Arezki Mekliche. Professeur d’agronomie, à la chaine 3«L’autosuffisance en céréales est un objectif réalisable»

Par G.Salah Eddine

L’autosuffisance alimentaire est un objectif tout à fait atteignable, surtout lorsqu’elle est soutenue par une volonté d’’utilisation des avancées scientifiques, a affirmé mardi dernier le professeur Arezki Mekliche, expert en agronomie.

Professeur à l’École nationale supérieure agronomique d’Alger, M. Mekliche est spécialisé dans les études sur l’impact du phosphore sur les cultures, en particulier le blé dur cultivé dans des sols sablonneux, alcalins et arides.
Dans le cadre de l’émission « L’invité du jour » diffusée par la Chaîne 3 de la Radio algérienne à l’occasion du lancement de la campagne labours-semailles, il a mis en lumière quatre axes essentiels pour atteindre cet objectif : l’élargissement des surfaces irriguées, une gestion rationnelle de l’irrigation, l’amélioration des rendements agricoles, l’adaptation des cultures aux différents microsystèmes présents dans le pays.
M. Mekliche a insisté sur le fait que l’extension des surfaces agricoles ne saurait être suffisante à elle seule. «Il est impératif d’introduire des innovations scientifiques pour identifier les variétés les mieux adaptées à nos conditions climatiques, tout en optimisant l’usage des techniques modernes d’irrigation, surtout face aux défis imposés par la crise climatique que connaît notre agriculture», a-t-il précisé.
L’orateur a mis en avant l’importance de suivre l’itinéraire technique préconisé par le Comité technique national auquel il appartient. Ce plan est «essentiel» pour maximiser les rendements agricoles et minimiser l’impact des défis climatiques et environnementaux sur la production agricole du pays. Cette vision repose sur une synergie entre la science, la gestion rationnelle des ressources et une adaptation fine aux réalités locales, et ce, afin de permettre à l’Algérie de tendre vers une autosuffisance alimentaire durable et résiliente.

Stratégies proactives pour l’autosuffisance
Pour atteindre l’autosuffisance agricole, Arezki Mekliche a insisté sur une approche proactive en encourageant les agriculteurs à ne pas attendre la pluie pour entamer les semences. Il a indiqué que les exploitants équipés de moyens lourds, comme des tracteurs puissants, ont déjà commencé à labourer le sol, ce qui permet de semer aux quatre coins du pays, même en l’absence de précipitations immédiates.
L’expert en agronomie a recommandé aux agriculteurs de s’organiser en coopératives afin de mieux gérer leurs ressources et de maximiser les rendements, particulièrement dans des régions où l’accès à l’eau est irrégulier. Il a rappelé que l’irrigation doit être ajustée en fonction des espèces et des spécificités régionales. Selon lui, il serait judicieux de prioriser les cultures fourragères, telles que l’avoine, l’orge et le triticale, dont le cycle de production dépend moins des conditions climatiques précoces et plus des pluies printanières (avril-mai), essentielles à la biomasse.
En ce qui concerne l’autosuffisance en orge, M. Mekliche a indiqué que l’État a alloué un million d’hectares à cette culture, qui est particulièrement adaptée au climat algérien, moins exigeante en eau et plus tolérante vis-à-vis de la qualité du sol. Il s’est interrogé sur la lenteur du progrès dans cette culture, affirmant que l’orge aurait dû, depuis longtemps, être une culture dominante en Algérie grâce à ses avantages climatiques et agronomiques.

La cartographie agricole, clé de l’autosuffisance céréalière
Dans son analyse de la feuille de route vers l’autosuffisance céréalière de l’Algérie, le professeur Mekliche a pointé du doigt une faiblesse majeure : la cartographie agricole négligée. Il a indiqué que pour réussir cette ambition, les pouvoirs publics doivent impérativement faire respecter les microsystèmes spécifiques à chaque région. En d’autres termes, il est primordial d’adapter les cultures au climat local. «Les agriculteurs ne doivent pas planter n’importe quoi n’importe où», a-t-il insisté, avertissant notamment contre la culture du blé dans des zones à faible pluviométrie, où l’orge prospère naturellement.
L’expert a rappelé l’importance d’appliquer scrupuleusement l’itinéraire technique élaboré par le Comité technique national.
Pour renforcer l’irrigation, il a suggéré l’utilisation de sources alternatives, telles que l’eau épurée, les retenues collinaires ainsi que l’usage de pivots, même sur des petites surfaces de 3 hectares, afin de maximiser les économies d’eau.
Le professeur Mekliche a évoqué aussi les objectifs ambitieux de la campagne agricole en cours, avec 3,7 millions d’hectares prévus pour la culture céréalière, en hausse par rapport aux années précédentes. L’objectif à long terme est d’atteindre une production de 1,5 million de tonnes de blé dur d’ici 2025. L’invité de la Chaîne 3 a noté que l’État a fourni des semences, des engrais et de nombreuses facilités aux agriculteurs. Toutefois, il a appelé à une plus grande solidarité entre agriculteurs via des coopératives, pour renforcer l’efficacité et la productivité, en espérant que des conditions climatiques favorables viendront soutenir ces efforts.
Avec une meilleure gestion des ressources et une adaptation aux microsystèmes régionaux, l’Algérie peut aspirer à une agriculture résiliente et durable.

ALGER 16 DZ

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