L’Ensemble Senâa de musique andalouse : Une première bougie en hommage à Mohamed Khaznadji

Une atmosphère empreinte d’émotion et de raffinement a enveloppé le Palais de la culture Moufdi-Zakaria, jeudi dernier, à l’occasion d’un concert dédié à la musique andalouse dans sa variante senâa. L’événement, marqué par la célébration du premier anniversaire de l’Ensemble Senâa a également servi de cadre à un hommage appuyé à l’un des doyens les plus respectés de cette tradition musicale : Cheikh Mohamed Khaznadji, dont l’influence et l’engagement ont profondément marqué des générations de musiciens.

Portée par l’énergie d’un public nombreux, fervent et fidèle, la soirée a réuni plusieurs figures emblématiques de la scène andalouse algérienne. Deux formations ont partagé l’affiche : l’Association des Beaux-Arts d’Alger, dirigée par le violoniste et chef d’orchestre El-Hadi Boukoura, et l’ensemble hôte, Senâa, dirigé par Seddik Mekhiouba, également initiateur de cette rencontre culturelle soutenue par le ministère de la Culture et des Arts, ainsi que celui de la Jeunesse. Avant que les premiers accords ne résonnent dans la grande salle, la troupe Zorna Boutka, menée par Belkacem Boutka, a ouvert le bal avec des sonorités populaires puissantes et festives, perpétuant la tradition de quatre générations d’artistes dévoués à la sauvegarde du patrimoine musical algérien. Une entrée en matière énergique qui a immédiatement plongé l’audience dans l’ambiance chaleureuse et solennelle du concert. C’est ensuite sous les regards admiratifs du public et de personnalités présentes – parmi lesquelles le comédien Athmane Bendaoud et le chanteur chaâbi H’cissen Saâdi – que les musiciens de l’Association des Beaux-Arts ont pris place. Guidés par El-Hadi Boukoura, ils ont exploré le mode Raml El-Maya à travers une série de pièces sélectionnées pour leur richesse mélodique et leur profondeur poétique. Les morceaux Li Allah Wekelt Amri et Ma rit fel’m’lah ont particulièrement touché le public, suivis de kh’lasset interprétées avec virtuosité, comme Laâiba el-horo biya ou Koum Tara. La prestation s’est conclue en beauté avec la taâlila Mohamed Mohamed, un clin d’œil émouvant au regretté musicologue et maître Noureddine Saoudi, disparu en 2024, qui appelait de ses vœux à ce que chaque concert de musique andalouse se termine par une invocation prophétique. La deuxième partie de la soirée a vu entrer en scène les musiciens de l’Ensemble Senâa, une jeune formation qui rassemble pourtant quatre générations d’artistes. Leur programme, dédié au mode Mezmoum, a mis en valeur une belle palette de pièces classiques comme Ana ôchqati fi soltane, Afnani dhal’hob, Sahi hana el waqt, Ya rohi wa ya ray’hani, Ya moqabil, ou encore Koudoum el-habib. Chaque interprétation a été soignée, précise, vibrante de passion. Parmi les moments forts de la soirée, l’intervention de la petite Leila Bey, âgée de seulement cinq ans, a profondément ému l’assistance. Sa prestation de Ma kountou adri, morceau de type kadiriya, a impressionné tant par l’aisance scénique que par la justesse de l’interprétation, illustrant à merveille la transmission intergénérationnelle au cœur de la musique andalouse. Le concert s’est poursuivi avec les voix puissantes et nuancées de M’Barek Dekhla et Abdelmadjid Boumaza. Le premier, originaire de Annaba, a livré deux joyaux du malouf de l’Est algérien, Bellahi ya hamami et Bellah ya banou el-werchane, tandis que le second, professeur chevronné à l’Association des Beaux-Arts, a conquis le public avec une série de pièces dans le mode Zidène, dont Ya Mohamed Ya Sid Ahmed, Bism Allah b’dit en’zemmem et Qalbi ma wella, qui ont fait vibrer la salle. L’enthousiasme du public n’a cessé de croître tout au long de la soirée, saluant notamment la prestation exceptionnelle d’Ayoub Rouab, jeune pianiste virtuose promis à un avenir brillant, et celle d’Abdelghani Halouat, percussionniste aguerri et élève du maître Debbah Alilou. Ce dernier a démontré une maîtrise rythmique impressionnante, alliant rigueur métronomique et finesse d’exécution. Dans son mot de clôture, Seddik Mekhiouba a rappelé que l’association Senâa avait vu le jour en hommage à Cheikh Mohamed Ben Ali Sfindja (1844-1908), figure historique de la musique andalouse algérienne, dans une volonté de faire vivre et rayonner un patrimoine qui appartient à tous. Ce moment solennel a été suivi par une cérémonie de remise de distinctions : Cheikh Mohamed Khaznadji a été honoré pour l’ensemble de son parcours, tandis que les artistes participants ont reçu des trophées de reconnaissance, témoins de la gratitude d’un public et d’un pays qui refuse de laisser mourir ses trésors culturels.
Cheklat Meriem

ALGER 16 DZ

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