
C’est une surprise monumentale qui a secoué la planète football lundi dernier à Orlando. Al-Hilal, le club phare de Riyad, a éliminé Manchester City en huitièmes de finale de la Coupe du monde des clubs sur le score de 4-3 après prolongation.
Un exploit inattendu face au champion d’Europe, mais qui témoigne de la montée en puissance du football saoudien, porté par des investissements colossaux et une politique sportive ambitieuse.
Un succès qui ne doit rien au hasard
L’élimination de Manchester City n’est pas un simple accident. Al-Hilal s’appuie sur une colonne vertébrale de joueurs expérimentés, pour la plupart passés par les grands championnats européens. Huit titulaires sur les onze alignés contre City ont joué dans le Top 5 européen (Angleterre, Espagne, Allemagne, Italie, France), ce qui illustre le niveau réel de l’effectif.
Parmi eux :
l Yassine Bounou, gardien marocain passé par le FC Séville, s’est illustré avec plusieurs arrêts décisifs.
l Sergej Milinković-Savić, ex-Lazio Rome, a été dominant au milieu.
l Renan Lodi (ancien de l’Atlético Madrid), Rúben Neves (ex-Wolverhampton), Malcom (ancien Bordelais et joueur du Zénith).
l Marcos Leonardo, jeune attaquant brésilien, transféré de Benfica pour 40 millions d’euros à l’été 2024 et auteur d’un doublé face aux Citizens.
Même Pep Guardiola n’a pas été surpris après la défaite : «Ils ont des joueurs de grande qualité, comme Milinković-Savić, Neves, Lodi… Ce n’est pas une équipe ordinaire», a-t-il commenté.
Une stratégie d’État au service du sport
Depuis le début des années 2020, l’Arabie saoudite investit massivement dans le sport à travers son Fonds d’investissement public (PIF) dans le but d’améliorer son image internationale et de diversifier son économie. Le football est au cœur de cette stratégie, aux côtés de la F1, du MotoGP, des Jeux asiatiques d’hiver 2029 ou de la future Coupe du monde 2030, dont le pays sera coorganisateur.
Cristiano Ronaldo, moteur de la transformation
L’arrivée de Cristiano Ronaldo à Al-Nassr en décembre 2022, alors qu’il venait de rompre son contrat avec Manchester United, a marqué un tournant. En plus d’être une icône mondiale, le quintuple Ballon d’or est devenu le principal ambassadeur du championnat saoudien, qu’il place régulièrement devant la Ligue 1 en termes de niveau :
«Le championnat est en progression constante. Je suis certain qu’il fait déjà partie du Top 5 mondial. Ceux qui disent le contraire n’y ont jamais joué», déclarait-il récemment.
Un mercato d’envergure inédite
Al-Hilal a été l’un des clubs les plus actifs sur le marché. À l’été 2023, le club a dépensé plus de 360 millions d’euros pour recruter huit joueurs venus d’Europe. Parmi eux :
l Neymar, pour 90 millions d’euros, transfert phare mais qui s’est transformé en échec sportif (seulement sept matchs joués avant blessure).
l Kalidou Koulibaly, Ruben Neves, Malcom, Sergej Milinković-Savić, tous ont été attirés par des salaires pharaoniques.
Malgré la déception Neymar, ce mercato a confirmé la capacité du club à attirer des stars internationales et à rivaliser avec les clubs européens en termes d’attractivité financière.
Simone Inzaghi, symbole du projet sportif ambitieux
Limiter le recrutement aux huit joueurs étrangers autorisés par règlement oblige aussi les clubs saoudiens à soigner leur encadrement technique. Ainsi, Simone Inzaghi, finaliste de la Ligue des champions 2024 avec l’Inter Milan (battu 5-0 par le PSG), a été débauché par Al-Hilal juste après la finale.
Le technicien italien a accepté un contrat de 50 millions d’euros sur deux ans, preuve de l’ambition du club et de la puissance de frappe financière du royaume.
Résultat : dès ses débuts, Inzaghi a mené son équipe vers une qualification historique en quarts de finale, où elle affrontera Fluminense, vendredi à 21h à Orlando, avec une réelle chance d’accéder au dernier carré.
Le championnat saoudien veut jouer dans la cour des grands
Au-delà de ce succès ponctuel, Al-Hilal illustre le projet de fond de la Saudi Pro League : construire un championnat compétitif, attractif et durable. Si le chemin est encore long pour atteindre le niveau global des grandes ligues européennes, l’écart se réduit à une vitesse impressionnante.
Comme le souligne Cristiano Ronaldo, les résultats parlent d’eux-mêmes.
Et avec de tels moyens, le football saoudien semble bien décidé à s’imposer dans le paysage mondial.
A.Amine
