Les relations entre la France et l’Algérie sont complexes, marquées par un passé colonial et une guerre d’indépendance douloureuse. Si des liens économiques et diplomatiques subsistent, les tensions persistent sur des sujets sensibles comme les crimes coloniaux et la question du Sahara Occidental. Ces divergences continuent d’influencer le dialogue entre les deux pays aujourd’hui.
Alger16 a échangé avec le responsable de la communication du MSP livrant son analyse sur les relations algéro-françaises actuelles. Il évoque l’acharnement médiatique dont l’Algérie est souvent victime de la part des médias français, ainsi que les enjeux diplomatiques complexes qui façonnent cette relation. Un regard critique sur les dynamiques entre les deux pays et leurs implications pour l’avenir de la coopération.

Entretien Réalisé Par Ammour Ryad
Ces dernières semaines, nous avons observé des attaques médiatiques répétées et virulentes à l’encontre l’Algérie de la part de quelques médias français. Selon vous, quels sont les principaux points de tension entre les deux pays qui expliquent cette intensification des attaques médiatiques ?
L’observateur averti des médias français ne peut ignorer l’acharnement systématique dirigé contre l’Algérie depuis l’arrestation de Sansal. Cette décision, pourtant, relève pleinement de la souveraineté nationale algérienne, qui dispose de toute légitimité pour adopter les mesures qu’elle juge adéquates à l’égard de l’un de ses citoyens. Ces attaques médiatiques, que nous avons tous pu suivre, s’inscrivent dans une dynamique récurrente, soutenue par des acteurs officiels et officieux, usant de rhétoriques sur les droits de l’homme pour dénoncer prétendument des restrictions imposées aux écrivains et aux journalistes algériens.
Cette posture, caractéristique de certains médias français, s’inscrit dans un contexte de dégradation des relations bilatérales. En effet, l’Algérie refuse de se plier aux injonctions françaises, notamment face aux tentatives de construire un avenir commun sur des bases déséquilibrées. Elle aspire, au contraire, à une relation fondée sur le respect mutuel et le principe de partenariat équitable.
Selon vous, ces attaques sont-elles orchestrées par des médias indépendants ou encouragées par des entités politiques françaises ou d’autres parties étrangères ?
Ces attaques médiatiques proviennent de sources tant officielles qu’officieuses et nous imposent de mettre fin à l’illusion selon laquelle certaines parties en France œuvrent sincèrement pour le bien de l’Algérie, ou que seules les franges d’extrême droite s’opposent à notre pays. Une telle affirmation est erronée. La récente visite du président français dans un pays voisin illustre clairement que la France, dans toutes ses composantes, mène une guerre médiatique contre l’Algérie.
Ce constat témoigne de la perte d’influence de la France dans ses propres sphères, ainsi que du déclin de ses relations avec un État autrefois lié par des accords de coopération et de coordination mutuelle. Cette détérioration des rapports demeure aggravée par le poids des dossiers mémoriels non résolus à ce jour qui continuent d’empoisonner les relations bilatérales
Peut-on parler d’un acharnement médiatique français ?
Oui, C’est parfaitement clair, les médias français, ferme délibérément les yeux sur les événements au Moyen-Orient. En effet, à Ghaza, le peuple subit un génocide depuis plus d’un an, et ce, alors que la France joue un rôle actif sur la scène diplomatique. Elle entretient un dialogue privilégié avec l’entité sioniste oppresseur et observe de loin les multiples violations qui s’y déroulent, tout en prétendant donner des leçons de droits de l’homme aux Algériens.
Il est impératif que cesse cette hypocrisie et cette attitude condescendante. Aujourd’hui, les peuples aspirent à exercer leurs droits fondamentaux dans la dignité et la souveraineté. L’Algérie est un État libre et indépendant, et il n’appartient pas aux nations complices de l’entité sioniste, impliquées dans l’extermination d’un peuple entier, de dispenser des leçons en matière de droits de l’homme ou de libertés collectives et individuelles.
De Kamel Daoud à Boualem Sansal, C’est le levier principal exploité par les médias français pour véhiculer leurs messages haineux envers l’Algérie, Un commentaire ?
La question de Kamel Daoud et Boualem Sansal est surmédiatisée par la presse française. Kamel Daoud et Boualem Sansal sont deux citoyens algériens. Le premier affirme que l’Algérie n’a jamais été un État ni une nation, dépassant ainsi toutes les lignes rouges, en plus de ses prises de position controversées. Quant à Kamel Daoud, il a enfreint la loi algérienne à deux niveaux : la divulgation de secrets professionnels et l’exploitation lucrative d’une question humanitaire et historique sur laquelle il est interdit de spéculer.
Au sein du Mouvement de la Société pour la Paix, nous estimons que la France ne devrait pas perdre de temps à s’immiscer dans des affaires internes concernant les Algériens. Si elle souhaite réellement établir des relations solides, celles-ci doivent être fondées sur le respect mutuel de la souveraineté et des principes fondamentaux.
Le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP) a toujours été reconnu pour son engagement en faveur des intérêts de l’Algérie dans diverses circonstances. Quelle est la position officielle de votre parti face à ces attaques médiatiques récentes contre notre pays ?
Au sein du Mouvement de la Société pour la Paix, nous avons toujours été clairs dans chacune de nos interventions. Le président du parti, M. Hassani Chérif, a affirmé avec fermeté que l’Algérie doit assumer pleinement son rôle souverain. Toute coopération ou accord de partenariat visant un avenir commun entre les nations doit impérativement reposer sur un modèle gagnant-gagnant et préserver une indépendance politique totale. Il est inacceptable de céder aux pressions françaises qui cherchent à imposer leur vision comme si l’Algérie demeurait sous tutelle. L’Algérie est un État souverain, libre de prendre les décisions qu’elle juge opportunes pour son intérêt national.
Ainsi, le Mouvement de la Société pour la Paix dénonce ces attaques médiatiques et appelle les autorités françaises à faire preuve de rationalité. Il convient de rappeler que les points de convergence entre les deux pays dépassent largement les sujets de discorde. Dans un contexte international marqué par des menaces croissantes, il est impératif de désamorcer les tensions et de favoriser le dialogue autour des intérêts partagés.
La position de notre mouvement est donc limpide : le respect de la souveraineté algérienne et le rejet des pressions étrangères doivent être les fondements de toute coopération franco-algérienne.
Justement, que devrait faire la France pour désamorcer ses tensions ?
L’Algérie et la France possèdent un passé commun complexe, mais également des intérêts mutuels qui plaident en faveur d’une résolution des différends.
La France, comme nous l’avons toujours exigé, doit prendre en compte trois dossiers essentiels. Le premier concerne la reconnaissance et la réparation des crimes perpétrés durant la colonisation de l’Algérie. Ces questions doivent être résolues avec honnêteté et justice. Il est peu probable que l’arrestation de Selsal soit à l’origine de cette crise, mais la véritable question est de savoir si la France a la volonté sincère d’établir une relation fondée sur le respect mutuel, la liberté, la souveraineté et un partenariat équilibré.
Le prétendu soutien français au plan d’autonomie du Maroc sur le Sahara Occidental a été un point important dans la dégradation des relations, Pensez-vous que l’amélioration des relations franco-algériennes passera seulement par une France qui ne soutien pas les colons ?
Oui, Nous appelons les autorités françaises à revoir leurs interventions et les récentes décisions prises, notamment en ce qui concerne l’autonomie du Maroc sur les territoires sahraouis et la prise de position sur une question qui relève de la Commission de décolonisation des Nations Unies. Il est incompréhensible que les autorités françaises jouent avec un dossier qui constitue un droit fondamental du peuple sahraoui à l’autodétermination. Cette attitude s’inscrit dans une tentative de provocation et de pression continue sur l’Algérie.
Que risque la France si elle ne réévalue pas ses relations avec l’Algérie ?
Il est impératif que la France réévalue ces décisions, car elles ne servent ni ses intérêts ni ceux de l’Algérie. Les relations entre les deux pays sont vastes et les échanges nombreux. Si la France souhaite maintenir sa présence en Afrique et conserver des relations économiques réelles en Afrique du Nord, elle ne doit pas risquer de perdre son partenariat avec l’Algérie. En effet, l’Algérie possède une grande diaspora en France et des relations commerciales substantielles avec le pays. Nous appelons donc les autorités françaises à faire preuve de retenue et à se souvenir des liens historiques et stratégiques qui les unissent à l’Algérie, sinon la France risquerait de se retrouver dans la même situation que d’autres nations qui s’imaginent détenir un pouvoir absolu sur le destin des autres pays.
