Crise Politique entre l’Algérie et le Mali: Un Contexte de Tensions Accrues

Les relations entre l’Algérie et le Mali, bien qu’elles aient été historiquement fraternelles, semblent s’être largement détériorées ces dernières semaines. Tout cela a commencé en apparences le jour où un drone armé malien a franchi la frontière algérienne avant d’être abattu à deux kilomètres de l’espace aérien national, ce qui a ravivé des tensions déjà palpables entre les deux pays.

Par G. Salah Eddine

Lors d’un entretien accordé samedi à la Chaîne de Radio 3, Abdelaziz Medjahed, ancien général-major et directeur de l’Institut national d’études de stratégie globale (INSEG), est revenu en détail sur la crise algéro-malienne actuel.
Qualifié par le ministère de la Défense nationale (MDN) de « troisième offensive de ce type » en provenance du Mali, cet acte a été perçu comme un affront de trop, provoquant une réaction immédiate et résolue d’Alger.

La riposte diplomatique ne s’est pas fait attendre
Le Mali, soutenu par ses alliés régionaux – le Niger et le Burkina Faso –, a procédé au rappel de ses ambassadeurs à Alger, tandis que la suspension des exportations vers l’Algérie a ajouté un poids symbolique à cette démarche. En réponse, l’Algérie a réagi en rappelant ses diplomates de Bamako et de Niamey, et en gelant la nomination de son nouvel ambassadeur à Ouagadougou. Ces gestes échangent plus que des signaux diplomatiques : ils marquent un tournant dans les relations entre ces deux nations voisines, traditionnellement liées par des enjeux de sécurité et des préoccupations géopolitiques communes.
La situation a été exacerbée par les déclarations du gouvernement malien de transition, un régime militaire soutenu par la Russie, via son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Le Mali a accusé l’Algérie de soutenir le terrorisme, une accusation qui semble déconnectée de toute réalité factuelle. Ce terme, « terrorisme », qui revêt des significations variées selon les perspectives, illustre les divergences profondes entre les deux nations. En effet, le Mali désigne certains groupes touaregs, notamment ceux opérant dans le nord du pays, comme des factions terroristes, tandis que l’Algérie, fidèle à sa politique de soutien aux droits des peuples autochtones, considère ces mêmes groupes comme des représentants légitimes d’une part importante de son héritage culturel et ethnique. Ce fossé idéologique sur la question des Touaregs n’est pas simplement une question de terminologie ; il touche à des enjeux bien plus vastes concernant l’autonomie régionale, la souveraineté et la définition même de ce que constitue la lutte contre le terrorisme.
Cet épisode, loin d’être un simple accident diplomatique, pourrait bien marquer le début d’une série de tensions prolongées entre l’Algérie et le Mali. Ce qui semble aujourd’hui n’être qu’une dispute frontalière pourrait se transformer en une véritable fracture géopolitique, avec des répercussions de grande ampleur pour toute la région du Sahel.
Ce face-à-face entre deux visions du Sahel, une vision algérienne défendant les principes d’unité ethnique et de solidarité régionale, et une vision malienne marquée par un régime autoritaire qui veut faire ses marques, risque de redéfinir les contours de la politique sahélienne pour les années à venir.
En tous cas, Abdelaziz Medjahed, ancien général-major et directeur de l’Institut national d’études de stratégie gGlobale (INSEG), a décrypté en détail cet événement.

Le Drone Malien : la Provocation de Trop ?
M. Abdelaziz Medjahed a mis en lumière la gravité de l’incident en soulignant que ce n’était pas la première violation de l’espace aérien algérien par un drone malien. Selon lui, « ce n’est pas la première fois que cela arrive, mais c’est la troisième violation en quelques mois. » Il a estimé que l’absence de coordination entre les pays de la région concernant ces survols d’engins militaires est non seulement irresponsable mais pourrait également avoir des implications géopolitiques plus larges.
Il a précisé que le drone a pénétré le territoire algérien avant de faire une trajectoire offensive, ce qui, pour lui, constitue une menace « hostile ». « Les responsables algériens membres du SEMOC ont suffisamment sensibilisé l’ensemble des acteurs sur la sensibilité de la chose », a-t-il indiqué, insistant sur l’importance de respecter les accords régionaux et de garantir la sécurité collective.
L’Algérie, qui a toujours prôné la stabilité et la sécurité dans le Sahel, a dû réagir fermement face à cet incident. Le pays a abattu le drone, une décision qui a provoqué des répercussions diplomatiques majeures. En réponse, le Mali, ainsi que le Burkina Faso et le Niger, ont retiré leurs ambassadeurs d’Alger. Cette escalade diplomatique montre clairement que les relations entre les pays du Sahel sont devenues de plus en plus fragiles, notamment en raison des différends concernant la sécurité et la gestion des ressources militaires.

Une « Diplomatie de Connivence »
Au-delà de la question des drones et des violations de l’espace aérien, Medjahed va plus loin en abordant la situation complexe du Sahel. Il parle d’une « diplomatie de connivence » entre certains acteurs internationaux et les groupes terroristes opérant dans la région.
Pour lui, cette connivence ne fait qu’aggraver la situation et exacerber les tensions locales. « Il faut arrêter la connivence et apporter tous les éclairages nécessaires sur les maux de cette région », dit-il, soulignant que les puissances internationales ont leur part de responsabilité dans l’aggravation des conflits en Afrique du Nord et au Sahel.
M. Medjahed a critiqué également certains pays, notamment le Maroc, pour leurs déclarations erronées et leurs accusations envers l’Algérie. Il a rappellé que des accusations infondées ont été portées à l’encontre de l’Algérie, notamment par le représentant marocain à l’ONU, qui a qualifié l’Algérie de « parrain du terrorisme ».
Medjahed a en outre dénoncé ce type de « falsification des faits » et a mis en évidence la responsabilité des puissances étrangères dans le soutien à des groupes terroristes à travers la contrebande de drogues et d’armes. Il insiste sur le fait que l’Algérie, fidèle à son engagement de soutien à la stabilité en Afrique, ne doit pas être accusée à tort.
Les Défis à la Frontière Algéro-Malienne
La question de la frontière entre l’Algérie et le Mali est également un point sensible. Cette frontière, longue de 1 360 kilomètres, est non seulement mal délimitée mais également parcourue par des populations transfrontalières qui appartiennent aux deux pays. Selon M. Medjahed, cette situation géographique complexe rend la gestion des tensions entre les deux pays encore plus difficile. L’interdépendance des populations locales et les défis sécuritaires qui en résultent rendent cette frontière un enjeu géopolitique majeur.
De plus, M. Medjahed a appellé à une meilleure gestion des frontières, tout en soulignant que les élites locales doivent jouer un rôle clé dans la recherche de solutions. Il a évoqué des figures emblématiques de l’Afrique, comme Modibo Keïta et Thomas Sankara, pour rappeler que l’histoire et les luttes politiques de la région ne doivent pas être oubliées dans les décisions actuelles.

La Position de l’Algérie
L’Algérie, selon M. Medjahed, reste fidèle à ses principes de souveraineté et de respect de l’intégrité des territoires. Le pays a toujours prôné un « nouvel ordre mondial » plus équilibré et juste, et il continue de lutter pour la stabilité régionale. Il a insisté sur l’importance de la diplomatie dans la résolution des conflits, rappelant que « la lutte contre le terrorisme est l’affaire de tous », et que la politique militaire seule ne résoudra pas les problèmes politiques au Mali.
Le général-major à la retraite appelle également à une plus grande solidarité entre les pays du Sahel. Il a considéré que la situation actuelle dans la région est due à un manque de coordination entre les pays concernés, ce qui a permis à des forces extérieures de s’infiltrer et de manipuler les événements. Medjahed a plaidé pour une action concertée et un engagement politique plus fort pour la sécurité et la paix durables dans la région.

L’Avenir du Sahel entre Défi et Espoir
La crise actuelle entre l’Algérie et le Mali est un reflet des défis complexes qui secouent le Sahel depuis des décennies. Entre ingérences étrangères, malentendus diplomatiques et tensions militaires, l’avenir de la région reste incertain. Cependant, les propos de Medjahed montrent qu’il existe encore une possibilité de trouver une solution par la coopération, la coordination et un retour à la politique. Si les pays du Sahel réussissent à surmonter leurs divergences et à mettre en place des mécanismes de coopération plus solides, l’espoir d’une stabilité durable n’est pas hors de portée.
G. S. E.

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