
L’Algérie peut-elle enfin atteindre l’autosuffisance alimentaire ? Le gouvernement, sous la direction du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, conscient de cette réalité, avait placé cette question au cœur de son programme politique, dès son investiture en 2019.
Un vaste plan agricole été lancé pour exploiter plus d’un demi-million d’hectares et attirer les investissements. Une stratégie ambitieuse qui pourrait changer la donne pour la sécurité alimentaire du pays, réalisable oui, quels sont les défis à relever et le pays peut-il réellement se passer des importations de blé. Aujourd’hui, analysant les mesures du gouvernement pour renforcer sa production agricole et atteindre l’autosuffisance, alors que prévoit ce plan et quels sont ses impacts ?
120 000 hectares de terres agricoles aux investisseurs
Dans une déclaration, en janvier dernier, Mohamed Amezian Lanasri, directeur général de l’Office national des terres agricoles (Onta), avait annoncé que l’Algérie allait allouer cette année 120 000 hectares de terres agricoles aux investisseurs, l’objectif est de stimuler la production de cultures stratégiques comme le blé, le maïs et la bettrave sucrières, mais ce n’est pas tout. Le gouvernement compte aussi récupérer plus de 500 000 hectares de terres inexploitées, c’est terres seront proposées aux investisseurs via une plateforme numérique ce qui devrait faciliter l’accès aux projets agricoles. En parallèle, les autorités ont conclu des accords de régularisation sur 96% des terres en litige ce qui a permis d’attribuer des droits de concession à plus de
200 000 investisseurs sur une total de 2,3 millions d’hectares.
l’Algérie, le plus grand importateur de blé
Un projet ambitieux. Peut-on réellement atteindre l’autosuffisance alimentaire avec ces mesures ? Actuellement, l’Algérie est l’un des plus grands importateurs de blé au monde selon la FAO. Chaque année, le pays consomme entre 9 à 12 millions de tonnes de blé dont la majeure partie est importée principalement de la Russie. Rien qu’en 2023, la facture des importations alimentaires a atteint 10 milliards de dollars, un poids énorme pour l’économie. Pourquoi une telle dépendance ? Principalement à cause de la sécheresse qui impacte fortement la production locale. Le pays se voit obligé d’augmenter ses importations pour couvrir près de 30% de ses besoins alimentaires. Conscient de ce problème, le gouvernement, sous la présidence de Abdelmadjid Tebboune, veut y remédier, soulignant qu’un des obstacles majeurs pour l’Algérie c’est bien les changements climatiques. Avec des périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes, la production agricole peine à suivre la demande. C’est pour cela que l’Etat mise sur des partenariats stratégiques. En avril dernier, un accord avec le Qatar a été signé pour un projet de production de lait en poudre à hauteur de 3,5 milliards de dollars, 3 mois après, l’Algérie conclut un autre accord avec l’Italie pour booster la production de céréales et de pâtes alimentaires avec un investissements de 420 millions d’euros. Au-delà de l’agriculture et dè l’arrivée de la nouvelle direction du pays en 2019, le pays cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures, visant ainsi une croissance de 5% dans les activités non pétrolières cette année et pour y parvenir plusieurs mesures ont été mises en place : une réduction des impôts pour les entreprises émergentes, une augmentation de dépenses d’investissement et le lancement d’une plateforme numérique pour les investisseurs agricoles. L’Union européenne représente aujourd’hui 24% des investissements étrangers en Algérie et les entreprises européennes commencent à s’intéresser à ces nouvelles opportunités agricoles.
Un budget record
Le PIB agricole a augmenté de 2023 à 2024 atteignant 37 milliards de dollars, un bon pas déjà pour le pays qui aspire à devenir autosuffisant en blé dur un produit essentiel pour la consommation locale. L’Etat met les moyens, un budget record de 113 milliards de dollars pour 2025, des efforts pour attirer les investisseurs et moderniser le secteur agricole mais le défi principal reste la mise en œuvre efficace de ces plans.
L’Algérie a un potentiel agricole énorme avec des terres arables vastes et des investissements en hausse. Enfin, entre la sécheresse et les défis logistiques, le gouvernement est sur la bonne voie avec ses nouvelles réformes et partenariats et, en installant une politique agricole efficace et durable, il pourra permettre au pays de réduire sa dépendance alimentaires et faire un grand pas vers l’autosuffisance.
A. R.
