Sahara Occidental – ONU : Le droit à l’autodétermination réaffirmé

Invité de l’émission « L’échiquier international », diffusée dimanche soir sur la chaîne AL24 News, le diplomate sahraoui M. El-Kanti Balla a souligné le discrédit grandissant du projet marocain d’autonomie au Sahara occidental, désormais perçu sur la scène internationale comme un échec politique et diplomatique.
Alors que les regards de la communauté internationale convergent de nouveau vers le Sahara occidental, la conférence internationale organisée à Genève par le Conseil des droits de l’Homme sur la décolonisation a permis aux voix sahraouies de réaffirmer avec clarté l’inaliénabilité du droit à l’autodétermination. Parmi ces voix, celle du diplomate sahraoui El- Kanti Balla, dont l’intervention qui a souligné l’échec programmé de l’entreprise coloniale marocaine a marqué les esprits.
«Le Maroc sait d’avance que son entreprise coloniale est perdue d’avance», a-t-il déclaré avec gravité, rappelant que le droit international, le Comité spécial de décolonisation (Comité des 24) et les résolutions successives de l’Assemblée générale des Nations unies ne laissent place à aucune ambiguïté sur la légitimité de la revendication sahraouie.
El-Kanti Balla a insisté sur le caractère «inaliénable et imprescriptible» du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, rappelant qu’il s’agit d’un principe fondamental du droit international, non négociable et non sujet à des lectures alternatives. Il souligne que «tôt ou tard les Nations unies, le Conseil de sécurité devront appliquer le droit international et permettre au peuple sahraoui d’exercer ce droit». Le diplomate sahraoui a également dénoncé l’ambiguïté entretenue par certains membres permanents du Conseil de sécurité, notamment la France, les États-Unis et le Royaume-Uni qui ont, selon lui, contribué à ralentir l’application du droit international en tergiversant sur le soi-disant plan d’autonomie marocain.

Une lutte historique, une identité forgée dans la résistance
Dans la suite de son intervention, le diplomate a rappelé que le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui ne découle pas d’un vide, mais de «l’histoire singulière d’un peuple qui a résisté aux intrusions portugaise, anglaise, hollandaise et espagnole, loin de toute influence marocaine». Une lutte pluriséculaire, reconnue par la communauté internationale, qui légitime pleinement la revendication sahraouie à un référendum libre. Il a dénoncé, en ce sens, la stratégie du régime marocain, qu’il qualifie d’«entreprise criminelle d’annexion», rappelant que «le Maroc n’a essuyé que des échecs successifs depuis 1975». Selon lui, Rabat s’est engagé dans une escalade politique et militaire sous couvert de légitimité, alors même qu’en 1975, il «affirmait que le Sahara occidental ne faisait pas partie de son territoire».
El-Kanti Balla n’épargne pas le Conseil de sécurité qui, malgré ses résolutions réaffirmant régulièrement le droit à l’autodétermination, continue, selon lui, de retarder l’application effective de ce droit. Il évoque la résolution 690 de 1991, qui établissait la MINURSO, mais aussi celle de 1975, condamnant dès le départ la Marche verte orchestrée par Hassan II. «Si le Conseil de sécurité avait agi en cohérence avec ses principes, le référendum aurait été organisé depuis longtemps», a-t-il estimé, regrettant la «complicité silencieuse» de certaines puissances avec la stratégie de Rabat.

Une dynamique continentale et internationale irréversible
L’intervention du diplomate rappelle également que la République arabe sahraouie démocratique (RASD) est membre fondateur de l’Union africaine. Elle jouit d’une reconnaissance continentale forte, héritée de l’époque de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), qui avait entériné sa légitimité dès les années 1980.
Face aux tentatives marocaines de faire admettre son plan d’autonomie comme solution unique, la communauté internationale semble de plus en plus réaffirmer la centralité du référendum, comme en témoigne la récente conférence à Genève. «Le colonialisme est condamné d’avance et la résistance face à l’occupation est tout à fait légale et légitime», a martelé El-Kanti Balla, inscrivant le combat sahraoui dans le droit fil des luttes de libération nationale reconnues par le droit international.

Les dérives du néocolonialisme
A travers une autre prise de parole dense lors de la même émission, l’ambassadeur a dénoncé non seulement l’occupation marocaine du Sahara occidental, mais aussi la généralisation d’un double standard international qui mine les fondements du multilatéralisme.
«Un certain nombre de principes fondamentaux sont ceux sur lesquels il n’y a pas de coexistence pacifique entre les nations.» El-Kanti Balla a ouvertement dénoncé la logique de l’occupation militaire et de l’annexion comme stratégie d’imposition politique, rappelant qu’aucun État ne peut, en vertu du droit international, légitimer une telle entreprise.
«On ne peut pas comme ça annexer par la force des territoires qui n’appartiennent pas à la souveraineté nationale d’un pays. On ne peut pas envahir et annexer dans l’espoir de légitimer une telle annexion.»
Une déclaration qui prend un relief particulier alors que Rabat tente, avec l’appui de certains partenaires, de faire admettre son plan d’autonomie comme solution viable au conflit sahraoui. Pour le diplomate, la manœuvre est vouée à l’échec : «L’entreprise marocaine est vouée à l’échec total, tôt ou tard.»

Le danger des initiatives unilatérales
La conférence a mis en garde contre le glissement vers des approches politiques unilatérales qui contournent le cadre multilatéral de l’ONU, notamment via des accords ou soutiens extérieurs non reconnus par les résolutions officielles du Conseil de sécurité.
«Ils ont peut-être mis en exergue le danger des positions prises en dehors du cadre multilatéral… aller vers une bénédiction d’un plan qui n’est pas reconnu ni par les Nations unies ni par le Conseil de sécurité», a indiqué M. El-Kanti Balla. Cette critique vise implicitement des puissances comme la France et l’Espagne, dont le positionnement ambigu vis-à-vis de Rabat suscite l’incompréhension croissante d’autres États membres de l’ONU.

Le double standard comme menace globale
Le diplomate sahraoui a pointé du doigt un système international à deux vitesses, où les principes sont appliqués selon les intérêts des puissances dominantes. Il a établi un parallèle sans détour entre l’occupation du Sahara occidental et celle des territoires palestiniens : «On ne peut pas condamner l’invasion et l’annexion dans telle ou telle partie du monde, et la soutenir ailleurs… Ce que commet le Maroc au Sahara occidental ne peut pas être soutenu ni accepté, de même que ce qui se passe en Palestine occupée.»
Il va plus loin, identifiant l’imitation stratégique de l’État israélien par Rabat comme une trajectoire dangereuse :
«Rabat s’inspire fortement de cette puissance coloniale qu’est l’entité sioniste… C’est la meilleure voie vers les guerres, vers la désolation, vers les morts inutiles.»

La voix sahraouie
Face à ces dérives, El-Kanti Balla réaffirme que la résistance sahraouie s’inscrit dans la légalité internationale et constitue une alerte éthique adressée à l’humanité toute entière. «La voix du peuple sahraoui, c’est la voix de la légalité internationale. Ce que nous rappelons à travers notre résistance, c’est qu’on ne peut pas vivre dans un monde où les uns pensent légal d’occuper ceux qui sont plus faibles qu’eux, ou de s’accaparer de leurs richesses», a indiqué l’intervenant. Le diplomate conclut avec gravité, appelant à ne pas répéter les erreurs de l’histoire : «La loi du plus fort, la loi de la jungle… c’est ce qui nous a valu la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, le colonialisme. Il est temps de ne pas rééditer ces drames.»

Une fenêtre ouverte pour la diplomatie multilatérale
En tous cas, la tenue de cette conférence à Genève, sous l’égide du Conseil des droits de l’Homme, relance l’espoir diplomatique pour un règlement pacifique fondé sur le respect du droit. L’appel de Kamel Fadel, représentant du Front Polisario en Australie et en Nouvelle-Zélande, à «l’autodétermination immédiate» du peuple sahraoui, renforce cette dynamique.
Reste à savoir si le Conseil de sécurité aura le courage politique de traduire ses principes en actes et d’honorer la promesse faite au peuple sahraoui, il y a plus de quatre décennies.
À l’heure où le système multilatéral semble mis à mal par les intérêts géostratégiques et les contradictions de certains États membres, la voix d’El-Kanti Balla fait écho à celle des peuples qui refusent d’être des variables d’ajustement. L’histoire jugera ceux qui auront choisi l’ordre ou la domination.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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