
L’Algérie a achevé son mandat à la tête du Conseil de sécurité des Nations unies, laissant la place à la Chine pour le mois en cours, conformément aux règlements de cette instance internationale. Pendant son court et intense passage à la présidence du Conseil en janvier, l’Algérie a su imposer son empreinte et a réitéré sa disponibilité, sous la conduite du président de la République, à poursuivre son rôle habituel et sa participation active à tous les efforts internationaux visant à répondre aux besoins humanitaires dans un contexte mondial marqué par de profondes mutations géopolitiques et stratégiques.
Par Chahid Lakeb
Ce fut un mois marqué par des discussions de haut niveau sur la cause palestinienne, les efforts de lutte contre le terrorisme en Afrique et le renforcement de la coopération entre les Nations Unies et la Ligue des États arabes. En tant que membre non permanent du Conseil de sécurité pour le mandat 2024-2025, l’Algérie a guidé l’organe à travers des questions urgentes et sensibles au Yémen, en Libye et en RDC, ce qui a donné lieu à de nouvelles résolutions et à des déclarations officielles.
Son passage a été marqué par un travail très intense sur de multiples dossiers prioritaires, notamment la question palestinienne et la situation au Moyen-Orient, la lutte contre le terrorisme en Afrique, ainsi que la coopération entre la Ligue des États arabes et l’ONU
Focus sur la Palestine et le Moyen-Orient
L’Algérie a organisé plusieurs réunions d’urgence sur la Palestine, dont celle du 3 janvier consacrée aux attaques de l’armée israélienne contre des infrastructures sanitaires à Ghaza. Une autre réunion ministérielle a traité du respect du cessez-le-feu et de la relance du processus politique en Palestine. L’Algérie a appelé à la levée immédiate du blocus de Ghaza, au renforcement de la réconciliation palestinienne et à la consolidation de la solution à deux États. Elle a aussi insisté sur le rôle crucial du Conseil de sécurité pour garantir le respect du droit international et assurer la protection des institutions humanitaires telles que l’UNRWA.
En ce qui concerne le Liban, elle a plaidé pour une coordination accrue entre la Ligue arabe et l’ONU afin de préserver la stabilité du pays. Pour la Syrie, l’Algérie a insisté sur la restauration de sa souveraineté et de son intégrité territoriale. En ce qui concerne le Yémen, elle a encouragé une solution politique menée par les Yéménites sous l’égide des Nations unies, mettant en garde contre les ingérences étrangères.
Maintien de la paix et de la sécurité internationales
Adoptée le 15 janvier 2025, la résolution 2768 a poursuivi les efforts du Conseil pour faire face à la situation actuelle en mer Rouge, en particulier à la menace posée par les rebelles houthis. La résolution a souligné l’importance de maintenir la sécurité des voies de navigation mondiales et a souligné la nécessité de rendre des comptes dans les attaques contre les navires commerciaux. Le Conseil a exhorté le groupe houthi à cesser ses hostilités contre le trafic maritime, appelant au rétablissement rapide de la stabilité dans la région.
La résolution a également encouragé des mesures diplomatiques pour résoudre le conflit en cours au Yémen, parallèlement à des sanctions visant à dissuader de nouvelles agressions.
La situation en Libye
Sur le dossier libyen, l’Algérie a organisé une réunion le 15 janvier qui a permis de garantir aux autorités libyennes le droit de réinvestir leurs fonds gelés au sein des institutions financières internationales. Elle a également demandé la fin des interférences étrangères et la mise en place d’une stratégie régionale coordonnée pour favoriser le processus politique mené par les Libyens eux-mêmes.
Le 16 janvier 2025, le Conseil de sécurité sous la présidence de l’Algérie, a adopté la résolution 2769, qui met l’accent sur la situation en Libye et réaffirme l’importance de respecter les sanctions internationales. Le Conseil a appelé à l’application intégrale d’un embargo sur les armes, d’interdictions de voyager et de gels d’avoirs visant à empêcher l’afflux d’armes vers des groupes militants et d’autres entités déstabilisant le pays.
Alors que le paysage politique libyen reste fracturé, la résolution a également souligné la nécessité de poursuivre la coopération internationale pour assurer une résolution pacifique de la crise.
Élection à la Cour internationale de Justice
Une autre décision clé prise en janvier a été l’adoption de la résolution 2770 le 24 janvier 2025, qui a fixé la date d’une élection pour pourvoir un siège vacant à la Cour internationale de Justice (CIJ). Le poste est devenu vacant à la suite de la démission du juge Nawaf Salam, et le Conseil de sécurité a décidé d’organiser une élection pour son successeur le 27 mai 2025. La résolution décrit les étapes procédurales de l’élection et souligne l’importance de maintenir la capacité de la CIJ à trancher les questions juridiques entre États. Cette décision reflète l’engagement continu de l’Algérie à soutenir les cadres juridiques internationaux pendant sa présidence.
Déclaration à la presse sur la situation en République démocratique du Congo
Le Conseil de sécurité a également publié une déclaration à la presse le 26 janvier 2025, dans laquelle il s’est dit gravement préoccupé par la situation en République démocratique du Congo (RDC). Le Conseil a condamné la poursuite des violences perpétrées par le groupe rebelle M23 dans l’est du pays, en particulier son offensive à Goma. La déclaration a appelé au retrait immédiat des forces du M23 de la région et à tous les acteurs extérieurs à cesser leur implication dans l’instabilité de la région.
L’Algérie a souligné que la présence non autorisée de forces militaires étrangères en RDC n’a fait qu’exacerber le conflit et a réaffirmé son soutien aux efforts déployés par la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC pour stabiliser la situation.
Engagement dans la lutte antiterroriste
Dans le cadre de cette présidence, l’Algérie a organisé, le 21 janvier 2025, un débat public sur le thème Lutte antiterroriste menée par l’Afrique et axée sur le développement : renforcer le leadership africain et la mise en œuvre des initiatives africaines de lutte contre le terrorisme. Cette inscription a été justifiée par le fait que la communauté internationale s’était détournée de ce fléau persistant en Afrique et par le souhait de l’Algérie de réengager la communauté internationale et l’amener à s’intéresser à ce fléau, à la lumière des récents développements.
L’Algérie, forte de son expérience en matière de lutte contre le terrorisme, a mis l’accent sur la nécessité d’une approche globale et multidimensionnelle dans la lutte contre les groupes terroristes. Elle a souligné la centralité de la prévention des conflits et la nécessité d’agir sur les causes profondes des violences, notamment la pauvreté, la marginalisation et les violations des droits humains. Lors de sa présidence, l’Algérie a plaidé pour une coordination plus étroite entre les pays concernés, les Nations Unies et les autres partenaires internationaux afin de renforcer l’efficacité des mesures prises contre le terrorisme tout en respectant les droits humains et en favorisant le développement durable.
Le Conseil de sécurité a validé cette approche et a appelé à un renforcement des capacités africaines en matière de lutte contre le terrorisme, ainsi qu’à une collaboration plus étroite entre l’ONU et l’Union africaine. Le rôle de l’Algérie dans la mise en place des dispositifs de lutte contre le terrorisme en Afrique a été largement salué.
La promotion de la diplomatie préventive et de la paix durable
Un autre domaine où l’Algérie a laissé une empreinte positive est celui de la diplomatie préventive. En tant que pays qui a vécu l’une des guerres de décolonisation les plus violentes, l’Algérie est particulièrement sensible aux questions de paix et de réconciliation. Elle a ainsi œuvré pour que le Conseil de sécurité mette en place des mécanismes plus efficaces pour prévenir l’escalade des conflits, en mettant l’accent sur l’importance de la médiation et du dialogue inclusif dans les zones de tension. L’Algérie a soutenu l’idée que des solutions de paix durables nécessitent une approche globale qui intègre le développement économique, la réconciliation sociale et la justice. La gestion diplomatique algérienne a été particulièrement remarquée lors de son face-à-face avec le représentant israélien au Conseil de sécurité. Son ambassadeur à l’ONU, Amar Bendjama, a adopté une approche nuancée et stratégique en rappelant subtilement que c’est la présidence du Conseil, et non l’Algérie en tant qu’État, qui donnait la parole à son interlocuteur israélien. Cette maîtrise du langage diplomatique a été saluée comme un exemple d’habileté politique.
La défense des droits humains et de la solidarité internationale
Sous la présidence algérienne, le Conseil de sécurité a également abordé la question des droits humains dans le cadre des conflits internationaux. L’Algérie a rappelé que la protection des civils en période de guerre doit être une priorité, et que les Nations Unies doivent renforcer leur capacité à surveiller et à rendre des comptes en matière de violations des droits humains. De plus, l’Algérie a réaffirmé l’importance de la solidarité internationale dans la gestion des crises humanitaires, plaidant pour une aide plus rapide et plus coordonnée aux populations affectées par les conflits.
Un plaidoyer pour le multilatéralisme et la souveraineté nationale
Dans un monde où la compétition géopolitique et les divisions entre grandes puissances sont croissantes, l’Algérie, sous la conduit du président Tebboune, a défendu le multilatéralisme comme un principe fondamental de la gouvernance internationale. Elle a réaffirmé son engagement envers les valeurs de la Charte des Nations Unies, notamment le respect de la souveraineté nationale et l’égalité des États. Ce positionnement a renforcé l’idée que la coopération internationale doit s’appuyer sur le respect mutuel et sur la recherche de solutions collectives plutôt que sur des actions unilatérales. L’Algérie a également mis l’accent sur la nécessité d’une réforme du Conseil de sécurité, afin de rendre son fonctionnement plus transparent et représentatif des réalités du XXIe siècle
La présidence tournante de l’Algérie au Conseil de sécurité de l’ONU ne s’est pas limitée à un simple prestige symbolique, mais a constitué une opportunité majeure pour affirmer son rôle central dans les affaires internationales. Son leadership a été un levier essentiel pour promouvoir des solutions pacifiques et inclusives aux crises mondiales, notamment en Afrique.
L’Algérie a marqué son mandat par un engagement constant sur des dossiers stratégiques liés à la paix, à la sécurité et aux droits des peuples. Par son travail acharné et sa détermination, elle a su imposer une vision fondée sur le respect du droit international et la défense des causes justes. Son action a été unanimement saluée pour son efficacité, son pragmatisme et son rôle clé dans la consolidation de la stabilité en Afrique, au Moyen-Orient et au-delà. Cette présidence a ainsi renforcé son influence sur la scène internationale, affirmant son statut d’acteur incontournable.
C. L.
La Chine assume la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU pour le mois en cours
La Chine a assumé depuis hier la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies pour le mois de février, succédant à l’Algérie.
Le représentant permanent de la Chine auprès des Nations unies, Fu Cong, tiendra une conférence de presse lundi prochain, au cours
de laquelle il informera la presse accréditée du programme de travail du Conseil après son adoption par ce dernier lors d’une session matinale.
L’Algérie avait présidé en janvier le Conseil de sécurité de l’ONU. Sa présidence a été marquée par des efforts inlassables en faveur de la défense des causes justes et des questions liées à la paix et la sécurité internationales notamment en Afrique.
