassani évoquera certains volets de son programme électoral, concernant le renforcement de la protection des libertés politiques, syndicales et associatives, outre les libertés individuelles.
Sur la place de la Grande-Poste, Hassani Cherif, qui était accompagné des militants du Mouvement et de ses partisans, a souligné que son programme visait à faire de l’Algérie un pays émergent jouissant de la stabilité et de la prospérité, un pays qui saura assurer au citoyen sa dignité et ses droits tout en préservant ses libertés. Il a présenté les dimensions économiques de son programme électoral, qui vise à établir une économie diversifiée capable d’atteindre l’autosuffisance et la croissance. Il mettra également l’accent sur l’importance d’exploiter les potentialités, de mobiliser les compétences et de donner des opportunités aux jeunes, tout en renforçant les institutions financières et en éliminant l’usure, dans le but d’instaurer un système bancaire robuste et de garantir un financement équitable pour tous les projets.
Les campagnes prennent de l’ampleur, les candidats recherchent le soutien de l’opinion publique
Au cours des prochains jours, les candidats et leurs partisans sillonneront le pays pour tenter de convaincre un électorat diversifié et souvent divisé. Chaque candidat offrant une vision distincte de l’avenir de l’Algérie, la course à la présidence ne fait que commencer, mais le ton est indubitablement donné. L’électorat devra maintenant décider quelle vision répond le mieux aux défis auxquels le pays est confronté alors qu’il se prépare à une nouvelle ère de gouvernance.
Alors que la campagne présidentielle en Algérie entre dans une phase importante, les divergences entre les approches de Youcef Aouchiche, Abdelmadjid Tebboune et Abdelaali Hassani Cherif sont marquées. Chacun des candidats tente de se positionner comme la meilleure solution pour l’avenir du pays, que ce soit par la continuité et les réformes, par une transformation radicale ou par une orientation sociale.
Les électeurs auront donc à choisir entre des visions contrastées pour déterminer la direction future de l’Algérie.
Ce qui ressort de ces premiers jours de campagne, c’est l’appel à une participation massive à l’élection présidentielle du 7 septembre prochain ainsi que le renforcement du front intérieur. Les appels des trois candidats à une participation massive, surtout de la jeunesse, illustrent l’importance qu’ils accordent à la mobilisation électorale. Alors que le pays se prépare pour le scrutin, il est clair que chacun d’eux considère la participation comme un élément clé pour garantir la légitimité des résultats et orienter le futur politique de l’Algérie. Les électeurs sont ainsi invités à jouer un rôle actif dans cette élection cruciale pour déterminer le leadership à venir et les orientations politiques du pays.
Les prétendants à la magistrature suprême et leurs soutiens devraient multiplier, durant cette dernière étape du processus électoral, des meetings populaires, des rencontres de proximité et des interventions sur les médias lourds afin d’expliquer leur programme.
Cette campagne, rappelons-le, se poursuivra jusqu’au 3 septembre prochain.
