
A plusieurs reprises, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait affirmé que l’approvisionnement de la population en eau potable demeure en tête des priorités de l’Etat.
Le chef de l’Etat avait expliqué que les projets en cours dans le domaine de l’hydraulique, s’agissant notamment des stations de dessalement de l’eau de mer, étaient à même d’assurer un approvisionnement régulier en eau potable pendant au moins 15 ans, sans perturbations, soulignant la possibilité de lancer des projets de transfert d’eau dans le sud du pays.
L’Algérie 1re en Afrique
L’Algérie a occupé, en peu de temps, la première place à l’échelle africaine et la troisième sur le plan arabe en matière de dessalement d’eau de mer, notamment grâce aux stations de dessalement en cours de réalisation au niveau de cinq wilayas. Ces stations permettront de produire 2,5 mds m3 d’eau dessalée par an, pour mettre fin au stress hydrique.
La production nationale d’eau, qui s’élève à près de 11 mds m3/an, est répartie sur 3,4 mds m3 d’eau potable, 600 millions m3 pour l’usage industriel et près de 7 mds m3 destinés à l’usage agricole.
Des décisions objectives
A travers une stratégie et un programme de réalisation de diverses infrastructures hydrauliques, l’Algérie avance à pas constants vers l’atteinte de l’objectif de la sécurité hydrique, Les décisions éclairées du président de la République et sa vision prospective ont permis de prendre une série de mesures pour parvenir à assurer une sécurité hydrique.
Dans les détails, les premières mesures d’urgence dans ce volet étaient la réalisation des puits et forages dans plusieurs wilayas en sus d’un programme de réalisation de stations de dessalement d’eau de mer, tracé à moyen et court termes. Avec 5 grandes stations de dessalement d’eau de mer à travers les wilayas du littoral pour une capacité de production de 300.000 m3/jour chacune, le programme est réalisé sur deux étapes, celle 2022-2024. Le chef de l’Etat a ajouté qu’il est prévu l’entrée en service des ces stations à «la fin de l’année en cours». La deuxième étape 2025-2030, englobant la réalisation de 7 autres stations de dessalement de l’eau de mer affirmant qu’à l’issue de la première étape, l’eau dessalée permettra d’assurer 42% des besoins en eau potable des populations, alors qu’à la fin de la deuxième étape, ce taux atteindra 60%.
Ces stations de dessalement de l’eau de mer assureront l’approvisionnement en eau potable des habitants des wilayas du littoral et ceux des wilayas distantes de 150 km de ces infrastructures.
A signaler que la concrétisation de ces projets et la réalisation des stations de dessalement de l’eau de mer, autrefois confiés à des entreprises étrangères sont désormais assurés par une compétence algérienne.
Secteurs agricoles et industriels
Les efforts se déploient également pour mobiliser l’eau pour les secteurs agricoles et industriels. Une stratégie proposée par le ministère de l’hydraulique afin d’assurer cette denrée vitale à ces secteurs stratégiques reposant sur l’exploitation des eaux usées épurées affirmant de la volonté de son département à œuvrer pour contribuer à la sécurité alimentaire et le développement économique.
Par ailleurs, le groupe Sonatrach a annoncé, en janvier dernier, le lancement de la phase des essais techniques à la station de dessalement de l’eau de mer de Koudiet Eddraouche dans la wilaya d’El Tarf, en prévision du démarrage de la distribution d’eau.
Y. O.
Une Stratégie Visionnaire
Invité de l’émission «Les Pros de l’Éc» sur AL24 News, Sofiane Zaamich, directeur du développement de l’Algerian Energy Company (AEC), filiale de Sonatrach, a mis en avant l’importance du dessalement de l’eau de mer comme solution durable face aux défis croissants liés à l’approvisionnement en eau en Algérie.
Selon lui, cette approche s’inscrit dans une vision stratégique visant à réduire la dépendance aux ressources hydriques conventionnelles, de plus en plus vulnérables aux aléas climatiques.
Le dessalement : une nécessité face aux contraintes hydriques
L’Algérie, un pays à climat aride et semi-aride, subit une pression croissante sur ses ressources en eau douce. Les barrages, qui constituent la principale source d’approvisionnement en eau potable, enregistrent des taux de remplissage insuffisants, en raison des faibles précipitations et de la demande croissante. Dans ce contexte, le dessalement devient une alternative incontournable. Lors de son intervention, M. Zaamich a précisé que l’Algérie dispose actuellement de plusieurs stations de dessalement en fonctionnement, assurant près de 17 % de l’approvisionnement en eau potable. L’objectif des autorités est d’atteindre 60 % d’ici 2030, grâce à un ambitieux programme de construction de nouvelles unités.
Une nécessité économique et environnementale
Dans ce contexte, l’Algérie a adopté une stratégie proactive pour contrer le stress hydrique en misant sur le dessalement de l’eau de mer. Ce choix, soutenu par les autorités publiques, vise à garantir une source fiable et durable d’eau potable pour la population.
M. Zaamich a insisté sur le potentiel considérable de l’Algérie, grâce à son vaste littoral méditerranéen, pour développer une infrastructure de dessalement efficace. «Investir dans le dessalement, c’est garantir une sécurité hydrique à long terme, mais aussi soutenir notre développement agricole et industriel», a-t-il affirmé.
Cependant, il a alerté sur les coûts élevés et l’impact environnemental de ces installations, soulignant la nécessité d’adopter des technologies innovantes et éco-responsables.
Un programme structurant pour une autonomie hydrique accrue
Au fil du temps, l’Algérie a opéré une transition significative vers une plus grande autonomie nationale dans le domaine du dessalement. «En 2021, trois nouvelles stations ont été mises en service à Bateau Cassé, Marsa et Corso, avec une capacité combinée de 150 000 mètres cubes par jour. Ce programme a été réalisé par des entreprises algériennes, notamment des filiales du groupe Sonatrach comme GCB et Cosider Canalisation», a précisé M. Zaamich.
Cette évolution marque un tournant vers une maîtrise locale de la technologie de dessalement.
Le gouvernement algérien a lancé plusieurs projets visant à renforcer la capacité de dessalement à l’échelle nationale. Parmi ces projets figurent la mise en place de cinq nouvelles stations à Alger, Tipasa, Béjaïa, Oran et Skikda. Ces infrastructures, d’une capacité globale de production de plusieurs centaines de milliers de mètres cubes par jour, permettront de soulager la pression exercée sur les barrages et les nappes phréatiques.
M. Zaamich a également mis en avant l’importance d’intégrer des technologies innovantes pour améliorer l’efficacité énergétique du dessalement. Il a notamment évoqué l’utilisation des énergies renouvelables, tels que le solaire et l’éolien, pour alimenter ces infrastructures et réduire leur empreinte carbone.
«Nous avons lancé un premier programme visant une capacité de 2,1 millions de mètres cubes par jour, suivi d’un second programme de 150 000 mètres cubes supplémentaires. Avec les cinq stations en phase finale de travaux, nous atteindrons 3,75 millions de mètres cubes par jour, soit 42 % des besoins en eau potable de la population », a-t-il ajouté.
Un investissement massif pour la sécurité hydrique
L’engagement de l’État algérien dans ce secteur est considérable, avec une enveloppe de 2,4 milliards de dollars consacrée à la réalisation de ces cinq nouvelles stations de dessalement.
«Très peu de pays peuvent investir autant dans le dessalement de l’eau de mer. Ce montant témoigne de la volonté ferme de l’Algérie d’assurer un accès durable à l’eau potable, qui est un droit fondamental pour chaque citoyen», a déclaré Sofiane Zaamich.
L’investissement global dans les 19 stations que comptera le pays d’ici la fin de l’année oscille entre 5 et 6 milliards de dollars. De plus, un nouveau programme prévoyant la construction de six stations supplémentaires d’ici 2030 est déjà en préparation.
Le dessalement de l’eau de mer ne se limite pas à la consommation domestique. Il permet également de préserver les ressources en eau douce pour d’autres secteurs clés tels que l’agriculture et l’industrie.
«Assurer l’approvisionnement en eau potable via des sources non conventionnelles libère les ressources conventionnelles pour d’autres usages, notamment agricoles et industriels. Le développement de nombreuses industries nécessite une ressource hydrique stable et sécurisée», explique Zaamich.
Un leadership continental affirmé
Avec une couverture de 42 % des besoins en eau potable assurée par le dessalement d’e leau de mer, l’Algérie se classe parmi les leaders mondiaux en la matière. M. Zaamich a déclaré : «L’Algérie est aujourd’hui le premier pays africain en capacité de production d’eau dessalée et se classe parmi les dix premiers à l’échelle mondiale. Cette stratégie nous permet de nous prémunir contre les effets du changement climatique et des faibles précipitations.»
Avec cette approche, l’Algérie garantit un approvisionnement régulier en eau potable, même en période de sécheresse, en s’appuyant sur une technologie fiable et durable.
Vers une intégration nationale accrue
Le développement du dessalement de l’eau de mer s’accompagne d’une volonté d’intégrer davantage d’acteurs nationaux dans ce secteur stratégique. Actuellement, le taux d’intégration nationale oscille entre 30 et 40 %, englobant bureaux d’études, fournisseurs, sous-traitants et bureaux de contrôle.
«Nous encourageons l’implication des entreprises algériennes à chaque étape du processus, afin d’acquérir un savoir-faire et de réduire notre dépendance aux technologies étrangères. C’est une fierté pour Sonatrach et ses filiales de contribuer à ce projet d’envergure.»
Avec une stratégie à court, moyen et long terme, l’Algérie s’affirme comme un acteur majeur dans la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable, garantissant à sa population un accès durable à cette ressource essentielle.
Le développement du dessalement en Algérie constitue une réponse stratégique aux défis posés par le stress hydrique.
En diversifiant ses sources d’approvisionnement en eau potable et en investissant dans des technologies adaptées, le pays se donne les moyens de garantir une sécurité hydrique à long terme pour sa population et son développement économique
G. Salah Eddine
