Une réflexion percutante surla mémoire et l’histoire coloniale

Samedi dernier, la librairie Chaïb Dzair à Alger-Centre a abrité une rencontre intellectuelle d’une rare intensité, organisée par les éditions ANEP autour de l’ouvrage Les crimes de guerre de la France en Algérie (1830-1847).

L’auteure de cet ouvrage, Karima Aït Dahmane, a captivé le public avec des interventions empreintes de profondeur et de lucidité, abordant des questions essentielles liées à la mémoire, à l’histoire et à leur impact sur les relations franco-algériennes.
Dès le début de son intervention, Mme Aït Dahmane a expliqué le choix du moment de la publication de son ouvrage, paru en octobre 2024. Ce timing coïncidait avec une période de «harcèlement médiatique» sur des questions mémorielles. «C’est à nous, les intellectuels, de répondre», a-t-elle affirmé avec détermination, ajoutant que l’écrit demeure «la meilleure façon» d’opposer une réplique intellectuelle solide et construite.
L’auteure n’a pas manqué d’évoquer les propos récents du président français Emmanuel Macron, qui avait déclaré qu’il n’existait pas de nation algérienne avant la colonisation. Ces affirmations ont été un déclic pour elle : «Quand j’ai entendu ça j’ai dit basta» expliquant que «ma nation, ce n’est pas juste une Constitution, c’est un principe moral. Les Algériens avaient cette union morale pour lutter contre la présence coloniale.»
Une réponse claire et puissante qui réaffirme la profondeur historique et identitaire du peuple algérien, bien avant l’arrivée de la France.

Une violence coloniale sans précédent
L’ouvrage met en lumière une vérité glaçante : aucun acte de conquête n’a été aussi criminel que celui de l’Algérie entre 1830 et 1847. Selon Mme Aït Dahmane, les chiffres français eux-mêmes évoquent entre 400 000 et un million de morts sur une population totale de trois millions à l’époque. «C’est difficile d’avoir un chiffre exact, mais l’ampleur des pertes humaines témoigne de l’extrême brutalité de cette conquête», a-t-elle précisé, appelant à une lecture critique des archives coloniales.
L’écrivaine a également dénoncé l’ambiguïté de certaines figures françaises perçues comme humanistes, à l’instar de Victor Hugo, qui a soutenu l’armée coloniale française. La personnalité de Victor Hugo a été longuement débattue par les intellectuels présents. Certains ont estimé qu’il restait malgré tout un humaniste, notant qu’il n’avait pas manifesté d’hostilité particulière envers les musulmans ou les Algériens. Cette opinion pourrait expliquer la présence persistante de rues portant son nom en Algérie.

Histoire et diplomatie : des leçons à tirer
Enfin, Karima Aït Dahmane a mis en avant l’importance de tirer des leçons de l’histoire pour bâtir des relations diplomatiques plus apaisées entre la France et l’Algérie. «l faut tenir des leçons d’histoire pour des relations diplomatiques, mais aussi pour la reconnaissance de l’histoire», a-t-elle affirmé, insistant sur le rôle fondamental de la vérité historique dans le rapprochement des mémoires.
Cette rencontre avec Karima Aït Dahmane n’a pas seulement permis d’approfondir la compréhension d’une période sombre de l’histoire algérienne ; elle a également été un appel à la réflexion collective. L’ouvrage de cette intellectuelle de renom s’impose comme une pierre angulaire pour revisiter les questions mémorielles et pour répondre, avec rigueur et engagement, aux défis contemporains des relations franco-algériennes.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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