Abdelkader Taleb Omar. Ambassadeur de La République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) à Alger16 : « La position de l’Algérie est noble et digne »

La République arabe sahraouie démocratique (RASD) est à un tournant décisif dans sa quête d’autodétermination, particulièrement à la lumière de la récente décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Cette décision, qui a annulé les accords commerciaux entre l’Europe et le Maroc pour les produits issue du territoire sahraouie, renforce les droits du peuple sahraoui.
Cette décision marque une avancée importante dans le contexte des relations internationales et des négociations sur le statut du Sahara Occidental.
Pour approfondir cette thématique et comprendre les implications de ces développements, Abdelkader Taleb Omar, ambassadeur de la RASD à Alger, a répondu à quelques questions d’Alger16 et a fait part de sa perspective sur les défis actuels auxquels fait face
la cause sahraouie. Le diplomate revient sur la décision de la CJUE, sur la politique colonial du Makhzen ainsi que sur les relations entre la RASD et l’Algérie.

Entretien réalisé par G. Salah Eddine et Ammour Ryad

La récente décision de la CJUE, réaffirmant que les ressources du Sahara Occidental ne sont pas juridiquement sous souveraineté marocaine, est une victoire symbolique. Quelles conséquences concrètes attendez-vous de cette décision sur le terrain, en particulier sur les accords commerciaux liant le Maroc à l’Union européenne concernant l’exportation des ressources sahraouies ?
C’est une victoire majeure pour la cause sahraouie, avec des répercussions profondes et durables. Cette décision intervient à un moment où certains pays européens, tels que la France et l’Espagne, avaient pris parti pour le Maroc, semblant lui conférer une légitimité souveraine qu’ils n’ont pas le pouvoir d’octroyer. Ce jugement invalide leurs positions et anéantit les tentatives des partisans du régime marocain d’imposer une autre vision. Il s’agit d’une défaite pour le Maroc et ses alliés, mais un triomphe pour le Sahara Occidental et ses soutiens. Cela renforce la légalité internationale, balayant les prétentions infondées de l’autre camp.

L’exploitation des ressources naturelles du Sahara Occidental, notamment les phosphates et les ressources halieutiques, est une question centrale. Comment l’extraction de ces ressources par le Maroc a-t-elle affecté la souveraineté sahraouie et le processus de décolonisation ?
Effectivement, les accords avec certains pays européens ont cherché à transmettre un message implicite de soutien à la gestion marocaine du Sahara Occidental, ce qui a été perçu comme un appui à la domination du régime marocain sur ces territoires. Cela constitue une violation flagrante des droits du peuple sahraoui, détenteur légitime de ces terres et de leurs ressources. C’est une spoliation de ses richesses. La décision de la Cour de justice de l’Union européenne vient donc rejeter logiquement cet abus. Ce jugement réaffirme le droit inaliénable du peuple sahraoui à disposer de ses ressources naturelles, et assure que toute tentative de s’en approprier sans leur accord est une violation des droits internationaux. Ces pratiques non seulement portent atteinte aux droits fondamentaux du peuple sahraoui, mais compromettent également le processus de paix et les efforts pour une résolution pacifique du conflit. Cette position éclaire et expose les comportements abusifs des acteurs soutenant l’exploitation illégale des ressources du Sahara Occidental.

Quelle est l’importance du soutien de l’Algérie dans la protection des ressources naturelles du Sahara Occidental ? Comment cette coopération peut-elle être intensifiée au niveau régional et international ?
La position de l’Algérie est noble et digne, une réalité reconnue non seulement par le peuple sahraoui, mais affirmée depuis longtemps par l’Algérie elle-même. Aujourd’hui, la Cour de justice de l’Union européenne, issue de pays ayant souvent penché en faveur du Maroc, reconnaît publiquement et sans équivoque la légitimité de la position algérienne.
Avant cela, des institutions internationales telles que la Cour internationale de justice, le Comité des Nations unies pour la décolonisation et l’Union africaine avaient également validé ce droit. Cette reconnaissance honore l’Algérie, renforce son statut international, et prouve que les actions du régime marocain ne sont qu’un leurre. Les preuves sont claires et indiscutables. Cela offre un sentiment de paix intérieure et de certitude que cette cause est une question de justice. A cette occasion, nous félicitons non seulement nous-mêmes, mais également l’Algérie, qui a joué un rôle essentiel.

Plusieurs Etats, organisations, ont salué la décision de la CJUE. Un mot à ce propos…
Effectivement, de nombreuses voix ont salué ce jugement malgré les pressions exercées sur certaines parties prenantes. Ce verdict met également en lumière les méthodes scandaleuses utilisées par le régime marocain, qui recourt régulièrement à la corruption et à l’espionnage pour influencer les décisions politiques. Récemment, le Maroc s’est retrouvé impliqué dans des scandales au sein du Parlement européen, accusé d’avoir versé des pots-de-vin à plusieurs députés pour soutenir ses positions sur le Sahara Occidental. En conséquence, certains fonctionnaires marocains sont désormais interdits d’accès au Parlement européen, tandis que plusieurs enquêtes sont en cours pour examiner l’étendue de ces pratiques. Il ne fait aucun doute que le Maroc tente d’acheter des consciences et des soutiens par le biais de l’argent.

Quel est l’impact des efforts du Maroc pour ouvrir des consulats dans le Sahara occidental sur la légitimité du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, notamment à la lumière des décisions récentes de la CJUE ?
En effet, le Maroc tente actuellement d’établir des consulats fictifs dans le Sahara Occidental, espérant ainsi créer une illusion de soutien international à sa cause. Ces consulats, sans véritables missions ni ressortissants à protéger, ne servent qu’à une mise en scène politique. Cependant, les décisions judiciaires, notamment celles de la Cour de justice de l’Union européenne, ont clairement affirmé que cela n’ajoutera rien à la prétendue souveraineté du Maroc sur ce territoire.
Le peuple sahraoui reste l’unique détenteur du droit à l’autodétermination, et aucune manœuvre diplomatique ne pourra changer cette réalité.
Même si le Maroc tentait de rallier tous les États du monde à sa cause, cela ne modifierait en rien la nature juridique du conflit.
En réalité, les lois internationales stipulent que la souveraineté sur le Sahara Occidental appartient aux Sahraouis, et toute décision prise sans leur consentement est nulle et non avenue. Le Maroc a également tenté de contourner des décisions antérieures de la CJUE en se tournant vers des partenaires du Maroc pour appuyer ses positions, mais la CJUE a rappelé fermement que seul le peuple sahraoui devait être consulté, y compris ceux vivant dans les camps de réfugiés, et non les colons marocains installés dans les territoires occupés.
En somme, même si le Maroc installait tous les consulats du monde au Sahara Occidental, cela ne changerait rien à la légitimité des Sahraouis.
Sentant l’échec de sa stratégie, le régime marocain a tenté d’intimider l’Europe en brandissant la menace de la migration, en affirmant qu’il exercerait des pressions si un jugement était prononcé contre lui. Mais cette tactique s’est révélée vaine et la décision finale a exposé la vérité.

Après cette victoire symbolique, on imagine que de nouvelles perspectives sont ouvertes. Quels sont les objectifs du Front Polisario ?
Naturellement, cette décision ouvre de nouvelles perspectives. Le peuple sahraoui est désormais en mesure d’intenter des actions judiciaires contre les entreprises et les parties ayant conclu des accords avec le régime marocain concernant les ressources sahraouies et les droits du peuple sahraoui. Cela permet de soumettre ces cas aux tribunaux pour obtenir des sanctions et offre aux Sahraouis l’opportunité de demander réparation pour les dommages matériels résultant de ces fraudes et de ces accords, qui constituent un véritable vol. Il est impératif de restaurer les biens du peuple sahraoui.

Quelle est la relation entre le droit international et la lutte du peuple sahraoui pour ses droits ? Comment les différentes stratégies peuvent-elles renforcer leur position face à l’occupation marocaine ?
Le droit est toujours bénéfique, car il constitue la base sur laquelle s’appuie toute action. Sans lui, rien ne peut être accompli. Les expériences démontrent que le droit seul ne suffit pas ; il doit être soutenu par un certain rapport de forces. Il est essentiel de résister et de lutter pour faire éclater la vérité. Les détenteurs du droit doivent élever la voix afin d’informer l’opinion publique internationale et lutter sur tous les fronts.
Cela implique l’utilisation de toutes les stratégies possibles, qu’elles soient légales, diplomatiques, politiques ou militaires, jusqu’à la restitution de nos droits.

Comment le régime marocain justifie-t-il sa position sur le Sahara Occidental face aux résolutions des Nations unies ? Quelles en sont les répercussions sur la société marocaine, notamment en lien avec son alliance avec l’entité sioniste ?
Le régime marocain soutient avoir résolu la question du Sahara Occidental, prétendant que la population locale se sent en sécurité et que la communauté internationale lui accorde sa légitimité. Cependant, après cinq décennies, les résolutions des Nations unies continuent de réaffirmer le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. En parallèle, le gouvernement marocain a dilapidé des ressources essentielles pour le développement socio-économique du Maroc, entraînant des manifestations en rapport avec le pouvoir d’achat, les conditions de vie, l’emploi, le chômage… La migration illégale de milliers de jeunes Marocains pour échapper à la réalité illustre parfaitement cela. Cela démontre la fragilité de la réalité interne marocaine.
Les ressources utilisées pour la corruption devraient être mises en place pour des projets qui améliorent les conditions du peuple marocain. Sans les politiques adoptées par le Makhzen, le Maghreb serait aujourd’hui une région harmonieuse et coopérative. A la place, le Maroc a préféré porter atteinte à ses voisins, et cela à travers son envie de changer les frontières par la force, les efforts d’expansion et l’oppression des frères et voisins. C’est une politique coloniale par excellence qui a bouleversé toute la région et les relations entre ses peuples. Et le peuple marocain en souffre.
Le pire, c’est qu’il est tombé dans les bras de l’entité sioniste. Il a tout vendu, même les choses sacrées. Le peuple marocain se révolte contre lui et son régime est menacé par l’injuste politique coloniale qui l’a fait s’allier aux sionistes au moment où ils commettent les crimes les plus odieux. Tous les peuples du monde manifestent contre le sionisme et dénoncent ses actions, alors qu’en est-il d’un peuple lié à la Palestine par les liens de l’islam et de l’arabisme, et que son gouvernement trahit de cette manière ?

Qu’attendez-vous de la prochaine session du Conseil de sécurité de l’ONU le 16 octobre prochain où la question sahraouie sera débattue ?
On espère que les membres du Conseil de sécurité seront en harmonie, sans double standard. On espère qu’ils ne relieront pas cette question avec ces doubles standards. Il faudrait s’inspirer de la décision de la CJUE pour donner une solution définitive et sortir de la routine du dialogue inutile.

Alors que la lutte pour l’indépendance dure depuis des décennies, comment envisagez-vous l’évolution du Front Polisario dans les années à venir ? Quelles réformes ou réorientations stratégiques prévoyez-vous pour faire face aux nouveaux défis ?
Comme vous l’avez remarqué, le droit international n’est pas pris en considération, le monde penche plus vers les conflits résolus militairement. Mais le droit est une source de motivation principale et importante. Cependant, Il est nécessaire de l’accompagner avec une lutte sans relâche pour dissuader les colons. Cela doit se poursuivre peu importe le temps que ca prendra. On aboutira à la victoire un jour. L’histoire est pleine d’exemples similaires, qui démontrent que les luttes populaires finissent par triompher des armées peu importe leur puissance. Parmi ces exemples : l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Vietnam et même aujourd’hui la Palestine. La Palestine, malgré ses souffrances, a remis la question palestinienne au devant de la scène. Elle finira par gagner et c’est pareil pour la RASD et son peuple qui poursuivra sa lutte.

Votre Excellence, avez-vous quelque chose à ajouter …
Je remercie infiniment Alger16 pour son apport à la scène médiatique. Vos couvertures et vos analyses des événements sont à louer. Je vous souhaite beaucoup de réussite. A travers votre média je tiens également à saluer la famille de la presse pour son travail acharné. Les médias sont aujourd’hui un moyen de transmettre la parole et donc un moyen de lutte cruciale. Dans les guerres d’aujourd’hui, de «quatrième génération», l’aspect médiatique est fondamental pour répondre à la diffamation, à la désinformation et aux fake news.

G. S. E. et A. R.

ALGER 16 DZ

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Les ressortissants algériens rapatriés du Liban arrivent à Alger

sam Oct 12 , 2024
Trois-cent-six (306) ressortissants algériens rapatriés du Liban sont arrivés, vendredi à l’Aéroport international Houari Boumediene (Alger), en application des instructions du Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune concernant la prise en charge des membres de la communauté nationale établis dans ce pays. Les ressortissants algériens ont été rapatriés à […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37