
Dimanche dernier à Alger, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a réaffirmé la profondeur stratégique et historique des liens unissant l’Algérie et la Somalie. Des relations fondées sur l’entente, la solidarité et la confiance mutuelle. Des valeurs cardinales qui ont traversé les décennies et résisté aux bouleversements géopolitiques.
Recevant son homologue somalien, Abdisalam Abdi Ali, en visite officielle dans notre pays, M. Attaf a insisté sur la constance de la position algérienne vis-à-vis de la Somalie : «L’intérêt qu’accorde l’Algérie à la situation en Somalie, pays frère, n’a jamais cessé, elle qui a toujours veillé à se tenir à ses côtés et à appuyer ses efforts pour le rétablissement de la sécurité et de la stabilité.»
Ce soutien, a-t-il poursuivi, «n’était pas conjoncturel ou passager». En effet, ce soutien est une position historique, ancrée et enracinée, reposant sur la conviction absolue de l’Algérie que la sécurité et la stabilité de la Somalie sont étroitement liées à celles de la région de la Corne de l’Afrique et de l’ensemble du continent africain.
Une approche qui s’inscrit, selon le chef de la diplomatie algérienne, dans le cadre de «l’adhésion totale de l’Algérie à la mobilisation de l’Union africaine (UA) et des Nations unies, en appui à la sécurité et à la stabilité de la Somalie».
M. Attaf a expliqué que cet engagement algérien se matérialise aujourd’hui depuis sa position au sein du Conseil de sécurité onusien et du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA, à plaider pour une plus grande solidarité. En effet, l’Algérie a à maintes fois appelé à un appui plus efficace aux efforts de la direction somalienne et à ses démarches visant à parachever la lutte contre le terrorisme et renforcer les bases de la sécurité, de la stabilité et du développement.
Saluant les avancées notables enregistrées par Mogadiscio, le chef de la diplomatie algérienne a félicité son homologue pour «les étapes considérables et qualitatives» franchies sur la voie de la reconstruction institutionnelle, du redressement sécuritaire et économique, ainsi que du retour de la Somalie sur la scène régionale et internationale. À ce titre, il a rappelé que la présence actuelle de la Somalie au Conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre non permanent et au sein du groupe des A3+ constitue un signal fort de cette dynamique positive.
Dans un contexte de retour progressif de la stabilité, Alger souhaite «consolider les relations historiques liant les deux pays dans leurs aspects politiques et leurs domaines économiques, voire même dans leurs dimensions humaines, à travers le renforcement de la coopération dans les domaines de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur», indique le même intervenant.
Élargir le cadre des relations
Les deux responsables ont également convenu de renforcer la structure institutionnelle de leur coopération bilatérale et d’élargir le cadre juridique régissant leurs relations. Comme l’a précisé M. Attaf : «Ce que nous avons commencé à concrétiser aujourd’hui, à travers la signature de textes juridiques visant essentiellement à créer une commission intergouvernementale pour la coopération économique, à mettre en place un mécanisme de consultation politique et à encourager la coopération en matière de formation de diplomates.»
De plus, les deux ministres ont convenu de « définir les domaines de coopération bilatérale, à la lumière des besoins et des priorités des efforts de développement dans les deux pays, notamment les domaines de l’agriculture, la formation, l’enseignement supérieur et d’autres secteurs vitaux ».
Par cet échange de haut niveau, Alger et Mogadiscio confirment non seulement la solidité de leur amitié historique, mais aussi leur volonté commune de projeter cette relation vers de nouvelles perspectives.
Une convergence sur les enjeux africains
Par ailleurs, lors de leurs entretiens, les ministres des Affaires étrangères ont réaffirmé l’excellence de leur coordination sur la scène internationale, soulignant la portée stratégique de leur collaboration au sein des instances multilatérales.
«Leur satisfaction du niveau avancé atteint en matière de coordination conjointe entre les deux pays, dans le cadre de leurs mandats en tant que membres non-permanents du Conseil de sécurité onusien», a été exprimée par les deux parties, a indiqué Ahmed Attaf.
Le chef de la diplomatie algérienne a également mis en lumière les efforts conjoints de l’Algérie et de la Somalie au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment pour défendre «la cause centrale de la nation arabe, à savoir la cause palestinienne, qui est menacée aujourd’hui de liquidation».
Abordant les enjeux sécuritaires régionaux, M. Attaf a souligné que, de par leur appartenance respective aux régions sahélo-saharienne et de la Corne de l’Afrique, les deux pays appuient tout ce qui est à même de contribuer à l’instauration des fondements de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans ces deux espaces. Cela se fera bien sûr sur « la base du respect de la souveraineté des États, de la préservation de leur intégrité territoriale et de la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, outre le renforcement de la coopération régionale en matière de lutte contre le terrorisme et les crimes transfrontaliers», précise M. Attaf.
Au plan continental, cette convergence se traduit par une action concertée autour «des plaidoyers et des priorités sécuritaires, politiques et économiques de l’Afrique, notamment dans le cadre du Groupe A3+ (…)».
Un partenariat tourné vers l’avenir
De son côté, le ministre somalien des Affaires étrangères, Abdisalam Abdi Ali, a rappelé que les liens entre les deux nations reposaient sur des relations historiques profondes et ancrées. Ces relations constituent une base solide afin de construire un partenariat dynamique et ambitieux tourné vers l’avenir. Il a également souligné qu’au nom de l’indépendance et de l’autodétermination, «la Somalie et l’Algérie, profondément attachées à la liberté, ont consenti d’immenses sacrifices».
Les textes juridiques récemment signés, a-t-il poursuivi, «baliseront la voie à l’élargissement de la coopération bilatérale dans plusieurs domaines et à l’ouverture de nouvelles perspectives de croissance et de prospérité mutuelle, tout en renouvelant l’engagement à renforcer la coordination diplomatique et la concertation à l’échelle mondiale, que ce soit dans les fora régionaux ou internationaux».
Le ministre somalien s’est enfin déclaré heureux de transmettre au gouvernement algérien le message du président de la République fédérale de Somalie, Hassan Sheikh Mohamud, affirmant que «l’Algérie est un bon partenaire pour la Somalie dans les domaines de la sécurité, de l’enseignement et du commerce, ainsi que dans les questions régionales».
Cette rencontre conjuguée à la récente inauguration de la nouvelle ambassade de Somalie à Alger marque une étape décisive dans la consolidation d’un partenariat historique qui, fort de ses racines profondes, se projette résolument vers l’avenir. Le géant d’Afrique du Nord et la figure historique de la Corne d’Afrique affichent non seulement leur fidélité à des liens forgés par la solidarité et le combat commun pour la liberté, mais aussi leur détermination à élargir leur coopération à de nouveaux domaines stratégiques. Des domaines qui seront au service de la paix, de la stabilité et du développement partagé, tant sur le plan bilatéral que continental.
G. Salah Eddine
