
À l’extrême sud de l’Algérie, au cœur du désert, un habit traditionnel continue de traverser le temps avec fierté : le bazane, vêtement masculin emblématique des Touaregs. Plus qu’un simple habit, il incarne un pan précieux du patrimoine matériel de la région, jalousement préservé par les habitants de Bordj-Badji-Mokhtar, qui y voient un symbole vivant de leur culture ancestrale.
Constitué d’une gandoura ample en coton, souvent bleue ou blanche, et accompagné d’une longue étoffe appelée tedjlmest, servant à la fois de chèche et de protection contre la chaleur et les tempêtes de sable, le bazane est adapté aux conditions climatiques sahariennes extrêmes. Il incarne également une identité culturelle forte, comme l’explique Mohamed Lamine Akbaoui, chercheur en patrimoine : «Ce costume n’est pas qu’un vêtement. Il représente des valeurs profondes, propres à la région, et témoigne de notre lien avec le désert.» Qu’il s’agisse d’occasions religieuses, de fêtes locales ou de simples moments du quotidien, le bazane est porté avec fierté par les anciens comme par les jeunes. Et même si certains modèles ont été revisités avec des broderies modernes en fils d’argent, inspirées de motifs amazighs, l’esprit du costume reste fidèle à la tradition. Dans les marchés de la région, les artisans continuent de le proposer, malgré la difficulté croissante à trouver une main-d’œuvre qualifiée ou des tissus de qualité. La confection d’un bazane peut prendre jusqu’à deux jours, selon les maîtres tailleurs locaux. Il exige une technique précise, des matériaux résistants et un savoir-faire transmis de génération en génération. Pour Mme Messaouda, présidente d’une association locale de l’artisanat, il est urgent de «former la relève» pour préserver cette tradition. Des expositions, des concours et des défilés sont régulièrement organisés pour valoriser cet héritage. Elle appelle aussi à l’inclusion du bazane dans la liste du patrimoine culturel, estimant qu’il mérite d’être représenté lors des grandes manifestations nationales et internationales, à l’image de ce qu’il représente pour les Touaregs et toute la région saharienne algérienne. Malgré les obstacles, le bazane reste bien vivant. Sur les réseaux sociaux, de nombreux jeunes partagent des photos arborant cette tenue avec fierté, mêlant tradition et modernité. Pour eux, il est non seulement un vêtement, mais aussi un symbole d’élégance, d’authenticité et de résistance culturelle. Ce costume ancestral continue ainsi de refléter le génie de l’homme du désert, capable de s’adapter à son environnement tout en demeurant fidèle à son héritage. Le bazane n’est pas seulement une tenue. Il est un récit vivant, une preuve que la mémoire, lorsqu’elle est portée, ne disparaît jamais.
Cheklat Meriem
