
Michel Platini et l’ex-président de la FIFA, Sepp Blatter, ont de nouveau été acquittés en appel par la justice suisse dans l’affaire d’escroquerie qui avait compromis en 2015 les ambitions du Français de diriger le football mondial.
Âgés respectivement de 69 et 89 ans, les deux hommes ont écouté en silence la greffière de la Cour d’appel extraordinaire de Muttenz rendre une décision identique à celle de 2022 : les accusations d’escroquerie, de gestion déloyale, d’abus de confiance et de faux dans les titres sont rejetées.
Ce nouvel échec du ministère public, qui avait requis 20 mois de prison avec sursis, laisse une dernière possibilité de recours en cassation devant le Tribunal fédéral suisse, mais uniquement pour des motifs juridiques restreints. «Après deux acquittements, le parquet fédéral doit reconnaître l’échec de cette procédure. Michel Platini mérite enfin la tranquillité sur le plan pénal», a déclaré son avocat, Me Dominic Nellen.
Il a rappelé que cette enquête avait eu des répercussions majeures sur la vie personnelle et professionnelle du triple Ballon d’Or, l’empêchant notamment de briguer la présidence de la FIFA en 2016, ouvrant ainsi la voie à l’élection surprise de Gianni Infantino, son ancien bras droit à l’UEFA.
L’affaire portait sur un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) que Platini aurait perçu illégalement de la FIFA. La défense et l’accusation s’accordaient sur le fait que Platini avait bien conseillé Blatter entre 1998 et 2002, avec un contrat signé en 1999 prévoyant une rémunération annuelle de 300 000 francs suisses, intégralement versée. Mais en 2011, Platini a réclamé une somme supplémentaire de 2 millions, considérée comme une «fausse facture» par l’accusation.
Blatter et Platini ont toujours affirmé qu’un accord oral» prévoyait un salaire annuel d’un million de francs suisses, mais que la FIFA n’était pas en mesure de payer la totalité à l’époque. «Il valait son million», a insisté Blatter devant la Cour, tandis que Platini a raconté sur le ton de l’humour qu’il avait proposé un million de la devise de son choix», ce à quoi Blatter aurait répondu «un million de francs suisses».
Le procureur Thomas Hildbrand avait souligné l’incohérence avec le contrat de 1999 et les pratiques habituelles de la FIFA. Il avait aussi mis en avant des audits montrant que l’organisation disposait de réserves financières suffisantes pour régler cette somme bien avant 2011. Cependant, la Cour a estimé que les deux hommes avaient livré des témoignages globalement cohérents et que la rémunération de Platini était plausible au regard de sa notoriété et de son expérience. L’absence de preuve démontrant un avantage personnel pour Blatter a également pesé en faveur de l’acquittement. Malgré les suspicions de corruption évoquées par l’accusation, notamment le soutien de Platini à la réélection de Blatter en 2011, aucune preuve tangible n’a été apportée, scellant ainsi un nouvel échec pour le parquet.
A. Amine
