
La visite officielle de Massad Boulos, conseiller spécial du président américain Donald Trump pour l’Afrique, les affaires arabes et le Moyen-Orient, marque une étape déterminante dans la consolidation du partenariat stratégique entre l’Algérie et les États-Unis. Reçu dimanche dernier à Alger par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, le diplomate américain était à la tête d’une délégation de haut niveau, témoignant de l’intérêt croissant de Washington pour l’Algérie, acteur central en Méditerranée et sur le continent africain.
Préalablement à cette audience présidentielle, M. Boulos a eu un entretien bilatéral approfondi avec le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, suivi de discussions élargies aux délégations des deux pays. Cette séquence diplomatique dense a permis d’aborder l’ensemble des axes de coopération bilatérale, en mettant l’accent sur l’approfondissement du dialogue stratégique, la concertation sur les grands dossiers régionaux et l’élargissement du partenariat sectoriel.
Les entretiens ont mis en lumière la volonté partagée de renforcer les synergies dans des domaines jugés prioritaires : la sécurité et la défense, les énergies renouvelables et fossiles, l’agriculture durable, l’enseignement supérieur, la numérisation et la recherche scientifique. Autant de secteurs où les complémentarités entre les deux pays sont porteuses de convergence et de croissance mutuelle.
Une relation de confiance inscrite dans l’histoire
Fait notable, la délégation américaine a tenu à rappeler que les relations entre l’Algérie et les États-Unis s’inscrivent dans une profonde tradition historique, remontant à avant même la Déclaration d’indépendance américaine de 1776. Ce socle ancien fonde une relation d’exception, bâtie sur le respect mutuel, la non-ingérence et la recherche de solutions concertées aux défis régionaux et globaux.
Massad Boulos a souligné à cet égard que l’Algérie constitue un partenaire stratégique incontournable pour Washington dans la stabilisation du Maghreb, la lutte contre le terrorisme au Sahel et le renforcement de la sécurité transfrontalière. Des avancées conjointes ont déjà été accomplies dans ces domaines, grâce à une coordination bilatérale efficace, tant sur le plan opérationnel que diplomatique.
Sur le plan multilatéral, les deux parties ont salué la qualité de leur coordination au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Ils ont échangé leurs analyses sur les principaux foyers de tension en Afrique : la Libye, le Sahara occidental, les régions du Sahel et des Grands Lacs, mais aussi le cœur du continent. Un alignement d’intérêts et une convergence de vues qui traduisent la maturité de la relation stratégique entre Alger et Washington.
Vers une relance économique et culturelle des échanges
Au-delà de la diplomatie sécuritaire, l’accent a également été mis sur les perspectives de coopération économique, commerciale et culturelle, jugées essentielles dans cette nouvelle phase du partenariat. L’objectif affirmé est d’aller vers un partenariat élargi, plus équilibré, résilient et inclusif, qui favorise les investissements croisés, la diversification économique, l’innovation technologique et les échanges entre peuples.
Le conseiller du Président Trump a insisté sur la nécessité pour les deux nations de dessiner un avenir commun, marqué par la prospérité partagée, la circulation des savoirs et l’ouverture vers de nouveaux marchés. Une ambition que reflète la volonté américaine de construire un pont stratégique entre l’Amérique du Nord et l’Afrique, dont l’Algérie serait une plateforme centrale.
Une séquence hautement symbolique
Au terme de cette visite, le message politique est limpide : les États-Unis entendent renforcer leur partenariat avec l’Algérie dans une logique d’équilibre géostratégique, en reconnaissant pleinement son rôle stabilisateur, ses efforts diplomatiques pour la paix régionale et son potentiel économique encore sous-exploité.
L’Algérie, fidèle à sa tradition de souveraineté et de médiation, se positionne plus que jamais comme un interlocuteur de poids sur la scène africaine et internationale, capable d’ouvrir des voies de coopération crédibles et durables. La venue de Massad Boulos, émissaire du Président Trump, illustre cette reconnaissance et augure d’une intensification des relations bilatérales à haute valeur ajoutée, à la croisée des impératifs de sécurité, de développement et d’influence.
G. Salah Eddine
Selon l’expert en géopolitique Anis Boukeider : «Les États-Unis louent la méthode algérienne dans un partenariat toujours gagnant»
Dans une analyse riche et argumentée diffusée dimanche dernier dans l’émission «Hadith Al-Djazair» sur la chaîne AL24 News, le Dr Anis Boukeider, expert en géopolitique, a mis en lumière les ressorts profonds qui fondent le rapprochement stratégique entre Alger et Washington. À travers ses propos, il décode les dynamiques sous-jacentes à la récente visite d’émissaires américains, tout en soulignant l’alignement de cette démarche avec des rapports d’évaluation émanant de centres de réflexion influents aux États-Unis.
» Un rapport publié par un think tank américain spécialisé dans l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient considère que l’un des principaux atouts de l’Algérie réside dans sa capacité à diversifier ses partenariats entre différents pôles géopolitiques mondiaux. Plus encore, toute coopération avec l’Algérie est perçue comme rentable, car elle respecte ses engagements et honore ses accords », a analysé le professeur Boukeider.
Ce positionnement confère à l’Algérie une stature singulière dans le concert des nations, ce que les décideurs américains semblent désormais reconnaître officiellement. Selon le Dr Boukeider, cette reconnaissance s’inscrit dans la suite logique « d’un rapport remis au président américain par un groupe d’experts, de conseillers et de spécialistes de la sécurité nationale, dont les conclusions influencent désormais la politique étrangère des États-Unis ».
La profondeur stratégique du partenariat algéro-américain repose également sur un autre pilier fondamental : la lutte contre le terrorisme. À ce sujet, Dr Boukeider rappelle que « les États-Unis apprécient la manière avec laquelle l’Algérie conduit ses partenariats dans un monde multipolaire, mais aussi sa maîtrise d’une approche intégrée de la lutte antiterroriste, fruit d’une véritable école en la matière ».
Cette posture, selon lui, prend une importance d’autant plus grande que « la sensibilité des administrations américaines vis-à-vis du concept de terrorisme justifie une sélection rigoureuse de leurs partenaires en matière de sécurité et de renseignement. »
La collaboration des renseignements
Dans ce contexte, « le renseignement apparaît comme le premier rempart préventif contre la propagation des réseaux terroristes. » Mais il ne s’agit pas seulement de combattre le terrorisme de manière conventionnelle : « Il faut aussi prendre en compte les phénomènes connexes comme le crime organisé, l’immigration clandestine, la traite humaine ou encore le blanchiment d’argent. Tous ces fléaux doivent être appréhendés à travers une coopération sécuritaire et un échange de renseignement de haut niveau. »
À ce titre, « toute puissance aspirant à un rôle régional ne peut éviter de s’allier à des acteurs expérimentés, qui comprennent les subtilités du terrain, la complexité de la menace et la nature idéologique des mouvements extrémistes. »
Dans cette perspective, le rôle de l’Algérie est, selon l’expert, absolument décisif. « Prenons l’exemple de la France, qui s’est longtemps plainte de sa difficulté à collaborer efficacement avec l’Algérie dans le domaine du renseignement. Et pour cause : le rôle de l’Algérie est déterminant, même vital, dans toute stratégie de renseignement liée à la lutte contre le terrorisme », informe l’expert.
Ce constat est désormais pleinement intégré par les États-Unis qui, selon Dr Boukeider, « ont tout intérêt à renforcer leur coopération avec l’Algérie dans ce domaine, tant cette dernière dispose d’un savoir considérable, non seulement sur les cellules actives ou dormantes, mais également sur l’idéologie qui structure ces mouvements terroristes ».
Et d’ajouter : « Il n’existe aucun substitut à un partenaire aussi fiable et aussi puissant que l’Algérie, en particulier dans le domaine du renseignement, où elle bénéficie d’une crédibilité sans équivalent auprès des puissances africaines. »
L’Algérie, en tant que pont diplomatique vers l’Afrique, joue également un rôle d’interface stratégique pour de nombreuses capitales européennes. « Nous l’avons dit récemment en parlant de l’Italie : il est dans l’intérêt de Rome de considérer Alger comme sa passerelle vers l’Afrique, en raison de la solidité des relations qu’elle entretient avec l’ensemble des pays africains», rappelle l’intervenant.
Enfin, Dr Boukeider souligne que cette convergence dépasse le cadre strictement sécuritaire. « Les États-Unis souhaitent bâtir une relation forte avec ce leader africain, qui impulse aujourd’hui des stratégies sécuritaires et économiques au sein de l’Union africaine et jouit de la confiance des autres États du continent. »
Mais l’Algérie n’est pas qu’un pôle de stabilité : elle est également un acteur énergétique d’envergure. « Elle a les moyens et l’ambition de jouer un rôle structurant dans les équilibres énergétiques mondiaux. Elle peut, dans ce domaine, offrir des complémentarités importantes aux États-Unis dans une logique de partenariat gagnant-gagnant », conclut le Dr Boukeider.
Cette analyse du Dr Anis Boukeider a mis en lumière une évidence : l’Algérie, par sa fiabilité, sa profondeur stratégique et sa capacité à dialoguer avec l’ensemble des pôles géopolitiques, est aujourd’hui un acteur incontournable, non seulement en Afrique, mais aussi dans l’architecture globale de la stabilité. Pour les États-Unis, comme pour les grandes puissances, investir dans une coopération à long terme avec Alger, c’est miser sur un partenaire solide au cœur des équilibres régionaux et globaux de demain.
G. S. E.
