
Le Masters 1000 de Cincinnati, ultime grand rendez-vous avant l’US Open, a tenu toutes ses promesses. À l’issue d’un tournoi intense, la finale qui se jouera ce soir à 20h (heure algérienne) opposera deux des visages les plus éclatants de la nouvelle génération : Carlos Alcaraz, numéro 3 mondial, et Jannik Sinner, numéro 1 mondial. Plus qu’un simple duel pour un trophée, cette confrontation s’inscrit dans une rivalité naissante qui pourrait marquer durablement l’histoire du tennis.
À quelques jours du coup d’envoi de l’US Open (24 août – 7 septembre), dernier Grand Chelem de la saison, le tennis mondial s’apprête à vivre une finale de rêve à Cincinnati. Les deux têtes d’affiche du circuit, Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, ont validé leur billet pour l’ultime acte après avoir brillamment écarté leurs adversaires en demi-finale.
Implacable, le numéro 1 mondial Jannik Sinner a mis fin à la surprenante épopée du Français Térence Atmane (7-6 (7/4), 6-2). Samedi, l’Italien a totalement maîtrisé son sujet, imposant son rythme et confirmant son statut de patron du circuit. Une domination qui lui permet d’arriver en finale avec la volonté de «préserver cette place de numéro 1 mondial», face à une opposition autrement plus redoutable. L’Italien de 24 ans semble également avoir franchi un cap : plus constant, plus équilibré mentalement, il dégage une impression de sérénité qui force le respect.
De son côté, Carlos Alcaraz a écarté Alexander Zverev (6-4, 6-3), également samedi dernier. Dans un match parfois décousu, le crack espagnol de 22 ans a surmonté des difficultés au service, sauvant notamment trois balles de break consécutives au quatrième jeu du premier set, avant de prendre l’ascendant. À 6-4, 1-2, Zverev a dû quitter brièvement le court accompagné d’un médecin, revenant diminué et incapable d’inverser la tendance.
Avec lucidité, Alcaraz a reconnu que les circonstances avaient influencé le dénouement :
«Ça ne fait jamais plaisir de gagner contre quelqu’un qui n’est pas à 100%. On avait bien commencé à jouer du bon tennis puis d’un coup, il ne s’est pas senti bien», a-t-il confié au micro des organisateurs.
L’Espagnol, qui vise un sixième titre cette saison, se projette désormais sur ce duel attendu face à son meilleur rival : Sinner. «J’ai hâte d’affronter Jannik. Je pense que les gens aiment regarder nos matches, on pratique du beau tennis, au sommet, je suis prêt pour ce challenge», a ajouté le Murcien.
Une rivalité en devenir
Depuis deux ans, Alcaraz et Sinner ne cessent de croiser leurs trajectoires. Leur affrontement épique à l’US Open 2022, qui s’était conclu au terme d’un match de plus de cinq heures, considéré par beaucoup comme un classique moderne, a posé les bases d’une rivalité qui incarne le tennis post-Big Three. Chacun a depuis connu des sommets : Alcaraz en remportant Wimbledon 2023 et l’US Open 2022, Sinner en s’imposant à l’Open d’Australie 2024 et en s’installant au sommet du classement ATP.
Le bilan de leurs confrontations directes penche légèrement en faveur d’Alcaraz (8 victoires en 13 matches), dont un succès marquant en finale de Roland-Garros, ce printemps. Mais l’Espagnol reste sur une désillusion à Wimbledon, où l’Italien avait pris le dessus.
À Cincinnati, leur duel prend une dimension supplémentaire. Pour Sinner, il s’agit de confirmer son statut de numéro 1 mondial et de consolider son emprise psychologique sur le circuit. Pour Alcaraz, l’enjeu est tout aussi crucial : retrouver une régularité qui lui a parfois échappé cette saison et rappeler qu’il demeure l’un des joueurs les plus complets et redoutables sur dur.
Au-delà du prestige, cette finale oppose deux philosophies de jeu. Alcaraz, adepte d’un tennis total, conjugue puissance et créativité. Capable d’alterner entre agressivité de fond de court, montées opportunistes et amorties millimétrées, il incarne un tennis audacieux, explosif et imprévisible.
Face à lui, Sinner est l’archétype de la rigueur moderne. Son jeu repose sur une régularité métronomique, un service de plus en plus performant et une capacité à dicter l’échange en cadence. Moins flamboyant mais terriblement efficace, il impose une pression constante à ses adversaires et les pousse à la faute.
Ce contraste entre la fougue inventive de l’Espagnol et la précision glaciale de l’Italien promet une opposition tactique d’une intensité exceptionnelle.
Les enjeux au-delà du trophée
Cette finale dépasse le cadre strict du tournoi. Elle illustre la passation de pouvoir en cours dans le tennis mondial. Après deux décennies dominées par les trois fantastiques Federer, Nadal et Djokovic, l’avenir du circuit repose désormais sur des duels tels que celui-ci. Alcaraz et Sinner incarnent cette nouvelle génération capable de séduire le public et de maintenir l’attrait planétaire du tennis. Sur le plan symbolique, une victoire de Sinner conforterait son statut de patron incontesté du circuit, renforçant son autorité avant l’US Open. Une victoire d’Alcaraz, en revanche, relancerait le débat et raviverait la dynamique d’une rivalité équilibrée. La finale du Masters 1000 de Cincinnati entre Carlos Alcaraz et Jannik Sinner ne se résume pas à un duel pour un trophée. Elle est l’expression d’un basculement générationnel, d’une confrontation entre deux visions du jeu et d’une rivalité appelée à structurer la prochaine décennie. Qu’importe l’issue, une certitude demeure : le tennis mondial a trouvé en ces deux prodiges ses nouveaux visages, capables d’écrire une histoire aussi captivante que celle de leurs illustres prédécesseurs.
G. Salah Eddine
