
L’expert géopolitique et économique, Dr Arslan Chikhaoui, a apporté une analyse éclairée des enjeux
du second mandat du Président des Etats-Unis d’Amérique, Donald Trump, lors d’une émission diffusée sur la radio nationale.
Synthèse G. Salah Eddine
«L’âge d’or de l’Amérique». Ce sont les mots qu’a choisis le patron de la Maison Blanche pour son grand comeback. L’investiture de Donald Trump comme 47ᵉ Président des États-Unis marque un tournant stratégique pour le rôle de la nation sur l’échiquier géopolitique mondial. Son discours inaugural, évoquant une Amérique conservatrice mais ultra modernisée s’inscrit dans une dynamique de redéfinition de la puissance américaine, une puissance qui a perdu un semblant de son éclat depuis une décennie au profit d’autres puissances.
Ce second mandat promet un retour à une politique plus protectionniste et axée sur le renforcement de la souveraineté économique. Cette vision s’accompagne d’un recentrage sur les priorités internes, tout en adoptant une posture plus assertive face à la montée en puissance de rivaux systémiques comme la Chine, l’Inde et la Russie.
L’accent mis sur le «Made in America» et une refonte des alliances traditionnelles pourraient redéfinir les relations internationales, poussant les États-Unis à naviguer dans un monde de plus en plus multipolaire, où l’influence américaine doit être réinventée pour rivaliser avec des blocs émergents comme les BRICS.
Le monde d’aujourd’hui pose énormément questions qui attendent des réponses. Dans ce contexte, la politique de Trump et sa diplomatie sont plus que jamais scrutées. Une seule chose est sûre, le monde est à un tournant de son histoire, et le second mandat de Trump pourrait jouer un rôle clé dans cela.
Dr, Chikahoui, expert géopolitique et géoéconomique de renom nous apporte son analyse éclairée des enjeux du second mandat de Trump.
Une vision centrée sur la transformation des États-Unis
«L’âge d’or», selon Dr. Chikhaoui, représente bien plus qu’une simple aspiration économique. «Il faut comprendre cette expression dans son sens large. Elle englobe l’économie, le business, les affaires, mais aussi les valeurs et les repères culturels qui structurent la société américaine.
En affirmant vouloir transformer les États-Unis, Donald Trump cherche à revenir aux fondements traditionnels de la nation américaine», explique-t-il.
Cette transformation, selon le président, est une réponse aux attentes du peuple américain. «Les États-Unis ont élu Donald Trump à une large majorité parce qu’ils voyaient en lui un leader capable d’incarner le rôle de «père de la nation». Sa première photo officielle, entouré de sa famille, illustre cette connexion avec les valeurs familiales, chères aux citoyens», ajoute Dr. Chikhaoui.
Une politique interne axée sur le confort des Américains
Dès les premières heures de son mandat, Donald Trump a annoncé des mesures fortes, notamment l’état d’urgence aux frontières sud du pays. Cette initiative vise à réduire l’immigration clandestine, un enjeu récurrent de sa politique.
« L’immigration est un sujet complexe, présent depuis des décennies. Trump ne se limite pas à des reconduites aux frontières. Il envisage une ‘’immigration sélective’’, inspirée du modèle européen, avec des règles strictes pour contrôler les flux migratoires», analyse Dr. Chikhaoui. «Les mesures qu’il a promises, notamment durant sa campagne, s’inscrivent dans une logique de sécurisation du territoire et de protection du confort des citoyens américains».
Cependant, l’expert nuance : «Même si Trump promet de reconduire jusqu’à
20 % des immigrants clandestins, ce chiffre reste symbolique.
Ces annonces visent aussi à consolider sa position politique et à répondre aux attentes de son électorat».
L’économie, cheval de bataille de Donald Trump
Au centre de sa vision, l’économie demeure la priorité absolue de Donald Trump. L’un des points d’orgue de cette stratégie concerne le contrôle des routes commerciales stratégiques, notamment le canal de Panama. Avec 160 millions de tonnes de marchandises américaines transitant par cette voie en 2024, loin devant la Chine (45 millions de tonnes), Trump voit dans ce passage un levier économique clé.
«En tant que chef d’entreprise, Donald Trump est un ‘’dealman’’, un homme de transaction. Son objectif n’est pas de se réapproprier le canal de Panama, mais de négocier des accords avantageux pour réduire les coûts de transport et contrôler les flux commerciaux», explique Dr. Chikhaoui. Cette stratégie s’étendra probablement à d’autres passages stratégiques, comme le détroit d’Aden ou les routes arctiques.
«L’objectif est de réduire l’inflation tout en renforçant la compétitivité économique des États-Unis. La Chine, bien qu’un rival économique, pourrait être un partenaire dans certains accords stratégiques», précise-t-il.
Une stratégie de «Smart Power»
Alors que la Chine apparaît comme un rival majeur, Trump prône une approche pragmatique. «Nous ne sommes plus dans une logique de ‘’hard power’’ ou de ‘’soft power’’.Trump adopte une stratégie de ‘’smart power’’, combinant diplomatie, négociations et influence», affirme Dr. Chikhaoui.
Le smart power est une stratégie géopolitique sophistiquée qui combine intelligemment les dimensions du hard power (coercition militaire et économique) et du soft power (attractivité culturelle, diplomatique et idéologique) pour maximiser l’influence et l’efficacité d’une nation sur la scène internationale.
La présence du vice-président chinois à l’investiture témoigne de l’importance de ces relations bilatérales. Une visite présidentielle en Chine est déjà annoncée, laissant entrevoir un «gentleman agreement » entre les deux puissances. «La rivalité entre les États-Unis et la Chine pourrait évoluer vers une coopération mutuellement avantageuse, notamment sur des thèmes économiques et stratégiques», anticipe-t-il. L’Afrique, territoire de compétition entre les grandes puissances, pourrait être un autre théâtre d’application de cette stratégie. «L’économie américaine et sa politique étrangère seront réorientées vers des accords stratégiques. Trump cherchera à renforcer la présence américaine en Afrique pour contrebalancer l’influence croissante de la Chine», souligne Dr. Chikhaoui.
Ne plus dépendre des ressources du Moyen-Orient
Le Moyen-Orient a toujours occupé une place centrale dans les calculs stratégiques des grandes puissances en raison de ses vastes ressources naturelles et de sa position géographique stratégique.
Pour Donald Trump, cette région représente avant tout un levier économique. Dr. Chikahoui note :
«Trump agit comme un chef d’entreprise pragmatique, priorisant les intérêts économiques et géopolitiques des États-Unis.»
L’illustration parfaite de cette logique est la tentative de Trump d’acquérir le Groenland. Bien que géographiquement éloignée du Moyen-Orient, cette ambition traduit une quête de contrôle sur les ressources naturelles :
«Ce qui l’intéresse réellement, c’est le pétrole, le gaz, les minerais stratégiques et les terres rares. Pourquoi ? Parce que sinon, ce sera la Chine.»
Ce même raisonnement s’applique au Moyen-Orient, où les États-Unis cherchent à sécuriser leur accès aux ressources fossiles tout en contrant l’influence croissante de la Chine.
Et l’Iran alors ? Eh bien, la politique américaine au Moyen-Orient sous Trump vise à contenir l’influence iranienne. L’administration américaine a multiplié les sanctions économiques contre Téhéran et soutenu des alliances militaires pour limiter son expansion.
Trump a adopté une posture agressive, mais sans chercher une confrontation militaire directe. Dr. Chikahoui note :
«Trump vise à contenir l’Iran par des alliances économiques et militaires, tout en évitant de s’engager dans un conflit ouvert qui nuirait aux intérêts américains. »
La Cisjordanie et la Palestine : une question cruciale
Cette incertitude s’entrelace avec l’avenir de l’Autorité palestinienne, une entité actuellement fragilisée par les pressions internationales et les décisions unilatérales.
Dr. Chikahoui souligne que son rôle pourrait être profondément redéfini dans un contexte de nouvelles dynamiques géopolitiques.
Le plan de paix proposé par Donald Trump, surnommé le «Deal of the Century», s’inscrit dans cette logique de reconfiguration.
Visant à restructurer les relations israélo-palestiniennes, il repose sur un soutien économique conditionnel. Toutefois, l’absence de dialogue direct entre les parties concernées réduit considérablement les chances d’une résolution durable.
Dans ce cadre, un enjeu crucial demeure : le financement des reconstructions à Ghaza. Sur ce point, Dr. Chikahoui met en lumière la stratégie transactionnelle de Trump :
«47 milliards de dollars sont sur la table pour Ghaza. Mais qui va payer ? Les monarchies du Golfe, car comme le dira Trump, cela leur fera payer la sécurité».
Les monarchies du Golfe, partenaires traditionnels des États-Unis, se retrouvent ainsi sollicitées pour assumer une part importante des coûts.
En échange, elles bénéficient du parapluie sécuritaire américain, un arrangement qui permet à Washington de limiter ses dépenses directes tout en consolidant son influence dans la région.
Cette intrication des questions politiques, économiques et stratégiques souligne l’approche complexe mais pragmatique des États-Unis, où chaque décision vise à maximiser les bénéfices tout en maintenant un équilibre délicat dans une région en perpétuelle ébullition.
Trump et la Russie : vers une détente ?
Sur le dossier russo-ukrainien, Dr. Chikahoui estime que Trump pourrait favoriser une résolution rapide du conflit, en s’appuyant sur les accords de Minsk II :
L’Ukraine a perdu la guerre, qu’on le veuille ou non. Trump va probablement aller vers une logique de détente avec la Russie.» Selon lui, cette détente repose sur la reconnaissance mutuelle des forces : «La Russie est une puissance militaire, non pas économique. Trump pourrait trouver un terrain d’entente avec Poutine.» Le pragmatisme de Trump, souvent critiqué, pourrait néanmoins offrir une issue à un conflit qui s’enlise, tout en consolidant les intérêts stratégiques américains. Les sanctions du bloc occidental sur la Russie pourraient être levées. A noter que ces sanctions, bien que sévères, n’ont pas vraiment impacté l’économie russe qui, au contraire, a connu une progression remarquable.
L’Europe en nouveau rival ?
Trump adopte une posture beaucoup plus conflictuelle envers l’Europe, qu’il considère comme affaiblie par une série de crises internes : «L’Europe traverse une crise de repères, de valeurs et de leadership. Pour Trump, la puissance militaire du futur, ce n’est pas l’Allemagne ni la France, mais la Pologne.» indique Dr. Chikhaoui. Les taxes douanières et les relocalisations industrielles illustrent cette volonté d’affaiblir l’Europe économiquement pour renforcer les États-Unis. L’expert note : «Trump impose des taxes sur des produits européens, comme le vin, tout en favorisant des investissements aux États-Unis. Il veut rapatrier les industries automobiles depuis la Chine. »
Cette logique met en péril les ambitions européennes de redéveloppement industriel dans un cadre régional, accentuant la rivalité transatlantique. En tous cas, les instances européennes prônent de plus en plus un détachement de l’influence américaine. Elles espèrent plus que jamais pousser l’Europe à être
l’égale des Etas-Unis.
Une politique ambitieuse mais risquée
Donald Trump entame son second mandat avec une vision ambitieuse de «l’âge d’or de l’Amérique». Cette transformation repose sur des réformes économiques internes, un contrôle accru des flux migratoires et une redéfinition des relations internationales. Pour Dr. Chikhaoui, «si cette politique peut réussir à court terme, elle dépendra de la capacité de Trump à maintenir un équilibre entre pragmatisme économique et stabilité diplomatique». Ainsi, le mandat de Trump ne se limite pas à un retour à un passé idéalisé. Il ouvre une ère de transformation profonde pour les États-Unis, où chaque décision façonnera durablement la place de l’Amérique dans un monde en mutation. Reste à voir si cette vision, teintée de promesses d’un nouvel «âge d’or», sera capable de résister aux forces centrifuges de la globalisation et aux défis d’un ordre mondial en pleine redéfinition.
G. S. E.
