Refus d’extradition de Bouchouareb par la France: Le paradoxe

Lors de l’émission «L’échiquier International» diffusé vendredi sur la Chaîne AL24 News, des députés algériens ont fustigé l’escalade des tensions dans les relations franco-algériennes, des escalades dont le principal responsable est l’extrême droite française.

La crise diplomatique entre l’Algérie et la France entre dans son septième mois, marquée par des tensions croissantes et une escalade verbale entre responsables politiques des deux pays. À l’origine de cette dégradation, la montée en puissance de l’extrême droite française et les attaques répétées contre l’Algérie par certains députés français.
Mohammed Hani, député algérien, a exprimé une indignation profonde face à une déclaration récente d’un parlementaire français ayant qualifié l’Algérie d’«État voyou». «Tous les Algériens ont été scandalisés par de tels propos», a-t-il déclaré. Il a dénoncé une campagne de haine menée par l’extrême droite et la droite dure en France, alimentée par une idéologie colonialiste persistante.
Cette hostilité s’est manifestée à travers des menaces explicites, notamment sur le gel des fonds et des biens appartenant à des Algériens en France. Selon Hani, «l’extrême droite cherche à accéder au pouvoir sur le dos des Algériens, en propageant la haine, le racisme et le fascisme». Il a pointé également du doigt l’attitude du président français, coupable, selon lui, d’un silence complice face à ces attaques répétées contre l’Algérie.

Une justice à deux vitesses et des tensions diplomatiques
L’affaire des commissions rogatoires adressées par l’Algérie à la France illustre, selon Mohammed Hani, un dysfonctionnement profond dans la coopération judiciaire entre les deux pays. Il a rappelé que sur 25 demandes officielles envoyées par la justice algérienne concernant des affaires de corruption impliquant des personnalités algériennes en France, aucune n’a reçu de réponse.
Il a dénoncé ainsi une «justice à deux vitesses», pointant le paradoxe entre la rapidité des expulsions de ressortissants algériens et l’inertie française face aux demandes algériennes de collaboration judiciaire. Cette inertie contraste avec l’attitude d’autres pays européens qui, eux, coopèrent activement avec Alger.
Saad Lannani, député algérien à l’étranger, partage ce constat et s’en prend au ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau, accusé de confondre ses prérogatives en s’immisçant régulièrement dans la politique étrangère, notamment sur la question algérienne. Selon lui, «il est actuellement en train de gérer les affaires intérieures et, en même temps, d’imposer son idéologie d’extrême droite sur le gouvernement français». Il a regretté le mutisme du président français face à ces dérives.

Une crise politique française exploitée à des fins électorales
Pour Mohammed Hani, cette surenchère anti-algérienne n’est qu’un écran de fumée destiné à masquer les difficultés internes de la France. «Le régime de Paris se rabaisse à instrumentaliser la question algérienne pour faire oublier la crise sociale, économique et politique que traverse la France», a-t-il affirmé.
Il a rappelé que l’Assemblée nationale française est aujourd’hui fragmentée, sans majorité stable, obligeant le gouvernement à négocier avec des factions allant du Rassemblement National à une partie de la gauche. Cette instabilité politique renforce, selon lui, le recours aux polémiques et aux déclarations populistes, notamment sur les questions liées à l’Algérie.

Un acte perçu comme unilatéral et injustifié
La décision récente du gouvernement français de suspendre l’accord de 2007 sur les titres de voyage officiels suscite de vives réactions parmi les députés algériens. Pour Saad Lannani, député algérien à l’étranger, cette suspension révèle une stratégie politique bien plus large. «Bien évidemment, cette décision cache une arrière-pensée pernicieuse de Paris», a-t-il affirmé, pointant du doigt un gouvernement français en difficulté, incapable de résoudre ses problèmes internes et cherchant des boucs émissaires ailleurs.
Selon lui, cette mesure s’inscrit dans une tendance plus large d’escalade politique, où les autorités françaises instrumentalisent les tensions avec l’Algérie pour masquer une crise nationale grandissante : dette publique alarmante, taux de chômage élevé et affaiblissement sur l’échiquier international. «Le pouvoir français cherche à réunir sa société autour d’une menace extérieure supposée», a-t-il ajouté.

Une focalisation disproportionnée sur l’Algérie
Mohammed Hani, également député, a dénoncé une «forte focalisation» sur l’Algérie concernant les obligations de quitter le territoire français (OQTF). Selon lui, les chiffres démontrent que d’autres pays du Maghreb n’ont pas de meilleurs taux de coopération en matière de laissez-passer consulaires. Pourtant, c’est bien l’Algérie qui se retrouve systématiquement au cœur du débat politique français.
«L’Algérie est l’un des premiers pays à respecter les accords signés», a souligné M. Hani. Toutefois, il pointe du doigt le non-respect par la France des protocoles diplomatiques en vigueur : «Les préfectures expulsent des Algériens sans passer par les canaux officiels, violant ainsi les accords signés entre nos deux pays.» Cette situation, selon lui, contribue à alimenter un climat de tension et d’injustice ressenti par la communauté algérienne en France.
Mohamme d Hani voit dans ces tensions une stratégie électorale française. «À chaque échéance électorale, la question algérienne refait surface», a-t-il observé. L’extrême droite en France profite de ces polémiques pour asseoir son discours anti-immigration, attisant un climat de suspicion envers la communauté algérienne et les binationaux. «On assiste à une montée en puissance du discours xénophobe, voire fasciste», a prévenu l’orateur.

Un passé colonial qui pèse toujours sur les relations
Par ailleurs, Saad Lannani a estimé que la politique française vis-à-vis de l’Algérie est encore marquée par un «complexe colonial» non digéré. «Ils sont encore dans les années 60, incapables d’accepter une Algérie pleinement souveraine», a-t-il déclaré. La fermeté affichée par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune dans la défense des intérêts algériens dérange, selon lui, un pouvoir français habitué à dicter ses conditions.
En particulier, il dénonce la contradiction flagrante de Paris, qui exige la coopération algérienne sur les expulsions, mais refuse d’appliquer les demandes judiciaires algériennes concernant des criminels en fuite ou des biens mal acquis. «Quand l’Algérie demande la restitution de ses biens spoliés, Paris reste muet», s’est-il indigné.

L’Algérie face à un nouvel ordre géopolitique
Dans un contexte où la place de la France sur l’échiquier mondial semble fragilisée, les députés algériens voient une opportunité pour leur pays de renforcer sa position. «L’Algérie a tout intérêt à se positionner intelligemment dans ce nouvel ordre géopolitique», a affirmé Lannani. Selon lui, la meilleure réponse à ces attaques injustifiées est de renforcer l’unité nationale et d’affirmer les capacités stratégiques et économiques de l’Algérie.
Cette nouvelle crispation entre Paris et Alger illustre une fois de plus la complexité des relations entre les deux pays, entre intérêts économiques, enjeux historiques et tensions politiques exacerbées par les stratégies électorales françaises. Si l’Algérie demeure attachée à un dialogue constructif, elle entend bien ne plus céder face aux tentatives de pressions extérieures.
Le climat de tensions entre Alger et Paris ne semble pas près de s’apaiser, tant que la classe politique française continuera d’exploiter la question algérienne à des fins électorales. D’un côté comme de l’autre, la crispation demeure, et la perspective d’un apaisement rapide paraît incertaine. Les relations entre les deux pays, historiquement complexes, traversent une nouvelle phase de turbulences, laissant planer un doute sur l’avenir de leur coopération.
G. Salah Eddine

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