
Alors que la planète cherche des solutions pour assurer un avenir énergétique plus propre, le lithium, souvent qualifié « d’or blanc du XXIe siècle », s’impose comme un élément central de cette révolution. Composant essentiel des batteries électriques, il conditionne le développement des véhicules zéro émission, du stockage énergétique et des technologies bas carbone.
Dans ce contexte, l’Algérie se positionne avec ambition sur l’échiquier des nations minières stratégiques. Forte de récentes découvertes dans son Grand Sud, elle entend capitaliser sur ses richesses souterraines pour construire un nouveau pilier économique fondé sur l’innovation, la durabilité et la souveraineté énergétique.
En effet, dès 2024, les premières explorations géologiques ont permis d’identifier 29 gisements significatifs de lithium et d’autres minéraux critiques dans les régions méridionales, notamment dans le massif de l’Ahaggar. Cette percée scientifique et technique ouvre des perspectives industrielles majeures, à l’heure où la demande mondiale pour ce métal explose, avec une estimation de 3,3 millions de tonnes par an à l’horizon 2030.
« La valorisation de notre potentiel minier, en particulier celui des minerais stratégiques comme le lithium, s’inscrit dans notre stratégie de diversification économique. Le Grand Sud recèle de ressources exceptionnelles, notamment dans la région du Hoggar, que nous devons exploiter de manière durable et structurée. » a martelé, le ministre de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, M. Mohamed Arkab, lors d’un récent point de presse.
Une stratégie portée par la science et consolidée par la volonté politique
L’ambition algérienne ne s’arrête pas à l’extraction. Le défi est plus vaste : construire une véritable filière industrielle locale, de la prospection à la fabrication de batteries, en passant par la transformation et la recherche appliquée. Une telle approche intégrée permettra de générer une valeur ajoutée nationale, d’attirer des investissements internationaux et de développer une expertise scientifique de pointe.
C’est dans cette optique qu’a eu lieu, récemment, une rencontre stratégique entre le ministre Arkab et le professeur Karim Zaghib, chercheur algéro-canadien de renommée mondiale et figure incontournable de la technologie des batteries lithium-ion.
À l’issue de cet entretien, Karim Zaghib a tenu à saluer l’engagement de l’État algérien :
« Ce que j’ai vu en Algérie, c’est une volonté politique affirmée, portée par une vision scientifique claire. L’exploitation du lithium ne doit pas être une simple opération d’extraction. C’est une opportunité pour bâtir une économie du savoir, créer des synergies industrielles et asseoir la souveraineté énergétique de l’Algérie sur les décennies à venir. »
Il a ajoute avec conviction :
« Le président Abdelmadjid Tebboune a montré un intérêt sincère et stratégique pour le développement de technologies liées aux batteries, à la valorisation des minerais tels que le lithium, le fer et le phosphate. L’Algérie a toutes les cartes en main pour devenir un acteur régional de référence dans l’industrie des énergies propres. »
Un tournant économique à structurer
La transition énergétique mondiale ouvre un nouveau cycle géoéconomique où les pays riches en métaux critiques auront un rôle de premier plan. Pour l’Algérie, le lithium représente bien plus qu’une richesse naturelle : c’est un levier de transformation économique, technologique et industrielle.
Mais le chemin est exigeant. Il faudra structurer une chaîne de valeur complète – exploration, transformation, formation, innovation – et mobiliser des partenariats solides avec des acteurs publics et privés, nationaux et internationaux. L’objectif : ne pas se contenter d’exporter des matières premières, mais produire localement des composants à forte valeur ajoutée, et surtout créer des emplois qualifiés.
En tous cas, l’Algérie a aujourd’hui une occasion unique d’opérer un véritable changement de paradigme. Grâce à une vision stratégique, une mobilisation scientifique incarnée par des figures comme Karim Zaghib, et une volonté politique qui s’affirme avec clarté, le pays s’apprête à écrire un nouveau chapitre de son développement : celui de l’indépendance énergétique, de la diversification économique et de l’innovation souveraine.
G. Salah Eddine
1 kg de lithium équivaut à 60 000 barils de pétrole
Enfoui dans les immenses étendues salées du pays, mais aussi dans les étendues rocheuses du Sahara,
le précieux lithium pourrait bien représenter l’avenir énergétique de l’Algérie.
A l’heure où les enjeux de la transition énergétique et du développement durable s’imposent, rares sont les ressources naturelles aussi convoitées que le lithium. Cet élément chimique léger est en effet la clé de voûte des batteries des véhicules électriques et d’une partie du stockage des énergies renouvelables. D’après les conclusions d’une étude menée récemment par le professeur Messaoud Hacini, de l’universitaire d’Ouargla, l’Algérie pourrait réserver d’agréables surprises en ce qui concerne les réserves de ce métal si prisé. L’exploration minutieuse des saumures salées des grands chotts désertiques du pays a en effet mis au jour des concentrations non négligeables de lithium. «Ce métal se trouve dans les saumures des chotts sud algériens avec des concentrations de 29 ppm pour la cuvette de Ouargla, de 20 à 40 ppm dans les différents sites du chott Melghir et culmine à 66 ppm au niveau du site Hamraya du chott Merouane», nous dit Hacini. Pour le professeur, ces teneurs peuvent paraître modestes comparées aux grands gisements du «triangle du lithium» en Amérique du Sud où les concentrations moyennes oscillent entre 200 et 400 ppm, elles représentent néanmoins un potentiel substantiel à valoriser.
«Ces résultats sont encourageants pour la continuité de l’exploration du lithium dans les saumures algériennes, même celles de l’Algérie du Nord, à l’image des chotts Hodna et Echergui», a indiqué le spécialiste, actuellement chercheur au sein du laboratoire de géologie de l’université. Car en plus de représenter une source d’énergie propre efficace comme combustible nucléaire, «une masse de 1 kg de lithium équivaut à 60 000 barils de pétrole», le lithium est surtout la pierre angulaire des batteries Li-ion qui feront tourner les millions de véhicules électriques à venir.
L’or blanc du Sahara algérien
L’utilisation croissante du lithium dans les batteries pour les véhicules électriques devrait en faire le principal marché pour ce métal pendant le XXe siècle», explique le professeur. Une demande qui ne cesse de croître à mesure que les constructeurs automobiles élargissent leur gamme de véhicules zéro émission. Ce besoin exponentiel en lithium attise d’ores et déjà les convoitises à travers le monde. Le «triangle du lithium» qui concentre les deux tiers des réserves mondiales fait l’objet d’une véritable ruée vers ce nouvel or blanc». Mais de nouveaux gisements prometteurs sont sans cesse explorés.
C’est dans cette optique que les études menées par les centres de recherche algériens revêtent une importance stratégique pour l’avenir énergétique du pays. «L’évaluation du potentiel minier en lithium de ces milieux, notamment dans les saumures salées, devient une nécessité évidente», conclut-il. Un travail de prospection géologique qui ne fait que commencer donc, mais qui pourrait bien permettre à l’Algérie de s’inscrire durablement dans la transition énergétique en cours, en exploitant ce trésor lithique insoupçonné. Dans une annonce faite il y a quelques jours, le ministère de l’Énergie et des Mines a affirmé avoir enregistré des résultats encourageants lors des explorations préliminaires menées sur des gisements de lithium contenus dans des roches des régions de Tamanrasset et In Guezzam, au cœur du Sahara.
Un levier économique
Cette découverte pourrait représenter un véritable levier économique pour le pays, les premières estimations tablant sur un potentiel d’exportation se chiffrant en milliards de dollars. Les relevés géologiques et les études approfondies réalisées sur ces sites reculés du Sud algérien n’ont pas seulement permis de confirmer la présence de concentrations exploitables de lithium, mais également mis au jour toute une panoplie d’autres minéraux rares et stratégiques.
C’est ainsi que les experts ont pu identifier dans le sous-sol des réserves substantielles de wolfram, de tungstène, de niobium et de tantale. Des minerais de haute valeur ajoutée aux applications hightech convoités par les industries de pointe. Ces découvertes prometteuses sont le fruit d’un travail de prospection mené en étroite collaboration par des équipes algériennes et chinoises, dans le cadre d’un partenariat technique et minier entre les deux pays.
R. N.
