
Lors d’une émission diffusée sur la chaîne de télévision AL24 News, plusieurs experts ont analysé en profondeur l’affaire dite de «l’Escobar du Sahara», un scandale aux ramifications internationales qui met en lumière le trafic de drogue en provenance du Maroc et son expansion vers les pays voisins, notamment l’Algérie.
L’affaire du réseau international de trafic de drogue au Maroc, connue sous le nom «Escobar du Sahara», s’est récemment invitée devant la justice marocaine. Pourtant, de nombreux analystes s’accordent à dire que ces procès relèvent d’une simple mise en scène orchestrée par le régime pour détourner l’attention des véritables responsabilités du Makhzen dans cette affaire.
Un trafic d’une ampleur internationale
Selon les investigations menées, le Maroc est l’un des plus grands producteurs et exportateurs de cannabis au monde, avec une production annuelle estimée entre
40 000 et 60 000 tonnes, d’après les chiffres des Nations unies et d’autres organismes spécialisés.
Pour le politologue Mohamed Lahcen Cherif, cette économie parallèle n’est pas seulement une source de revenus pour des réseaux criminels, mais aussi un instrument politique :
«Le Maroc ne se contente pas d’inonder les marchés européens et américains. L’un des objectifs stratégiques du régime est de cibler l’Algérie, en y introduisant des quantités massives de stupéfiants, dans l’espoir de provoquer des crises sociales et sanitaires. La saisie de plus de 200 tonnes de drogue destinées à l’Algérie au cours des deux dernières décennies illustre cette stratégie.»
L’Espagne, porte d’entrée du cannabis marocain en Europe, suit également de près ce dossier. Un journaliste d’investigation espagnol a récemment publié un livre révélant des connivences directes entre le régime marocain et les grands barons de la drogue. Selon lui, «des témoignages et des documents accablants montrent que des hauts responsables du Makhzen sont impliqués jusqu’au cou dans ce trafic. Il est impossible qu’une telle économie illicite puisse prospérer sans l’aval des autorités.»
Un procès de façade pour masquer un scandale d’État
Si le régime marocain a ouvert un procès contre certains trafiquants, les experts s’accordent à dire qu’il ne s’agit que d’une opération de communication, initiée sous pression internationale après les révélations médiatiques.
Le chercheur en sciences politiques Mohamed Chérif Daroui va plus loin en affirmant que cette affaire n’est qu’un écran de fumée :
«Pourquoi cette affaire éclate-t-elle aujourd’hui, alors que la justice marocaine n’a jamais été prompte à juger les grands scandales
du régime ? C’est un moyen de détourner l’attention de la crise interne : une situation sociale explosive, une colère populaire croissante et, surtout, des rumeurs persistantes sur l’état de santé du roi Mohammed VI.»
Une corruption qui gangrène le sommet du pouvoir
L’ampleur de cette affaire dépasse le simple trafic de drogue. Selon l’activiste marocain Badr Aidoudi, le Maroc est aujourd’hui sous la coupe d’une «mafia d’État», où les barons de la drogue exercent une influence directe sur les décisions politiques :
«Ce n’est plus un simple problème de contrebande. Nous parlons d’une véritable prise en otage de l’État marocain par des cartels qui infiltrent les cercles du pouvoir. Des figures politiques et militaires, voire des membres de la famille royale, sont directement impliquées dans ce système. L’affaire ‘’Escobar du Sahara’’ n’est que la partie émergée d’un gigantesque iceberg de corruption.»
Parmi les noms cités, des personnalités influentes du régime, dont des figures proches du palais royal, seraient directement impliquées dans ce réseau criminel.
L’implication du Maroc dans la corruption en Europe
Les scandales liés au Maroc ne se limitent pas à ce trafic de drogue. Le Qatargate, qui a éclaté en 2022, a révélé que Rabat a tenté d’acheter l’influence de députés européens par des pots-de-vin massifs. Cette affaire est toujours en cours d’investigation dans plusieurs pays de l’Union européenne.
Mohamed Chérif Daroui a noté :
«Le Makhzen ne recule devant rien pour défendre ses intérêts. En plus du trafic de drogue, il s’adonne à la corruption à grande échelle pour influencer les décisions politiques en Europe et laver son image.»
Une industrie criminelle sous couverture d’État ?
Ce narcotrafic, loin d’être un simple commerce illicite géré par des réseaux criminels indépendants, certains experts estiment qu’il s’agit d’une véritable stratégie du gouvernement marocain. Cette stratégie ambitionne d’affaiblir ses voisins tout en consolidant une économie parallèle qui profite directement au régime marocain.
L’analyste politique et expert stratégique Mohamed Cherif Daroui a mis en avant une donnée troublante : «Les prix des drogues acheminées vers l’Algérie sont nettement inférieurs à ceux pratiqués en Espagne ou dans d’autres pays de l’Union européenne.» Selon lui, cette différence de tarification n’est pas le fruit du hasard mais le signe d’une offensive ciblée contre l’Algérie, où l’objectif dépasse largement le simple profit économique.
Le lien entre narcotrafic et terrorisme est également un élément clé de cette problématique. M. Daroui a précisé que les groupes terroristes opérant au Sahel tirent une partie substantielle de leurs revenus du commerce de la drogue. «Le Maroc, en cherchant à s’allier à ces groupes, poursuit une stratégie expansionniste visant à accroître son influence sur le cours des événements dans la région.» Cette approche lui permet de jouer un rôle plus important sur l’échiquier sahélo-saharien en manipulant les flux de stupéfiants et les alliances locales.
Une politique de légalisation en trompe-l’œil
Pour M.Mohamed Lahcen, analyste politique, l’instauration par le Maroc d’une loi sur la régulation du cannabis n’est qu’une façade destinée à masquer une réalité bien plus sombre. Cette mesure, introduite il y a trois ans sous l’impulsion du roi Mohamed VI, permet au pays de prétendre à une légitimité internationale tout en continuant à exploiter une industrie illicite florissante. M. Lahcen a rappelé que le chiffre d’affaires visé par le royaume s’élève à 40 milliards de dollars, un montant qui montre bien l’ampleur du phénomène et son rôle central dans l’économie marocaine.
Mais les répercussions de cette politique ne s’arrêtent pas aux frontières du pays. L’Espagne, destination privilégiée du cannabis marocain, commence à réagir. Lors de la récente réunion ministérielle européenne sur la lutte contre la drogue à Cadix, plusieurs associations ont appelé Madrid à prendre des mesures contre le trafic en provenance du Maroc. L’expert a estimé que cette pression internationale pourrait bientôt contraindre Rabat à rendre des comptes.
Un régime gangrené par le narcotrafic
Si les accusations de collusion entre le pouvoir marocain et le narcotrafic restent difficiles à prouver officiellement, Badr Al-Aidoudi, activiste marocain, a révélé que des fuites et des rapports confidentiels mettent en cause plusieurs personnalités proches du roi.
Selon lui, «jusqu’à présent, il n’existe aucune preuve directe impliquant Mohammed VI, mais sa propre sœur a été citée dans des rapports confidentiels et des services de renseignement évoquent son rôle central dans ce réseau tentaculaire».
Fouad Ali El Himma, conseiller influent du roi, est également soupçonné d’être un acteur clé de ce système, ce qui a poussé la DEA américaine à ouvrir une enquête d’ampleur internationale.

En interne, quelques purges ont eu lieu, visant des figures secondaires du milieu politico-économique, comme Saïd Naciri et Abdellatif Hammouchi, mais selon Al-Aidoudi, ces actions ne sont qu’une tentative de diversion : «Les véritables instigateurs restent intouchables.»
Plus inquiétant encore, il a affirmé que les profits générés par le narcotrafic permettent au Maroc d’exercer une influence sur des institutions internationales. Par le biais de financements occultes, le royaume infiltrerait des clubs sportifs, des organisations politiques et des lobbies africains et européens pour étendre son emprise et asseoir sa position sur la scène internationale.
Une pression internationale grandissante
Jusqu’à présent, le Maroc a réussi à contenir les critiques grâce à une diplomatie habile et des alliances solides, notamment avec l’Union européenne et les États-Unis. Toutefois, la montée en puissance des dénonciations, notamment en Algérie, en Espagne et aux États-Unis, pourrait bien ébranler ce fragile équilibre.
Selon Mohamed Cherif Daroui, la mise en lumière de ces affaires par l’ONU et l’Union africaine pourrait forcer Rabat à revoir sa stratégie. Mais tant que le régime marocain continuera de tirer profit de cette économie parallèle, il est peu probable qu’un véritable changement ait lieu. Reste à savoir jusqu’où la communauté internationale est prête à aller pour contrer un système qui, à terme, menace non seulement l’Algérie, mais aussi la stabilité de toute la région.
Un dispositif clandestin au service des ambitions marocaines
Mohamed Chérif Droui, analyste politique et expert en stratégie, a mis en lumière le fonctionnement des services de renseignement marocains, régis par ce que l’on appelle le «Fonds de gestion des affaires internationales». Ce fonds occulte, selon lui, a été alimenté par des ressources issues du trafic de drogue, du blanchiment d’argent et de connexions, directes ou indirectes, avec des groupes terroristes.
«Les revenus générés ont servi à financer des réseaux d’influence, des agents et des lobbyistes au service du régime», a expliqué Daroui. Contrairement à d’autres agences de renseignement opérant sous des normes strictes, les services marocains auraient franchi des limites éthiques que d’autres évitent d’atteindre.
Le Maroc a ainsi poursuivi une politique hostile à l’égard de l’Algérie, multipliant les tentatives de déstabilisation. «Chaque diplomate marocain en poste à l’étranger a dû démontrer sa capacité à influencer négativement la politique étrangère de l’Algérie», a-t-il révélé. Une cellule spécifique, au sein des ambassades marocaines, aurait été dédiée au suivi de la diplomatie algérienne.
Un isolement diplomatique grandissant
Badr Al-Aïdoudi, activiste marocain, a souligné que le Maroc s’est retrouvé dans une posture de plus en plus isolée sur la scène internationale. «Le régime marocain ne se limite pas à l’achat de consciences par des moyens financiers, il recourt aussi à l’intimidation et au chantage», a-t-il affirmé. Toutefois, ces stratégies ont eu des effets contre-productifs, aggravant l’isolement du pays.
Le Maroc a vu ses relations se tendre avec plusieurs pays voisins, notamment la Tunisie, la Libye et la Mauritanie, cette dernière ayant réagi à de nouvelles taxes douanières imposées par Rabat. En Europe, les tensions avec l’Espagne se sont accrues, les partis politiques espagnols, qu’ils soient de droite ou de gauche, ayant exprimé des réserves quant à la coopération avec le Maroc.
Au niveau continental, l’alliance entre l’Algérie et l’Afrique du Sud a renforcé la pression sur Rabat. «Lors du 38e sommet de l’Union africaine, le Maroc a subi un revers diplomatique marquant», a précisé Al-Aïdoudi, rappelant les efforts de Mohammed Yassine Mansouri, chef du renseignement extérieur marocain, pour contrer l’influence algérienne.
Scandales et tensions en Europe
Les scandales liés au Maroc n’ont cessé de se multiplier en Europe. L’affaire «Morocco Gate» et l’utilisation du logiciel espion Pegasus ont continué à provoquer des remous. «En Espagne, la presse et la justice poursuivent leurs enquêtes sur les liens du Maroc avec le cyberespionnage et la corruption politique», a indiqué Mohammed Lahcen, analyste politique. De hauts responsables espagnols, y compris le président du gouvernement Pedro Sánchez, ont été visés par Pegasus, renforçant les soupçons de chantage exercé par Rabat. «Cette situation limite la capacité des autorités espagnoles à adopter une position ferme contre le Maroc», a ajouté Lahcen.
Par ailleurs, la pression exercée par les syndicats des forces de l’ordre espagnoles illustre une inquiétude croissante face aux trafiquants de drogue marocains, perçus comme une menace pour la sécurité nationale. «Le cas des deux agents de la Guardia Civil tués en mer par un contrebandier marocain est emblématique de ce laxisme», a-t-il rappelé.
Une stratégie à bout de souffle
Alors que le Maroc persiste dans ses stratégies d’intimidation et d’influence, son modèle de gouvernance semble atteindre ses limites. «Le régime marocain tente de projeter l’image d’une justice indépendante, mais les faits démontrent une réalité tout autre», a insisté Lahcen, citant un rapport du journaliste espagnol Andrés Luthan.
Selon ce dernier, les saisies de drogue annoncées par Rabat ne seraient qu’une opération de communication visant à dissimuler l’implication des autorités marocaines dans ce commerce illicite. Sur le continent africain, l’Algérie pourrait jouer un rôle central dans la dénonciation de ces pratiques au sein des instances internationales, notamment l’Union africaine et le Conseil de sécurité de l’ONU.
En définitive, le Maroc se retrouve aujourd’hui face à une résistance accrue des acteurs internationaux. Son modèle de manipulation et d’achat d’influence, longtemps efficace, semble ébranlé par les révélations et la mobilisation de nouveaux contre-pouvoirs diplomatiques et judiciaires.
G. Salah Eddine
