Affaire Boualem Sansal: Quand un franco-algérien devient «important» pour Paris

Lors de l’émission décrypte-temps, diffusé, Jeudi dernier sur Canal Algérie, des experts ont analysé l’affaire Boualem Sansal qui fait parler la sphère médiatique en France et en Algérie.
Depuis plusieurs semaines, une affaire complexe et troublante occupe le devant de la scène médiatique, secouant profondément l’opinion publique et mettant en lumière des failles inquiétantes dans les rouages de certaines institutions clés.

L’arrestation de l’écrivain algérien Boualem Sansal à Alger a provoqué une onde de choc, autant en Algérie qu’en France, où la classe politique et les médias se sont emparés de l’affaire pour critiquer l’Algérie. Le cas de Sansal soulève des questions complexes mêlant droit, souveraineté, et géopolitique. Si certains dénoncent une atteinte à la liberté d’expression, d’autres pointent des provocations jugées intolérables dans le contexte algérien.

La base juridique : un acte souverain
Selon Kamel Filali, avocat expert en droit international, l’incarcération de Sansal repose sur l’article 87 bis du code pénal algérien qui sanctionne les atteintes à la sécurité de l’État. Pour Filali, la souveraineté algérienne est non négociable : « Nous sommes un pays indépendant et nos lois s’appliquent à tous, sans exception. » L’avocat rappelle que l’acquisition d’une nationalité étrangère, comme celle de Sansal, ne confère pas une immunité face à des actes perçus comme des menaces à l’intégrité territoriale.
Les propos de Sansal sur les frontières ouest de l’Algérie, remettant en question la souveraineté historique de cette région, sont considérés comme « la provocation de trop ». En revendiquant implicitement une partie du territoire algérien au profit du Maroc, Sansal s’inscrit, selon Filali, dans une logique de déstabilisation. « C’est un territoire pour lequel nous avons combattu et perdu des martyrs », souligne-t-il, rappelant que l’Algérie reste intransigeante sur ces questions.

Un écrivain ou un provocateur ?
Jacques-Marie Bourget, journaliste et écrivain français, apporte un éclairage plus nuancé. Tout en critiquant la qualité littéraire de Sansal, il dénonce l’instrumentalisation de cette affaire en France : « Un écrivain ne bénéficie pas d’une immunité absolue, surtout lorsqu’il s’inscrit dans une démarche ouvertement provocatrice. » Il établit un parallèle avec d’autres écrivains ayant purgé des peines de prison en France, tels que Hervé Ryssen, pour des écrits à caractère néonazi.
Cependant, Bourget va plus loin en qualifiant Sansal de « fasciste » et en pointant le soutien ambigu qu’il reçoit de l’extrême droite française et de certains milieux académiques. Selon lui, cette affaire dépasse la littérature et s’inscrit dans une stratégie politique visant à diaboliser l’Algérie et ses dirigeants.

Une instrumentalisation politique en France
Kamel Mansari, directeur de publication du Jeune Indépendant, souligne l’hypocrisie des soutiens français de Sansal. Pour lui, cet écrivain est devenu un « porte-flambeau d’un nouveau fascisme », jouant sur des discours antimusulmans et antialgériens, très porteurs dans le paysage politique français actuel. « Il alimente une rhétorique de haine, inscrite dans une dynamique électorale en France », affirme M. Mansari.
L’intervenant critique également les déclarations de Sansal sur les frontières, qu’il considère comme une tentative de manipulation de l’opinion publique. « Il prétend que des territoires algériens appartiendraient au Maroc, ce qui est historiquement faux et politiquement irresponsable. » Pour Mansari, cette prise de position n’est pas innocente, mais s’inscrit dans une campagne orchestrée par des soutiens du Maroc, notamment l’extrême droite française et des lobbies pro-israéliens.

Une propagande anti-Algérie
Interrogé par la journaliste sur le fait que cette affaire puisse être une propagande anti Algérie, Amazit Boukhalfa, a répondu positivement assurant que «tout cela est dirigé contre l’Algérie, il existe une conjonction de faits, de propos et de pressions qui ne sont pas innocents».
Selon lui, derrière tout cela se cache une stratégie qu’il ne saurait pleinement décrire, n’étant pas expert, mais il est certain que l’ancienne puissance colonisatrice n’y est pas étrangère. Il explique qu’on retrouve les empreintes de l’ancien colonisateur dans ces démarches.
«Ce n’est pas un hasard si, comme en 1956, toute la classe politique française se lève comme un seul homme pour soutenir des mesures contre l’Algérie, votant les pouvoirs spéciaux d’un même front, réunissant droite, gauche et centre» a-t-il dit.
M. Boukhalfa note également qu’une grande partie de la population française «ne semble pas avoir conscience que l’Algérie est un pays indépendant depuis 1962, avec ses propres lois qu’il faut respecter» informe t-il.
L’historien a pris l’exemple de l’affaire Amira, qui, bien qu’ayant été ‘sacré’ français par le président français, a été arrêté en tant qu’Algérien. «Imaginez un instant que le président Tebboune prenne un citoyen français et le déclare algérien du jour au lendemain. Où irait-on avec ce genre de pratique ? Cela dépasse l’entendement. » A-t-il conclut.

L’illusion nommée «la liberté d’expression»
Interrogé sur les récents développements en France, Kamel Mansouri a pointé du doigt une série de faits illustrant, selon lui, une approche à deux vitesses en matière de libertés. Citant l’affaire du footballeur Youssef Atal, condamné pour avoir exprimé son soutien au peuple palestinien, il a évoqué un système où les personnalités publiques mais aussi de simples citoyens, sont poursuivis pour leurs positions sur la Palestine. «Sur TikTok, combien de personnes brandissant le drapeau palestinien ont été inquiétées ?» s’est-il interrogé. Il a également rappelé l’exemple des supporters du Paris Saint-Germain ayant affiché des tifos en soutien à la Palestine, eux aussi poursuivis en justice.
Pour Mansouri, cette attitude révèle un problème plus profond. «L’Élysée semble agir comme une antenne d’Israël», a-t-il martelé. Il a estimé que des structures comme le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) jouaient un rôle prépondérant dans cette orchestration, établissant un agenda suivi à la lettre par divers acteurs politiques et médiatiques. «Le CRIF, comme le dit l’humoriste Dieudonné, est placé au-dessus de tout, même du soleil», a-t-il ironisé.
M. Mansouri a également dénoncé ce qu’il qualifie de «spirale de répression» visant ceux qui critiquent l’etat sioniste ou défendent la Palestine. Il a cité l’humoriste Dieudonné, accusé d’antisémitisme et banni des scènes françaises pour ses positions. «Par l’humour, et non par des actes politiques, il a dénoncé le colonialisme israélien et s’est retrouvé sous un torrent de haine et de sanctions», a-t-il souligné.

Kémi Seba, déchu de sa nationalité française
Le cas de Kémi Seba, militant panafricaniste d’origine béninoise, a aussi été évoqué. Déchu de sa nationalité française et récemment arrêté, il est, selon M. Mansouri, la preuve que «l’État de droit en France ne s’applique qu’à une certaine catégorie de personnes.»
Sur un autre registre, M. Mansouri a abordé les discours sur les frontières algéro-marocaines, rappelant que les accords de 1972, signés par le Maroc, ont été ratifiés en 1992 après un accord avec le Polisario. Il a critiqué des figures comme Kamel Daoud et Mohamed Sifaoui, qu’il considère comme des instruments médiatiques au service d’une propagande islamophobe. «Charlie Hebdo titre : Reprenez vos imams et rendez-vous vos écrivains. C’est dire qu’ils décident qui sont les intellectuels acceptables», a-t-il déploré.
Enfin, il a mis en lumière le ciblage récurrent de la communauté algérienne par l’extrême droite française, héritière des discours de Jean-Marie Le Pen. «On parle de ‘l’algérianisation de la France’, comme si le problème de l’immigration se résumait aux Algériens. Pourtant, il concerne toutes les communautés», a-t-il affirmé. Selon lui, ce racisme focalisé sur les musulmans algériens alimente un climat de peur et une islamophobie instrumentalisée à des fins politiques.
Pour Kamel Mansouri, ces développements traduisent une politique incohérente et sélective, où liberté d’expression et droits ne s’appliquent pas de manière équitable à tous les citoyens, selon leurs opinions ou leurs origines.

L’intégrité territoriale : une ligne rouge algérienne
L’arrestation de Sansal intervient dans un contexte de tensions diplomatiques accrues entre l’Algérie et le Maroc. La provocation de Sansal, perçue comme une atteinte directe à l’intégrité territoriale algérienne, est venue exacerber ces tensions.
En se présentant en Algérie avec un passeport algérien après avoir tenu de tels propos, Sansal a, selon M. Mansari, franchi un point de non-retour. « Ce n’est pas une coïncidence. Il savait ce qu’il faisait et espérait probablement un coup d’éclat médiatique. »

Un cas symptomatique d’une crise plus large
L’affaire Sansal illustre les tensions profondes qui subsistent entre l’Algérie et la France, mais aussi les divisions internes au sein de l’intelligentsia algérienne. Si certains défendent la liberté d’expression, d’autres insistent sur la nécessité de protéger les symboles et la souveraineté du pays face à des discours jugés nuisibles.
Le cas de Sansal dépasse la simple question juridique. Il incarne un champ de bataille idéologique où se croisent les intérêts nationaux, les ambitions personnelles, et les stratégies politiques internationales. L’arrestation de Sansal pose ainsi une question fondamentale : jusqu’où peut aller la liberté d’expression lorsqu’elle se heurte à des enjeux de souveraineté nationale ?

ALGER 16 DZ

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