
Lors de l’émission «Hadith Al Djazair» diffusée vendredi soir sur la chaîne de télévision Al24 News, des experts ont réagi aux récentes interventions médiatiques du célèbre historien français Benjamin Stora, qui a insisté sur la gravité des crimes coloniaux en Algérie.
Les relations franco-algériennes connaissent une nouvelle zone de turbulences, marquée par la réapparition du débat sur les crimes coloniaux. Cette fois, c’est l’historien français Benjamin Stora qui alimente la discussion en reconnaissant, dans une récente déclaration à la presse, l’ampleur des atrocités commises par la France durant son occupation de l’Algérie.
Un Contexte Diplomatique Tendu
Le timing de ces révélations n’est pas anodin. Comme l’a souligné le professeur Samir Bouaïssa, spécialiste en sciences politiques et relations internationales :
«Il est essentiel d’analyser la conjoncture dans laquelle ces déclarations émergent. Si les relations entre les deux pays étaient sereines, il aurait peut-être observé un devoir de réserve. Mais face à l’escalade des tensions, notamment du côté français, Stora a jugé nécessaire de briser le silence et de rétablir une vérité historique indéniable.»
Ce contexte de crispation est amplifié par l’apparition d’un courant politique français cherchant à minimiser, voire glorifier, la période coloniale.
Les faits rapportés par Stora ne sont pourtant pas nouveaux. Ce qui choque, c’est leur confirmation par un historien dont la voix porte dans le débat public. Il met en lumière l’usage d’armes chimiques par l’armée française au XIXe siècle, la répression sanglante des insurrections et le caractère systématique des massacres. Le professeur Anis Boukaïder, expert en géopolitique, rappelle cette réalité en la comparant à d’autres crimes de guerre :
«La France s’indigne encore aujourd’hui du massacre d’Oradour-sur-Glane, où 642 civils furent tués en 1944 par les nazis. Mais que dire alors des enfumades pratiquées en Algérie dès 1845 ? De la répression des soulèvements, comme celui de 1871 ? Ces crimes ont marqué chaque étape de la colonisation et relèvent de véritables actes de génocide.»
Selon lui, la colonisation française en Algérie se distingue par sa volonté d’extermination des populations locales pour asseoir un projet de peuplement européen.
Un Modèle de Domination Totale
Loin d’être un épisode de «civilisation», comme le revendiquent certains nostalgiques, la présence française en Algérie fut une entreprise de dépossession systématique. L’exploitation économique, notamment dans l’agriculture, en est une illustration frappante :
«L’Algérie, autrefois grenier à blé de l’Europe, a vu ses terres transformées en vignobles et en cultures destinées à l’exportation pour le bénéfice exclusif de la métropole», a expliqué Anis Boukaïder.
À cela s’ajoutent les essais nucléaires français menés en territoire algérien, dont les conséquences sanitaires et écologiques persistent encore aujourd’hui.
L’ombre du passé sur le présent
Les déclarations de Stora prennent une dimension politique plus large. Elles interviennent alors que la droite et l’extrême droite françaises ravivent le débat sur la colonisation, refusant de reconnaître la responsabilité de la France.
Le professeur Bouaïssa a déclaré :
«L’émergence d’un courant politique prônant la réhabilitation de la colonisation a poussé Stora à s’exprimer. La tentation du révisionnisme historique en France est inquiétante, et cela explique les réactions vives qu’ont suscitées ces déclarations.»
L’historien français n’est pas le seul à avoir brisé ce tabou. Le journaliste Jean-Michel Aphatie a récemment osé établir une comparaison entre les crimes coloniaux français et ceux du régime nazi. Son audace lui a valu une mise à l’écart médiatique.
Un Passé que la France Refuse d’Assumer
La réaction française face à ces prises de position révèle une volonté de censure. La mise à l’écart d’Aphatie illustre l’incapacité de la France à affronter son propre passé.
«Dès qu’un intellectuel ou un journaliste ose évoquer cette période sous un prisme critique, il est immédiatement sanctionné. La liberté d’expression en France semble s’arrêter là où commencent les intérêts de l’ancienne puissance coloniale», dénonce le professeur Bouaïssa. Ce constat trouve un écho dans le cas de Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, dont les prises de position critiques envers la politique étrangère française lui ont valu une marginalisation dans les médias.
Un point central de cette controverse reste l’accès aux archives coloniales. Actuellement sous contrôle français, ces documents pourraient révéler des vérités encore plus accablantes.
«Si la France ouvrait ses archives, l’ampleur des crimes coloniaux serait mise en lumière. Ce serait une onde de choc pour l’opinion publique, d’où cette résistance farouche à toute initiative de transparence», affirme Anis Boukaïder.
La question mémorielle entre l’Algérie et la France demeure donc un sujet brûlant, où l’histoire se heurte encore aux enjeux politiques contemporains.
Vers une Vérité Historique Inévitable
Les déclarations de Benjamin Stora s’inscrivent dans un processus de reconnaissance tardif, mais nécessaire. Face aux tentatives de minimisation, voire de négation du passé colonial français, la vérité historique s’impose avec force.
Comme le souligne le professeur Bouaïssa : «La France ne pourra indéfiniment fuir son passé. Tôt ou tard, la vérité s’imposera, car les faits sont têtus et l’histoire finit toujours par rattraper ceux qui tentent de la travestir.»
Une chose est sûre, les bruits qui sortent des sphères de l’extrême droite française peuvent parler, et faire des plateaux de télévision pour dénigrer la gravité de la colonisation mais l’histoire ne s’efface jamais.
G. Salah Eddine
